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Romans Tchéquie

Hana – Alena Mornštajnová

Traduction du tchèque par Benoît Meunier – Éditions Bleu et jaune

Hana est indéniablement mon coup de cœur de cette Rentrée à l’Est, et je suis certaine qu’il sera dans mon Top de l’année. C’est un roman qu’il est impossible de lâcher et qui m’a profondément bouleversée. Une immense réussite !

Alena Mornštajnová trouve le ton juste pour chacune des voix qui s’exprime, enfant ou adulte. La construction de son roman est imparable sans que cela sente jamais l’effort : tout semble couler de source, et la spirale des événements se déroule inexorablement. L’écriture est maîtrisée, évocatrice et limpide, et la traduction est absolument parfaite.

Je ne veux pas divulgâcher le sujet au cœur du roman, d’autant que la couverture de la traduction française a choisi de garder le mystère. Sachez simplement que j’ai rarement lu un roman où le traumatisme et la culpabilité sont (d)écrits avec autant de justesse, et sans pathos. Je ferai donc court (et un peu directif 🤣) : lisez Hana !

Vous pouvez en découvrir le premier chapitre ici : https://www.editionsbleuetjaune.fr/wp-content/uploads/2022/05/HANA_PREMIER-CHAPITRE-1.pdf. Et ensuite, à vous de jouer pour la suite !

Alena Mornštajnová a plus récemment publié Novembre, toujours aux Éditions Bleu et jaune, une uchronie visiblement très marquante elle aussi, que Jostein a lue à sa sortie et que Sunalee a choisie (et adorée!) pour la lecture commune d’aujourd’hui.

Pour des avis plus détaillés et tout aussi tentateurs à propos de Hana, c’est là : Claudialucia, Eva, Fabienne (dont j’espère le retour sur la blogosphère…) et Ingrid.

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Romans Slovaquie

C’est arrivé un premier septembre – Pavol Rankov

Traduction du slovaque par Michel Chasteau

Anne-Yès et Patrice m’ont donné envie de lire ce roman qu’ils avaient chroniqué à l’occasion d’une lecture commune. Une couverture pimpante et un titre raccord avec la rentrée : deux raisons de plus pour me lancer ☺️.

Pavol Rankov a imaginé un trio d’amis complété par la belle Maria, dont ils sont tous amoureux, et le suit de 1938 à 1968, période ô combien mouvementée de l’Histoire, notamment en Europe de l’Est. Gabriel est juif, Peter est hongrois et Jan est tchèque. Ils ont tous les trois grandi à Levice (Lewenz en allemand et Léva en hongrois), une ville qui aura été (si j’ai bien compris) austro-hongroise, slovaque, hongroise puis tchécoslovaque, et aujourd’hui slovaque. C’est là qu’ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école. Lorsque le roman s’ouvre, un premier septembre, ils ont 13 ans et l’heure est encore à l’insouciance pour eux. Leur préoccupation du jour est de se départager, pour l’amour de Maria, grâce à une compétition de natation qui deviendra un fil conducteur du roman.

Nos héros, pourtant ordinaires, vont par la suite vivre nombre de péripéties alors qu’ils n’ont rien demandé. Et c’est le lot de bien des Européens à l’époque… L’exergue de Pavol Rankov ne dit pas autre chose : « Je dédie ce livre à mon père, à ses amis et à toute cette génération perdue qui, nul ne sait pourquoi, a été contrainte de vivre tout cela dans sa propre chair ».

Je n’ai pas vu passer les 457 pages de ce roman. Si les sujets sont souvent particulièrement graves (génocide, procès politiques, surveillance par la police secrète, empêchements de toute sorte), Pavol Rankov a choisi l’humour pour les aborder. Il n’élude jamais les drames et ne tombe pas dans le manichéisme, mais manie une ironie bienvenue, voire une certaine truculence, qui rend cette lecture extrêmement plaisante malgré l’évidente tragédie ou absurdité de la plupart des situations.

C’est arrivé un premier septembre est donc un roman aussi agréable qu’accessible, à recommander à toutes celles et ceux qui aiment se plonger dans l’histoire récente à travers des destins individuels, sans en ressortir plombés 😉.

