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Romans Suisse

Trois Ăąmes sƓurs – Martina Clavadetscher

Traduction de l’allemand (Suisse) par RaphaĂ«lle Lacord – ZOE Éditions

Quel roman dĂ©routant et extrĂȘmement fort ! Je ne saurais trop recommander cette expĂ©rience de lecture originale et assez bouleversante. Pour ma part, le billet d’Eva paru l’an dernier m’avait bien prĂ©parĂ©e Ă  ce que j’ai ressenti : comme elle, j’ai d’abord Ă©tĂ© dubitative, puis je me suis trĂšs vite laissĂ©e happer et j’ai adorĂ©.

Ce roman est particuliĂšrement difficile Ă  rĂ©sumer. Je me contenterai donc de vous dire que ces Trois Ăąmes sƓurs vivent dans des lieux et Ă  des Ă©poques diffĂ©rentes. Pour dĂ©couvrir ce qu’elles ont en commun, il vous faudra lire le livre 😁. Pour moi, Martina Clavadetscher nous parle de domination et d’exploitation, d’Ă©mancipation et de libertĂ©, de solitude et d’amour, d’intelligence artificielle et d’humanitĂ©. Mais aussi de ce que cela a pu signifier d’ĂȘtre une femme, de ce que cela peut vouloir dire aujourd’hui et de ce que cela pourrait devenir demain. Et il y a sans doute tout un tas d’autres interprĂ©tations possibles.

Le rĂ©cit est court, captivant et mĂȘme sa mise en page est atypique. Cette particularitĂ© n’est d’ailleurs pas un simple effet de style et elle prend tout son sens au fil de la lecture. J’ai Ă©tĂ© bluffĂ©e par l’ambition de ce texte, nĂ© sous la plume d’une jeune autrice suisse magnifiquement traduite. Sa version française est d’ailleurs en lice pour le prix Pierre-François CaillĂ© de la traduction 2024. Et j’ai repĂ©rĂ© un petit clin d’Ɠil au merveilleux Karel Čapek grĂące auquel l’autrice a achevĂ© de me mettre dans sa poche â˜ș.

Pour rĂ©sumer, il s’agit lĂ  d’un roman original et profond qui n’a pas fini de me faire rĂ©flĂ©chir. Une fois qu’on accepte de se laisser porter, difficile de le lĂącher. Cette premiĂšre incursion suisse pour Les feuilles allemandes ne m’a pas déçue !

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Allemagne Romans

La diplomate – Lucy Fricke

Traduction de l’allemand par Isabelle Liber – Éditions Le Quartanier

Fred Andermann fait partie du corps diplomatique allemand depuis une vingtaine d’annĂ©es. Entre expatriations Ă  rĂ©pĂ©tition, vie de fonctionnaire (« de luxe » car elle occupe des postes Ă©levĂ©s) et imbroglios politiques, la vie de diplomate n’est pas toujours une sinĂ©cure. Deux affectations successives vont ainsi bouleverser Fred, nous entraĂźnant au passage dans un thriller politique et un portrait psychologique passionnants.

Dans la premiĂšre partie du roman, Fred est ambassadrice Ă  Montevideo, l’une des destinations les plus tranquilles que l’on puisse imaginer dans son mĂ©tier. Fred se sent simple VRP de son pays et s’interroge vaguement sur son utilitĂ© jusqu’à un Ă©vĂ©nement qui va profondĂ©ment l’Ă©branler.

Dans la deuxiĂšme partie, on la retrouve consule Ă  Istanbul oĂč la situation est beaucoup plus tendue qu’en Uruguay : la police politique est omniprĂ©sente, les arrestations et assignations Ă  rĂ©sidence de ressortissants allemands et germano-turcs sont monnaie courante et les diplomates ne disposent que d’une trĂšs faible marge de manƓuvre pour tenter d’obtenir leur libĂ©ration. Et Fred semble sur le point de craquer …

Une participation aux lectures sur le monde du travail chez Ingannmic

Comment concilier l’art feutrĂ© de la conversation diplomatique pleine de sous-entendus ? À quoi sert cette vie passĂ©e le plus souvent loin de son pays pour le reprĂ©senter ? Que devient un ambassadeur ou une ambassadrice Ă  la retraite qui perd subitement tous ses avantages (rĂ©sidence de rĂȘve, chauffeur personnel, cuisinier et autre personnel de maison payĂ©s par l’État) ? Lucy Fricke parle trĂšs bien des nombreux aspects de la vie des diplomates (ou plutĂŽt des chef(fe)s de missions diplomatiques). On sent qu’elle en a interrogĂ©s un certain nombre et ses personnages sont parfaitement crĂ©dibles.

