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À propos

Deux ans déjà

Deux ans déjà ! C’est donc l’heure de mon petit bilan annuel, marqué cette fois par le lancement du 1er grand rendez-vous organisé sur mon blog : la Rentrée à l’Est. Merci encore à vous de m’avoir accompagnée en 2024 dans cette mise à l’honneur de la littérature balte ! Et vivement septembre pour une plongée dans la littérature bulgare.

Le bilan

Je travaille encore au désherbage de ma PAL, tout en m’autorisant quelques entrées très occasionnelles. 2025 devrait ainsi me revoir participer aux Pavés de l’été (pour les Épais, je ne garantis rien, n’étant pas fan des énormes bouquins). Je tenterai également une contribution ou deux à l’Objectif SF 2025 chez Sandrine.

Mon tour du monde

Lentement, mais sûrement, j’élargis mes horizons (les pays entrants apparaissent en vert). Il devrait y avoir encore quelques nouvelles destinations d’ici l’an prochain grâce au Printemps latino chez Je lis je blogue, au Mois espagnol et sud-américain chez Sharon et aux lectures communes de littérature d’Asie du Sud-Est proposées par Sunalee.

Mon TOP 10

Mes projets pour l’an 3 du blog

Encore merci à toutes et à tous de me suivre et de me faire découvrir toujours plus de livres !

PS : Je dois cette fois encore mes illustrations à Émilie !

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Croatie Romans

La guitare de palissandre – Kristina Gavran

Traduction du croate par Chloé Billon – Les Éditions Bleu et jaune

Quel magnifique roman ! C’est encore un coup de cœur ❤️ pour moi ! Et je le dois à Eva et Patrice qui proposent aujourd’hui une lecture commune autour des excellentes Éditions Bleu et jaune.

Cinq femmes jouent un rôle déterminant dans la vie de la guitare d’exception qui a donné son nom au roman : Asha, la porteuse de graine, Ruža, la mère qui transgressera les règles pour sauver sa famille, l’Orpheline née au milieu des fées de la forêt, Gabrijela la muse et Petra la musicienne. Envoûtante, la plume de Kristina Gavran rend tous ses personnages (il y a aussi des hommes) et leur univers aussi vivants que mystérieux. L’écriture est limpide, tout comme le récit, et d’emblée, j’ai eu mille peines à reposer La guitare de palissandre quand les contingences de la vie m’y obligeaient.

« Elle se lava du contact des fées sur sa peau, des empreintes des doigts qui avaient peigné ses cheveux, du parfum des fleurs dont elles avaient couvert son corps chaque matin, de toutes les années qu’elle avait passées avec elle. Elle savait que, rapidement, elle ne se souviendrait plus de rien – on l’avait prévenue quand elle était sortie de la forêt. Pas parce que les fées ne voudraient plus d’elle, mais parce que c’était la seule manière pour la forêt de survivre. »

Photo de Joe sur Pixabay

Construit comme une partition musicale, le roman est composé de plusieurs mouvements (« glissando », « pizzicato ») découpés en chapitres avec, en épigraphe, le titre d’une pièce musicale et le nom de son interprète. On peut donc accompagner sa lecture de l’écoute d’airs de guitare soigneusement choisis si on le souhaite. Trop plongée dans l’histoire, je ne me suis pas interrompue pour chercher ces musiques mais c’est prévu pour très bientôt.

C’est sans la moindre difficulté qu’on passe d’un chapitre à l’autre et qu’avec chacune de ces femmes, on évolue dans des temps anciens ou à notre époque. En nous racontant la naissance et la vie de la guitare de palissandre, Kristina Gavran nous parle de femmes majestueuses et d’une grande sensibilité, des femmes qui sont toutes des fées à leur manière. L’autrice magnifie l’art et l’amour de l’art(isanat) et aborde des thèmes éternels et très contemporains comme la maternité, la transmission, l’intolérance ou encore le respect de la nature. C’est lumineux et servi par une remarquable traduction.

Keisha et Ingannmic sont tout aussi enthousiastes que moi. Vous pouvez lire leur avis ici et .

PS : Pour retrouver tous les billets de cette lecture commune à la découverte des Éditions Bleu et jaune, rendez-vous chez Et si on bouquinait ?

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Allemagne Romans

Kaïros – Jenny Erpenbeck

Traduction de l’allemand (à venir) de Rose Labourie – Penguin Verlag

En octobre dernier, j’ai profité d’un passage en Allemagne pour faire une petite provision de romans en VO. Parmi eux, Kaïros, auréolé de l’International Booker Prize 2024. Sa traduction en français est en cours et paraîtra à l’automne. Je vous propose donc une petite avant-première et peut-être une piste de lecture pour le rendez-vous des Feuilles allemandes en novembre.