Son roman souligne aussi (surtout) les relations ambiguĂ«s de nos États europĂ©ens avec un rĂ©gime autocratique que l’on ne peut pas se mettre Ă  dos, en particulier parce qu’il endigue la majoritĂ© des flux de migrants Ă  destination de l’Europe. Elle brosse un portrait sans concession de la Turquie d’aujourd’hui et rend hommage au travail souvent ingrat menĂ© dans l’ombre par des hommes et de plus en plus de femmes pour tenter de prĂ©server la paix, parfois (souvent) au prix de leurs convictions personnelles.

J’ai lu ce roman comme on regarde ces excellents films que sont Les trois jours du condor ou Serpico. Ici, pas de flics ni de journalistes, mais ça fonctionne tout aussi bien avec des diplomates. En bref, je l’ai dĂ©vorĂ© et me suis rĂ©galĂ©e de sa tension constante comme de l’humour Ă  froid de l’autrice. C’est intelligent, divertissant et bouleversant, jusqu’aux toutes derniĂšres pages.

Eva l’a lu Ă©galement, ainsi qu’Alex (mais la page correspondante semble avoir disparu de son blog…)

PS : Une interview croisée de Lucy Fricke et de son personnage (de fiction) Fred Andermann est à lire ici. Et vous pouvez lire les premiÚres pages du roman là.

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Allemagne Romans

Le Chat, le GĂ©nĂ©ral et la Corneille – Nino Haratischwili

Traduction de l’allemand par Rose Labourie – Editions Belfond

Nino Haratischwili est nĂ©e en GĂ©orgie oĂč elle a vĂ©cu de nombreuses annĂ©es. Elle vit dĂ©sormais en Allemagne oĂč elle avait dĂ©jĂ  fui avec sa famille pendant la guerre civile qui a fait rage dans son pays au dĂ©but des annĂ©es 1990. C’est aussi en allemand qu’elle Ă©crit et son roman Le Chat, le GĂ©nĂ©ral et la Corneille me permet donc une nouvelle participation aux Feuilles allemandes organisĂ©es cette annĂ©e par Patrice & Eva et en prime une LC avec Sunalee.

Chat est une jeune comĂ©dienne gĂ©orgienne qui vit en Allemagne. Elle se cherche, professionnellement et personnellement. Sa ressemblance avec une jeune TchĂ©tchĂšne comme surgie du passĂ© va servir de dĂ©clencheur pour le GĂ©nĂ©ral. Celui-ci charge la Corneille, l’ex-petit ami de sa fille, de recruter Chat pour une mystĂ©rieuse mission. Que cherche Ă  dĂ©clencher le GĂ©nĂ©ral, cet homme Ă  la richesse et au pouvoir phĂ©nomĂ©naux ? Qui est-il et pourquoi fait-il appel Ă  la Corneille, qu’il dĂ©teste ? Chat ne va-t-elle pas se brĂ»ler les ailes, elle qui semble peu Ă  peu confondre fiction et rĂ©alitĂ© ?

La huitiĂšme vie (pour Brilka), autre roman de cette jeune autrice extrĂȘmement talentueuse, Ă©tait un de mes coups de cƓur 2023, et j’ai retrouvĂ© ici ce que j’y avais aimé : des personnages incroyablement incarnĂ©s et complexes (sauf un, mais j’y reviendrai), un souffle romanesque, de la tension et des Ă©motions Ă  gogo, sans oublier un Ă©clairage passionnant sur l’histoire – ĂŽ combien tragique et violente – du Caucase. Pourtant, je n’aurais pas pariĂ© un kopeck si on m’avait dit que je lirai un jour un roman sur le conflit en TchĂ©tchĂ©nie…

Nino Haratischwili tisse une toile dont ni ses personnages ni son lectorat ne peuvent facilement s’Ă©chapper. Il est question de crime, de culpabilitĂ© et de fatalitĂ©, de pouvoir et de chĂątiment. Ce retour sur la PremiĂšre guerre de TchĂ©tchĂ©nie et la libĂ©ralisation Ă©conomique en Russie (Ă©vĂ©nements que l’autrice rĂ©ussit Ă  rendre haletants et limpides) explique bien des choses observĂ©es aujourd’hui. L’Ă©volution de Malich en particulier est passionnante.

J’ai cependant quelques reproches Ă  faire Ă  ce roman. Tout d’abord, la psychologie d’Ada m’a semblĂ©e tirĂ©e par les cheveux et j’ai eu l’impression que l’autrice avait eu du mal Ă  trouver un prĂ©texte pour expliquer la soudaine machination du GĂ©nĂ©ral. Par ailleurs, l’histoire et le suspense créé s’Ă©tirent un peu trop. La fin aurait selon moi pu arriver plus tĂŽt et avec moins d’« effets cinĂ©matographiques » dans ses toutes derniĂšres pages. Le rĂ©cit y aurait gagnĂ© en force.

Sachant que Le Chat, le GĂ©nĂ©ral et la Corneille a prĂ©cĂ©dĂ© La huitiĂšme vie (qui Ă©tait parfait de bout en bout), j’en dĂ©duis que l’autrice a su affiner son talent avec le temps et je laisse donc La lumiĂšre vacillante, qui vient tout juste de paraĂźtre, en trĂšs bonne place dans ma liste de livres Ă  lire.

D’autres avis sur ce roman sont Ă  retrouver chez Temps de lecture, Anniemots, Madame Lit et bien sĂ»r Sunalee. Et pour Ă©couter Nino Haratischwili parler d’amitiĂ©, d’Ă©criture, de la GĂ©orgie ou des femmes (en littĂ©rature notamment), c’est ici : https://youtu.be/FZMl9NbLveI

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Italie Romans

Une fleur qui ne fleurit pas – Maria Messina

Traduction de l’italien par Marguerite Pozzoli – Éditions Cambourakis

Maria Messina est l’autrice de nombreux romans et nouvelles qui lui ont valu une certaine notoriĂ©tĂ© de son vivant (1887-1944) avant de tomber dans l’oubli jusque dans les annĂ©es 1980. En France, ce sont les Ă©ditions Cambourakis qui ont publiĂ© l’an dernier la traduction inĂ©dite d’un roman Ă©crit en 1923 qu’on pourrait dire fĂ©ministe avant l’heure.

« Leur pĂšre disait : « Un jour ou l’autre, chacune de vous sera en mesure de gagner sa vie honnĂȘtement. Mais tant que je tiendrai debout, je ne permettrai jamais que mes filles sortent de la maison pour se procurer un salaire. Est-ce que vous manquez de quoi que ce soit ? » Sa femme approuvait avec gravitĂ©. Elles ne manquaient de rien, ni de pain, ni de chaussures, ni de vĂȘtements. Mais Liliana se disait confusĂ©ment que leur avenir de jeunes filles sans dot, qui ignoraient la discipline du travail, Ă©tait sombre, et leur vie incomplĂšte. Â»

Ce roman me laisse un peu perplexe, je l’avoue. J’ai eu le sentiment Ă  plusieurs reprises de ne plus savoir qui Ă©tait qui, surtout au tout dĂ©but du roman, et de manquer de certains codes sociaux de l’Ă©poque qui m’auraient permis de saisir des allusions dĂ©terminantes. Le style alerte, parfois mĂȘme virevoltant, et les dialogues trĂšs nombreux et fournis m’ont cependant convaincue de continuer ma lecture. Et j’ai bien fait car malgrĂ© mes bĂ©mols, la situation dĂ©sespĂ©rante de ces jeunes filles du dĂ©but du 20e siĂšcle mĂ©ritait bien qu’on s’y attarde un peu.