Milieu des années 1980 : Katharina a 19 ans, Hans 54. Ils tombent follement amoureux malgré tout ce qui devrait les séparer, à commencer par leur différence d’âge bien sûr, et le fait que Hans soit marié. Aussi discutable que soit cette relation, Jenny Erpenbeck nous en fait ressentir toute la beauté, la passion, le caractère à la fois intime et universel. Elle retrace leurs pensées, leurs paroles, leurs gestes les plus infimes. C’est captivant et très beau.

Tout cela se passe dans une RDA que l’on nous montre rarement. Celle des cafés et restaurants, des plages de la Baltique où l’on passe ses vacances, celle des théâtres et des soirées étudiantes. En Allemagne, on a parfois reproché à Jenny Erpenbeck une certaine Ostalgie, ce sentiment de nostalgie vis-à-vis de l’ex-Allemagne de l’Est. Sa reconnaissance est d’ailleurs venue en premier lieu de l’étranger. Comme l’explique Rose Labourie*, Jenny Erpenbeck dépeint surtout une vie banale dans un pays qui ne se résumait pas à la Stasi et aux barbelés. En RDA, les gens étudiaient, travaillaient, allaient au spectacle, faisaient la fête, s’aimaient. Cela ne nie pas la dureté et les aberrations du régime, mais rappelle qu’il y avait aussi de la normalité.

Photo de Lutz Schramm, sous licence creative commons

Peu à peu, la relation amoureuse entre Katharina et Hans évolue et devient déséquilibrée, puis franchement malsaine. En parallèle, l’État socialiste allemand se délite, sa population veut s’émanciper, gagner en liberté. Jenny Erpenbeck montre très bien le choc qu’a provoqué la réunification. L’arrivée brutale de l’économie de marché, mais aussi la négation de tout ce qui avait existé de positif en RDA ont profondément et durablement ébranlé la société. Pour les Allemands de l’Ouest, il a fallu sortir le chéquier, mais pour les Allemands de l’Est, la réunification a signifié une perte massive de pouvoir d’achat, des milliers de suppression de postes et le rejet total de leur système de valeurs. Ce roman permet de mieux comprendre le traumatisme que cela a pu représenter, et peut-être aussi la fracture Est/Ouest que l’on vient encore d’observer lors des élections législatives en Allemagne.

Je ne suis pas surprise que Jenny Erpenbeck ait séduit le jury du Booker Prize car son roman m’a rappelé des pavés américains qui dissèquent à la fois le couple et la société (par exemple Freedom de Jonathan Franzen, référence qui date un peu, mais depuis, je me suis éloignée de ce type de romans-fleuves). Avec Kaïros, comme dans ces pavés états-uniens, j’ai été à la fois fascinée, emportée et, au bout d’un moment (relativement tard ici), un peu écrasée par ces détails foisonnants.

Image par Pexels de Pixabay

J’ai donc trouvé ce roman fort et passionnant, pour l’histoire entre les deux personnages comme pour ce qu’il raconte de la RDA et de sa fin, mais aussi étouffant à cause de la minutie avec laquelle chaque conversation ou situation est décrite. Quoiqu’il en soit, je n’hésite pas à vous le recommander, surtout si vous aimez habituellement les romans bien denses, fourmillant de détails. Et sa fin est parfaite.

En écho sur ce blog : Stasiland, Quand la lumière décline, Brandebourg, et, chez Patrice : Au-delà du mur et Lütten Klein, vivre en Allemagne de l’Est.

PS : Le mois dernier, j’ai eu la chance de participer à un atelier intitulé « Traduire un monde disparu » avec Rose Labourie. Cette jeune et brillante traductrice littéraire nous a donné des clés sur cette œuvre précise (elle travaille dessus depuis quelques temps) et a partagé quelques-uns de ses « secrets » pour obtenir une traduction à la fois fluide et respectueuse de l’original. C’était une expérience extrêmement intéressante et une manière originale de découvrir une autrice, un roman et leur « passeuse ». Petite difficulté supplémentaire ici : les termes décrivant des objets ou lieux typiques de la RDA, comme ces retoucheries spécialisées dans la réparation express de bas et collants (ce qui se dit en un mot dans l’original !). Pour rappel, Rose Labourie a notamment traduit Juli Zeh, Ferdinand von Schirach, Nino Haratischwili, Antje Rávik Strubel ou encore Chris Kraus.