Si elles ne sont pas pauvres, la jeune Franca et ses amies n’ont souvent pas de dot et pas de perspectives hors du mariage. Ce serait un dĂ©shonneur pour leur pĂšre si elles travaillaient, mais privĂ©es de la possibilitĂ© de se constituer un pĂ©cule, elles n’ont d’autre choix que de se marier avec un homme pas trop regardant (donc pas de premiĂšre jeunesse et/ou pas des plus vifs d’esprit) ou trĂšs souvent, de devenir ce qu’on appelle alors une « vieille fille », ce qui est loin d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un sort enviable. Et si par dessus le marchĂ©, elles ont eu envie de s’Ă©manciper, de flirter, de faire preuve d’audace vestimentaire ou capillaire, elles dĂ©couvriront vite qu’elles le paieront un jour. Les hommes, eux, peuvent bien ĂȘtre coureurs de jupons, laids, arrogants, manipulateurs, leur rĂ©putation n’en souffrira pas plus que ça et ils restent aux commandes de leur vie. Les choses ont-elles vĂ©ritablement changĂ© depuis cette Ă©poque, on peut d’ailleurs se le demander…

Maria Messina a eu la bonne idĂ©e de ne pas faire de Franca une jeune femme particuliĂšrement attachante (on n’est pas dans le romantisme ici). Prise en Ă©tau entre ses envies de libertĂ© et le carcan de son milieu et de son Ă©poque, elle rĂ©agit souvent avec agressivitĂ©, voire mĂ©chancetĂ©, ce qui n’a rien de surprenant car il y a de quoi vous rendre folle ! C’est cependant ce qui m’a en partie tenue un peu Ă  distance, mĂȘme si je pense que la construction du roman a jouĂ© un rĂŽle aussi.

Bref, un roman trĂšs intĂ©ressant qui m’a parfois semblĂ© un peu trop froid pour me convaincre totalement. Et une lecture qui me permet de participer pour la premiĂšre fois au #challengeauteursitaliens organisĂ© par @vuottomarie.

PS : À propos des « vieilles filles », j’ai entendu la journaliste Marie Kock Ă  la radio, oĂč elle Ă©tait interrogĂ©e Ă  propos de ce qui se voulait une insulte contre Kamala Harris (traitĂ©e de « childless cat lady« ). Dans la foulĂ©e, j’ai notĂ© son essai (celui de Marie Kock, pas de Kamala Harris 😊) intitulĂ© Vieille fille – Une proposition qui m’a l’air tout Ă  fait passionnant.

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Pays-Bas Romans

Le dĂ©tour – Gerbrand Bakker

Traduction du nĂ©erlandais par Bertrand Abraham – Éditions Folio

C’est le retour de mon auteur-chouchou, j’ai nommĂ© Gerbrand Bakker ! On ne peut pas dire que j’aie choisi l’Ă©crivain le plus guilleret qui soit. Je continue cependant Ă  le trouver intrigant et captivant (et un chouĂŻa dĂ©pressif, ça se confirme 😅).

Dans Le dĂ©tour, une NĂ©erlandaise en pleine thĂšse sur Emily Dickinson s’est installĂ©e dans une maison isolĂ©e au Pays de Galles. On comprendra progressivement ce qu’elle a fui et pourquoi elle s’est jetĂ©e ainsi dans une solitude qui malgrĂ© tout lui pĂšse. Le roman est fait de ses promenades dans la nature environnante et jusqu’au mont Snowdon, de ses rencontres assez dĂ©concertantes avec un mĂ©decin, un voisin et surtout le jeune Bradwen qui dĂ©barque un jour dans son jardin, mais aussi des tentatives (moyennement motivĂ©es) de son mari pour la comprendre.

Gerbrand Bakker excelle une nouvelle fois Ă  plonger dans l’Ăąme humaine par petites touches extrĂȘmement dĂ©licates et mĂȘme mystĂ©rieuses. Son personnage n’est pas trĂšs attachant, il n’y a pas d’action Ă  proprement parler (sauf si on considĂšre qu’aller Ă  la jardinerie acheter quelques rosiers, c’est de l’action) et les non-dits sont nombreux. Mais voilĂ , cet Ă©crivain semble avoir des pouvoirs hypnotiques ! Et il n’a pas son pareil pour dĂ©crire la nature, un personnage Ă  part entiĂšre.

S’il n’Ă©gale pas l’Ă©blouissement de Parce que les fleurs sont blanches, ce roman un peu particulier est donc trĂšs rĂ©ussi.

L’avis de Kathel : https://lettresexpres.wordpress.com/2013/03/11/gerbrand-bakker-le-detour/

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Romans Une rentrée à l'Est

Une rentrĂ©e Ă  l’Est – le bilan

Et voilĂ , la premiĂšre Ă©dition de la RentrĂ©e Ă  l’Est est dĂ©jĂ  terminĂ©e ! Un immense merci Ă  toutes les blogueuses et tous les blogueurs qui m’ont accompagnĂ©e dans cette aventure balte et Ă  celles et ceux qui ont commentĂ© ou simplement lu les 31 billets đŸ€© parus Ă  l’occasion de ce petit rendez-vous. J’espĂšre que cela vous aura donnĂ© envie de continuer Ă  dĂ©couvrir la littĂ©rature des pays baltes et plus gĂ©nĂ©ralement de l’Est.

Aujourd’hui, c’est l’heure du bilan et pour vous aider Ă  vous repĂ©rer dans la liste trĂšs Ă©clectique des livres (re)dĂ©couverts pendant ces deux semaines, j’y ai glissĂ© quelques pictogrammes, forcĂ©ment un peu rĂ©ducteurs mais que j’espĂšre utiles :

  • đŸšŒ littĂ©rature jeunesse
  • 🚹 policier
  • ⚜ historique
  • đŸȘ† occupation soviĂ©tique
  • đŸȘ– DeuxiĂšme Guerre mondiale
  • đŸ‘œ science fiction, anticipation, dystopie…
  • 💬 BD
  • ⛔ compatible avec le Book trip en mer
  • 🏙 compatible avec les Lectures urbaines

Estonie – 15 chroniques :

  • Le papillon d’Andrus KivirĂ€hk sur le Biblioblog
  • Les groseilles de novembre d’Andrus KivirĂ€hk dans la Bulle de Manou
  • La Colline-du-Voleur d’Anton Hansen Tammsaare chez Et si on bouquinait un peu ? (Patrice)
  • Le pĂšlerinage ⚜ de Tiit Aleksejev sur le blog Chez Mark et Marcel
  • Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble đŸšŒđŸ™ de Piret Raud sur mon blog
  • Purge đŸȘ–đŸȘ†de Sofi Oksanen chez Manou et GĂ©raldine
  • Le voyage d’HanumĂąn d’AndreĂŻ Ivanov chez Sibylline
  • Burning Cities 🏙 de Kai Aareleid chez Sunalee (lu en anglais, pas de traduction française disponible)
  • Le dĂ©part du professeur Martens de Jaan Kross sur mon blog et chez Et si on bouquinait un peu (Patrice) ?
  • Quand les colombes disparurent đŸȘ– đŸȘ†de Sofi Oksanen chez Et si on bouquinait un peu ? (Eva)
  • L’Ă©nigme de Saint-Olav đŸššâšœïžđŸ™ d’Indrek Hargla chez Manou et sur mon blog (par un chroniqueur mystĂšre)
  • Le fou du tzar de Jaan Kross chez Keisha

Lettonie – 8 chroniques :

Lituanie – 8 chroniques :

  • À l’ombre des loups đŸȘ–đŸȘ†d’Alvydas Slepikas chez Je lis, je blogue
  • PrisonniĂšre de l’Ăźle glacĂ©e de Trofimovsk đŸȘ†de Dalia GrinkevičiĆ«tė chez Sunalee qui a lu ce tĂ©moignage dans sa traduction anglaise (parue sous le titre Shadows on the Tundra)
  • La bibliothĂšque du beau et du mal de Undinė RadzevičiĆ©tė sur le Biblioblog d’Anne-Yes et chez Fanja
  • L’impĂ©ratrice de pierre ⚜(tome 1) de Kristina Sabaliauskaite chroniquĂ© sur mon blog
  • L’oiseau qui buvait du lait 🚹 de Jaroslav Melnik sur mon blog
  • Vilnius poker đŸȘ†đŸ™ de Ričardas Gavelis sur mon blog
  • Macha ou le IVe Reich đŸ‘œ de Jaroslav Melnik chez TĂȘte de lecture