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Pays-Bas Romans

Une journée de chien – Sander Kollaard

Traduction du néerlandais par Daniel Cunin – Éditions Héloïse d’Ormesson

Avec un titre pareil, j’aurais pu craindre un roman néerlandais de plus dans lequel la déprime et/ou le drame allaient s’abattre sur son héros (coucou auteur-chouchou Gerbrand Bakker et maître du suspense psychologique Toine Heijmans 😆). Heureusement, comme le billet d’Eva le laissait penser, c’est au contraire toute ravigotée que je suis sortie de cette lecture pleine de charme.

Entre son divorce qui date déjà un peu, son âge qui avance, un deuil qui ne s’oublie pas, une amie qui perd la boule et à présent son chien qui ne va pas bien, Henk pourrait sérieusement broyer du noir. Seulement voilà, Henk est épicurien et philosophe (pas de métier, simplement dans sa façon d’aborder l’existence). Il aime le bon fromage, Nietzsche, la littérature, sa nièce Rosa, et tout ce qui fait le sel de la vie et qu’il savoure avec gourmandise. Il est sentimental sans être triste, il prend le temps de réfléchir à la vie et à la mort… Le temps d’une journée, on suit ses pensées, ses souvenirs, ses hésitations, ses élans. Le narrateur n’enjolive pas son personnage, mais il a de toute évidence beaucoup d’affection pour lui, et c’est contagieux.

Quant à sa relation avec Canaille, son kooikerhondje*, elle est pleine de tendresse elle aussi, et extrêmement touchante. (*Quel chien de toute beauté, n’est-ce pas ? D’ailleurs, on le retrouve dans de nombreux tableaux de maîtres flamands, en particulier chez Jan Steen).

Le kooikerhondje, aussi appelé « petit chien hollandais de chasse au gibier d’eau » ou « chien hollandais de canardière ».
Photo : CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1575040

De manière générale, Sander Kollaard parle ici de gens comme vous et moi, dont il est donc rarement question en littérature. L’amour est présent sous toutes ses formes : amour fraternel, amour qui s’effiloche dans un couple, amour pour son animal de compagnie, amour entre un oncle et sa nièce, amitié amoureuse, amour naissant … C’est très doux, émouvant, pas nunuche pour deux sous et même parsemé d’un humour bienfaisant.

Petit par la taille, Une journée de chien est un formidable roman qui vous redonnera le moral ! À découvrir !

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Malaisie Romans

Le don de la pluie – Tan Twan Eng

Traduction de l’anglais (Malaisie) par Philippe Giraudon

Cette période de l’année me paraît toujours très longue et rien de tel qu’un peu d’exotisme et de tropiques pour la faire passer plus vite. Pour un dépaysement sans émission carbone, j’ai pioché chez Sunalee une idée lecture qui m’a conduite en Malaisie, un pays dont j’ignorais à peu près tout. Le don de la pluie était le roman parfait pour le découvrir !

Penang est une île de Malaisie qui faisait partie, avec Singapour et Malacca, des « Établissements des détroits » (Straits Settlements) sous la férule de l’Empire britannique jusqu’à leur dissolution en 1946. C’est là que vit le jeune Philip Hutton, fils d’un riche entrepreneur anglais et orphelin d’une mère chinoise.

Le récit commence en 1939. Alors qu’il est seul pendant plusieurs mois et quelque peu désœuvré, Philip fait la connaissance d’un Japonais d’âge mûr, locataire d’une île sur la propriété familiale des Hutton. Une relation de maître à élève (et plus ?? 🤔…) se tisse : Endo-san forme Philip à l’aïkido et à la méditation zazen, tandis que Philip joue les guides pour son sensei et lui fait découvrir toutes les merveilles (et lieux stratégiques) de son île. Deux ans plus tard, le Japon envahit la Malaisie et Philip choisit de collaborer avec l’ennemi. Est-il le jouet de sa destinée, celle qui lui a été prédite avant même sa naissance ? Aurait-il pu faire un autre choix ? Jusqu’où est-on prêt à aller par amour, par patriotisme ? Telles sont les questions que l’auteur et son personnage ne cessent de se poser. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas l’aspect que j’ai trouvé le plus intéressant, ni le plus convaincant. À vrai dire, cela m’a même barbée, tout comme certaines pseudo-explications karmiques.