Évidemment, vous attendez aussi de savoir qui a gagnĂ© un des romans offerts par les 3 gĂ©nĂ©reuses maisons d’Ă©dition qui ont bien voulu s’associer Ă  ce rendez-vous autour de la littĂ©rature des pays baltes. Fin du suspens, voici les gagnant(e)s de mon petit jeu-concours :

  • Sunalee a fait un sans faute en prĂ©disant 15 billets pour l’Estonie ! Elle remporte Cap sur la libertĂ© des Estoniens Voldemar Veedam et Carl B. Wall, paru aux Ă©ditions de La table ronde.
  • An s’Ă©tait montrĂ©e un chouĂŻa trop optimiste en prĂ©voyant 16 billets, mais elle n’Ă©tait pas loin du score final ! Elle remporte L’impĂ©ratrice de pierre de la Lituanienne Kristina Sabaliauskaite, paru aux Ă©ditions de La table ronde.
  • Patrice avait imaginĂ© un score de 13 billets, ce qui lui vaut de remporter Tigre du Letton Jānis JoƆevs, paru aux Argonautes Éditeur.
  • Ex-ĂŠquo avec 12 billets escomptĂ©s, Athalie et Kathel remportent À l’ombre de la butte aux coqs du Letton Osvalds Zebris, paru aux Ă©ditions Agullo, pour Athalie et TĂ©nĂšbres et compagnie de Sigitas Parulskis, paru aux Ă©ditions Agullo, pour Kathel.

Je suis actuellement en dĂ©placement Ă  l’Ă©tranger mais je vous enverrai vos livres d’ici la fin du mois, promis ! (Envoyez-moi juste votre adresse postale, par exemple via le formulaire de contact de mon blog).

Encore merci Ă  Émilie qui a créé ce magnifique logo pour moi !

Je vous donne rendez-vous l’annĂ©e prochaine du 15 au 30 septembre pour une nouvelle destination que j’ai le plaisir de vous annoncer dĂšs aujourd’hui (j’en connais qui aiment prĂ©parer leur PAL longtemps Ă  l’avance 😉). En 2025, ce sera la Bulgarie que je vous proposerai d’arpenter avec moi !

PS : Pour voyager par procuration dans les pays baltes, je vous recommande de suivre Sunalee qui y est allĂ©e rĂ©cemment et partage ses dĂ©couvertes ici : https://suasaday.wordpress.com/tag/pays-baltes-2024/

PPS : Octobre est un mois balte chez plusieurs Ă©diteurs comme vous pourrez le constater avec cet article de Passage a l’Est : https://passagealest.wordpress.com/ De quoi vous donner des idĂ©es pour prolonger la RentrĂ©e !

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Afrique du Sud Romans

Alors toi aussi – Futhi Ntschingila

Traduction de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Flory – Tropismes Ă©ditions

GrĂące au Mois africain proposĂ© par Jostein, j’ai dĂ©couvert l’an dernier la jeune autrice sud-africaine Futhi Ntshingila dont le nouveau roman vient de paraĂźtre. Enrage contre la mort de la lumiĂšre m’avait beaucoup plu malgrĂ© quelques dĂ©fauts « de jeunesse Â» et Alors toi aussi ne m’a pas déçue !

Une fois encore, Futhi Ntshingila s’empare des traumatismes de son pays sans tomber dans le pathos. Elle met en scĂšne la rencontre de Hans, un vieil homme, ancien militaire et policier afrikaner, et de Zoe, une infirmiĂšre noire qui a vu ses amis mourir et disparaĂźtre Ă  cause du racisme et de la rĂ©pression. Ils vont se raconter leur histoire, sans jugement et je dirai mĂȘme avec bienveillance alors qu’ils appartenaient clairement Ă  des camps opposĂ©s.