Khoo Kongsi, temple familial de la diaspora chinoise de Penang – Photo de Tracey Wong sur Pixabay

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est la plongée dans cette société cosmopolite réunissant Malais (assez minoritaires d’ailleurs), Britanniques, Indiens, Chinois et Japonais. Certains peuples sont venus à Penang en conquérants, d’autres y ont été déportés, et d’autres encore y ont trouvé refuge après avoir fui des bouleversements politiques ou la guerre. Ils se côtoient, mais se mélangent peu malgré des apparences de coexistence. Lorsqu’il y a une véritable fusion, cela ne se passe pas sans heurts comme en témoigne l’histoire de Philip. Lui qui est métis n’arrive pas à se situer et personne ne semble savoir quoi faire de lui non plus. La période est particulièrement intéressante également : l’Empire britannique commence à vaciller, le communisme s’étend en Asie, le Japon envahit la Chine puis le reste de l’Asie …

L’auteur prend son temps pour décrire l’île, ses communautés (bourgeoisie britannique, triades chinoises…), ses temples, ses rues et ses collines, sans oublier sa cuisine qui met littéralement l’eau à la bouche. Si la fusion se fait quelque part, c’est clairement dans l’architecture et dans l’assiette ! On a l’impression de déambuler dans l’île, de sentir les parfums des fleurs et des épices, et c’est très plaisant. À quelques reprises, je me suis quand même fait la réflexion que cela frôlait le guide touristique… Heureusement, il y a un peu de tension aussi (je ne parlerais pas d’action même s’il y a quelques scènes de bagarres et d’exécutions). Et s’il y a quelques vrais méchants, la plupart des personnages ont plusieurs facettes, quels que soient leur origine et le camp dans lequel ils se trouvent. La notion de destin est très présente et pèse sur les personnages, sans que cela les empêche de s’interroger sur le chemin à prendre. J’ai trouvé leur psychologie plutôt fine.

Trop stylée, la tenue des aïkidoka ! Photo d’Andrzej sur Pixabay

En résumé, s’il n’évite pas quelques longueurs et effets dramatiques légèrement sirupeux, Le don de la pluie est un roman très agréable à lire, dépaysant et instructif (sur la Malaisie, mais aussi sur l’aïkido, art martial qui m’a toujours fascinée). Petite cerise sur le gâteau me concernant : il a un grand-père shaolin !

Une bien jolie et très accessible porte d’entrée dans la littérature du Sud-Est asiatique.

PS : Fanja a lu ce roman elle aussi et nos avis se rejoignent en bonne partie 😊.

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Hongrie Romans

La porte – Magda Szabό

Traduction du hongrois par Chantal Philippe – Livre de poche

Grand succès de la littérature contemporaine hongroise, La porte m’attendait dans ma PAL depuis un petit moment. L’avis récent d’Antigone m’a motivée pour l’en sortir et, tout comme elle, j’ai trouvé cette lecture aussi forte qu’étonnante.

La narratrice de La porte est écrivaine. Sans enfant, elle vit avec son mari, également auteur. Ne parvenant pas à écrire tout en tenant son ménage, elle engage Emerence, la concierge d’un immeuble voisin. Bientôt, elle ne peut plus se passer de ses services malgré le caractère difficile de cette employée atypique. Leurs relations sont orageuses, faites de fâcheries et de réconciliations, d’incompréhension totale et d’amour inconditionnel. Ce duo est étrange et ce qui le lie reste un mystère à mes yeux…

Un drame est arrivé, on le sait d’emblée, et la tension ne se relâchera pas de tout le roman. Magda Szabό est en effet d’une redoutable habileté pour entretenir un suspense à partir d’événements a priori anodins. Emerence est un personnage hors du commun, elle a vécu 1000 vies dont elle ne livre que des bribes et reste une énigme pour son entourage, à commencer par la narratrice. Les avis que j’ai lus se concentrent donc généralement, et tout naturellement, sur elle. Pourtant, la narratrice me semble la plus ambigüe et la plus difficile à cerner, elle qui s’entête à vouloir tout savoir d’Emerence. Incroyablement égocentrique, elle semble ne jamais tirer de leçons de ses erreurs, qu’elle répètera jusqu’à la fin.

Tout est psychologie dans ce roman : Pourquoi Emerence exerce-t-elle une telle emprise sur la narratrice ? Que cache-t-elle derrière la fameuse porte ? Qu’est-ce qui a poussé la narratrice à franchir les limites imposées par Emerence ? Magda Szabό glisse par ailleurs de nombreuses réflexions sur la valeur du travail manuel par rapport au travail intellectuel, la religion, la bonté, le bien et le mal… La porte est donc un roman intense, porté par une très belle écriture et qui a sans aucun doute mérité son succès.

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France Romans

Junil – Joan-Lluís Lluís

Traduction du catalan par Juliette Lemerle – Les Argonautes Éditeur

Pas fan des romans historiques, a fortiori lorsqu’ils se déroulent dans l’Antiquité, j’ai pourtant dévoré ce roman en moins de 2 jours ! Joan-Lluís Lluís est un conteur hors pair qui m’a captivée avec l’histoire de Junil et de ses compagnons de route qui fuient l’Empire romain. C’est donc un coup de cœur ❤️ auquel je ne m’attendais pas du tout !

« Il y avait un homme qui méprisait sa fille. Ce mépris, manifeste et constant, fut d’une certaine façon la cause de la mort de cet homme, qui n’interviendra donc que brièvement dans ce roman. Peu de temps après avoir surgi de la page blanche, il y retournera à jamais. Et même si sa présence restera vive et implacable dans l’esprit de sa fille, il ne fera ici que des apparitions allusives, sans doute superflues, comme une brise matinale qui renonce vite à souffler. S’effacer ; tel sera son châtiment. »

Dès ce premier paragraphe, j’étais ferrée ! L’auteur nous narre une magnifique aventure qui redonne foi en l’être humain. Portée par son désir d’indépendance et son amour pour les vers d’Ovide, la frêle Junil est celle dont le départ entraîne celui d’une poignée d’hommes avides de liberté. Leur groupe hétéroclite (un esclave, un ancien gladiateur, un prêtre) grandira au fur et à mesure de leur périple et leur modeste fuite deviendra épopée.

Magnifique hommage à l’écriture, aux histoires et à la littérature comme vecteurs d’émancipation et d’émotions, ce roman est un petit bijou à découvrir absolument ! Le charme qu’il exerce est difficile à mettre en mots pour moi, alors puisque la maison d’édition met généreusement les premières pages à disposition, foncez et voyez par vous-même(s). Vous pouvez aussi lire l’avis tout aussi enthousiaste, et bien plus détaillé, de la Livrophage avant de vous lancer. Mais ensuite, plus d’excuses !

PS : Pour la petite histoire, Joan-Lluís Lluís est un auteur français d’expression catalane. C’est donc un Français traduit vers le français que j’ai découvert grâce au superbe travail de Juliette Lemerle.

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Norvège Romans

Tout le monde veut rentrer chez soi – Helga Flatland

Traduction du norvégien par Dominique Kristensen – Éditions de l’Aube

« Il demeure impossible de parler avec Julie. Et après avoir vu le reste de sa famille à l’enterrement de Tarjei, je comprends d’où elle tient ça. Ce n’est pas un trait de personnalité, c’est un trait de famille. Ils ne se parlent pas, bon sang, ils ne se touchent pas – à l’enterrement de son frère, ai-je dit à Hendrik. (…) Comme si le fait qu’ils soient de la même famille ne créait pas un lien plus fort entre eux, mais formait au contraire une barrière. »

Ce très bon roman (traduit du néo-norvégien et du bokmål) est celui de la difficulté à communiquer au sein d’une famille et à devenir adulte. La mort sert ici de révélateur de situations installées depuis longtemps et qui deviennent intenables avec le deuil. Des relations à l’équilibre souvent précaire sont bouleversées, les non-dits et les malentendus ne font que grandir jusqu’à plonger ceux qui restent dans la solitude, la dépression et même la folie.

De la même autrice, j’avais déjà apprécié Une famille moderne dans lequel un divorce sur le tard chamboulait totalement une famille a priori assez idéale. Dans une veine beaucoup plus sombre, Tout le monde veut rentrer à la maison continue d’explorer les failles imperceptibles qui deviennent béantes sous le coup d’un événement traumatisant. Helga Flatland fait ici encore montre d’énormément de talent et d’une grande empathie pour chacun de ses personnages, et plus particulièrement pour les trois narrateurs : Âgés d’une vingtaine d’années, Julie, Mats et Sigurd cherchent leur voie, rejetant et recherchant leurs parents à la fois.

Pour plus de lectures nordiques, rendez-vous chez Céline !

Je découvre au moment d’écrire ce billet que Tout le monde veut rentrer chez soi fait suite à un autre roman de Helga Flatland intitulé Reste si tu peux, pars s’il le faut. C’est bon à savoir pour qui préfère découvrir les événements dans l’ordre chronologique. Cela dit, rien ne m’a manqué dans ma lecture et je suis ravie de savoir que je vais pouvoir revenir en arrière pour retrouver certains personnages et faire mieux connaissance avec quelques autres dans ce village norvégien un peu hors du monde.

Madame Lit a elle aussi aimé ce roman. Son avis est à lire ici.