« Je sais qu’on ne peut tuer autrui sans tuer au passage des parties de soi. Nous sommes nombreux, zombies ambulants, Ă  avoir certes Ă©chappĂ© Ă  la loi et la Commission VĂ©ritĂ© et RĂ©conciliation, mais aujourd’hui prisonniers de la boucle torturante de notre propre jour sans fin. Â»

En Afrique du Sud, le passĂ© est lourd, c’est le moins que l’on puisse dire. Saviez-vous par exemple qu’en 1901 trĂšs prĂ©cisĂ©ment, les Anglais ont pratiquĂ© la politique de la terre brĂ»lĂ©e dans le pays et enfermĂ© Boers et Africains noirs dans des camps de concentration dans lesquels on estime qu’entre 32 000 et 47 000 personnes sont mortes ? Au passage, j’ai appris aussi que les Boers n’Ă©taient pas tous originaires des Pays-Bas comme je le pensais, mais aussi d’Allemagne et de France. À ce sujet, une mini-sĂ©rie (hĂ©las pas terrible malgrĂ© son sujet prometteur et une Anna Mouglalis impĂ©riale) – actuellement diffusĂ©e sur Arte – parle justement de ces huguenots français qui fuyaient devant les Anglais (au cours de ce qu’on a appelĂ© « le grand trek Â»).

« Il m’a fallu du temps pour reconnaĂźtre la malĂ©diction de ma gĂ©nĂ©ration pourrissante. Ayant grandi en tant qu’homme blanc sous le rĂ©gime d’apartheid, j’avais un sens aveugle et faussĂ© de mon bon droit Ă  diriger des gens. (…) On peut rĂ©genter les gens jusqu’Ă  contrĂŽler qui ils baisent et quand, mais lĂ  oĂč ça se complique, c’est lorsqu’il s’agit de ce qu’ils pensent. Alors notre impuissance nous apparaĂźt nue. Â»

En revenant sur cet Ă©pisode ancien de l’histoire du pays et de la famille de Hans, et surtout sur des Ă©vĂ©nements beaucoup plus rĂ©cents, Futhi Ntshingila fait preuve d’une objectivitĂ© assez impressionnante. Elle n’occulte aucun crime, et surtout aucune ambiguĂŻtĂ©, tout en dĂ©livrant un message de rĂ©conciliation et d’optimisme. Un autre monde est possible, elle en est persuadĂ©e et son roman dĂ©gage plein d’ondes positives alors que clairement, le point de dĂ©part est trĂšs sombre.

Si ce roman a un dĂ©faut, c’est peut-ĂȘtre sa tendance Ă  vouloir que tout finisse bien (la toute fin en particulier est un peu trop belle pour ĂȘtre vraie, dĂ©faut qu’avait dĂ©jĂ  Enrage contre la mort de la lumiĂšre). Mais cette Ă©crivaine a un talent fou pour nous immerger dans ses histoires et ce serait dommage de s’en priver. Et puis, un peu d’espoir dans l’avenir, ça ne fait pas de mal !

D’autres avis chez Temps de lecture et Jostein.

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Estonie Romans

L’Ă©nigme de Saint-Olav – Indrek Hargla

Traduction de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry – Éditions Babel noir

Pour clore cette premiĂšre Ă©dition de la RentrĂ©e Ă  l’Est, c’est – exceptionnellement – un invitĂ© qui vous livre sa chronique. En la lisant, j’ai dĂ©couvert que le roman en question Ă©tait compatible avec les lectures urbaines proposĂ©es chez Ingannmic et Athalie. Double merci 🙏🙏 donc Ă  mon chroniqueur du jour Ă  qui je laisse Ă  prĂ©sent la parole :

Je ne suis pas un grand lecteur de romans (en tout cas, je suis beaucoup, mais alors beaucoup moins insatiable dans ce domaine que Sacha), et encore moins de polars. Mon truc, ce sont plutĂŽt les littĂ©ratures de l’imaginaire, sans doute car j’ai un petit faible pour tout ce qui est complĂštement dĂ©connectĂ© de nos rĂ©fĂ©rences habituelles (j’ai aussi un faible pour ce qui est historique, pour les mĂȘmes raisons).

Voyant que je calais sur la lecture de MĂ©tal de Janis Jonevs malgrĂ© mon goĂ»t pour le genre musical du mĂȘme nom, Sacha a eu pitiĂ© de moi et m’a proposĂ© d’écrire plutĂŽt un billet sur L’énigme de Saint-Olav, d’Indrek Hargla. La perspective de lire un polar historique m’a remĂ©morĂ© mes trĂšs bons (et anciens) souvenirs du Cercle de la croix, de Iain Pears. C’est donc avec un a priori positif que j’ai acceptĂ© de me plonger dans cette premiĂšre enquĂȘte de Melchior l’apothicaire.

Dans une Tallinn encore dominĂ©e en 1409 par l’ordre des Chevaliers teutoniques, un haut dignitaire de cet ordre est sauvagement assassinĂ©. L’enquĂȘte menĂ©e dans ce roman par l’apothicaire de la ville nous invite Ă  dĂ©couvrir les grands acteurs de la vie sociale dans l’Estonie mĂ©diĂ©vale.

L’avant-propos de l’auteur a pour moi Ă©tĂ© pour beaucoup dans l’intĂ©rĂȘt initial de l’histoire. En effet, l’enquĂȘte aurait Ă©tĂ© inspirĂ©e par les traces dans le registre du Conseil de Tallinn d’un fait divers similaire (l’assassinat d’un dignitaire teutonique) remontant justement Ă  1409. Cette utilisation de sources historiques pour crĂ©er une petite histoire dans la grande Ă©tait clairement de nature Ă  piquer mon intĂ©rĂȘt. J’avais d’ailleurs adorĂ© le roman MĂȘme pas mort de Jean-Philippe Jaworski, qui avait utilisĂ© le mĂȘme procĂ©dĂ©.

Ne connaissant pas grand-chose Ă  la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale estonienne, je serais bien en peine de critiquer la rigueur historique du roman d’Indrek Hargla. Pour autant, il nous peint avec force dĂ©tails la ville, son organisation, ses us et coutumes. Les relations qu’entretiennent l’ordre teutonique, le clergĂ© et les diffĂ©rentes guildes sont Ă©galement autant d’élĂ©ments mis en avant pour donner une Ă©paisseur certaine au roman. Malheureusement, Hargla ne parvient pas Ă  utiliser les 419 pages du livre pour donner assez de corps Ă  ses personnages Ă  mon goĂ»t. Melchior, l’apothicaire-enquĂȘteur, semble pendant une bonne moitiĂ© du roman trĂšs lisse et trop plein de bons sentiments pour moi. Son relief et ses failles nous sont ainsi prĂ©sentĂ©s bien tard, et les autres personnages, trop nombreux, ne parviennent pas Ă  capter suffisamment la lumiĂšre pour qu’Indrek Hargla leur donne une vĂ©ritable consistance.

En ce qui concerne l’enquĂȘte en elle-mĂȘme, j’avoue humblement n’en avoir pas saisi les toutes derniĂšres rĂ©vĂ©lations. Le mode narratif de conclusion de l’enquĂȘte, qui rappelle quelque peu Agatha Christie mettant en scĂšne la prĂ©sentation par Hercule Poirot de ses trouvailles Ă  la galerie de personnages au grand complet, ne m’a en effet pas permis de dĂ©mĂȘler tous les fils de l’écheveau. Je reste donc de ce point de vue clairement sur ma faim.

En rĂ©sumĂ©, il s’agit d’un roman qui, s’il est clairement un peu long, se laisse toutefois lire pour sa description vivante et dĂ©taillĂ©e de l’organisation d’une citĂ© mĂ©diĂ©vale. L’Énigme de Saint-Olav n’est cependant pas un livre dont je garderai un souvenir impĂ©rissable.

Il s’agit du premier volume d’une sĂ©rie de 6 enquĂȘtes, dont 3 ont Ă©tĂ© adaptĂ©es au cinĂ©ma
 Peut-ĂȘtre ce format (le premier film dure 1h38) est-il plus adaptĂ© Ă  la dĂ©couverte des aventures de Melchior


PS de Sacha : D’autres avis sont Ă  lire chez Manou qui l’a lu pour cette RentrĂ©e, mais aussi chez Fabienne et Patrice (dont je vous assure que mon chroniqueur n’avait pas lu le billet avant de rĂ©diger le sien. Que voulez-vous, les grands esprits se rencontrent 😁).