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Romans Tchéquie

La Belle de Joza – Kveta Legátová

Traduction du tchèque par Eurydice Antolin – Éditions Noir sur blanc

Eliška fait partie de la Résistance tchèque à l’occupation nazie. Lorsque son réseau est repéré, son chef et ami réussit à organiser sa fuite : elle doit partir pour Zelary avec Joza, l’un de ses patients. Pour parfaire sa couverture, elle doit épouser cet homme vu comme l’idiot de son village et vivre bien loin du confort et de l’émancipation qu’elle a connus jusqu’alors. Médecin à Brno, Eliska menait en effet une vie indépendante de « femme moderne » et le choc que constitue ce nouveau départ dans une région de montagne reculée de Moravie du Nord est considérable.

Kveta Legátova a connu un succès fulgurant en Tchéquie avec ce roman qu’elle a écrit à l’âge de 82 ans (!) et qui emprunte beaucoup au conte avec ses personnalités hautes en couleurs (les femmes en particulier sont mémorables), son décor qui peut être aussi angoissant qu’enchanteur, et une histoire qui voit la Bête et la Belle s’apprivoiser mutuellement. Le contexte, lui, est bien réel, puisque ce n’est pas une méchante belle-mère que fuit l’héroïne, mais la Gestapo. Et si la guerre semble longtemps loin de Zelary, la région ne restera pas épargnée.

L’écriture de Kveta Legátova est sans fioriture et d’une grande modernité. En quelques phrases, elle plante un décor ou dessine le portrait de ses personnages auxquels elle donne toujours une belle épaisseur. J’ai particulièrement aimé Lucka, l’acariâtre accoucheuse à la férocité réjouissante, et Zena, aussi originale que terre-à-terre. À l’exception de Joza et de Roman, les hommes n’ont d’ailleurs souvent pas le beau rôle dans ce court roman aux personnages marquants.

C’est en tous cas une bien belle découverte que des blogueuses chevronnées avaient déjà appréciée. Je vous renvoie notamment aux avis de Claudialucia, Aifelle, CathL et Sylire. Et Manou vient elle aussi de le lire, son avis est à retrouver ici.

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Romans Slovaquie

Autobiographie du mal – Pavel Vilikovský

Traduction du slovaque par Peter Brabenec avec la collaboration de Xavier Galmiche – Éditions Maurice Nadeau

Je ne parviendrai pas à assurer une parité entre romans tchèques et slovaques, ces derniers étant encore plus difficiles à trouver en bibliothèque que les premiers. J’ai cru pouvoir présenter une parution slovaque récente avec Carnets indigènes de Miroslav Misak. Las, malgré un faible nombre de pages (144), je ne suis pas allée au bout de cette lecture que j’ai trouvée nullissime. C’est une sorte de carnet de bord écologique sans queue ni tête, truffé de réflexions convenues et tenant plus du développement personnel qu’autre chose. Bref, j’ai été profondément agacée par ce petit bouquin insipide et prétentieux.

Avec Pavel Vilikovský, on est dans un tout autre registre et une toute autre ligue. Le contexte, déjà, est lourd : on est après le coup d’État communiste de 1948 en Slovaquie et le dénommé Karsten est aux mains de la police politique. Opposant aux communistes, il avait fui en Autriche où il a été enlevé pour être ramené dans son pays (cet élément est inspiré de faits réels). Le roman s’ouvre lors de sa première confrontation avec ses geôliers qui lui expliquent le marché qu’ils lui « proposent » : s’il veut sauver sa femme et ses fils, il doit obtenir des éléments compromettants sur ses amis opposés au nouveau régime.

Tout au long du roman, nous sommes dans la tête de Karsten et vivons sa descente aux enfers au plus près puisque nous suivons toutes ses pensées. La pression et la folie de ce qui est exigé de lui font progressivement basculer cet homme. Les mécanismes de la violence psychologique et de ses effets voulus, mais aussi imprévus, sont parfaitement démontés.

Pavel Vilikovský évite de faire de Karsten un héros à l’américaine : certes, il ne veut pas qu’il arrive du mal à sa femme et à ses fils, mais on est loin des films hollywoodiens. Voilà longtemps que son couple battait de l’aile et lui ne s’est jamais vraiment intéressé à ses enfants. S’il tente un bras de fer psychologique avec ses geôliers, c’est donc presque plus pour une question de principe que pour véritablement protéger sa famille. Jusqu’où ira-t-il pour prouver qu’il peut avoir le dessus sur ses ravisseurs ? À vous le découvrir…

Ce roman est aussi fort que glaçant, et c’était également l’avis de Goran.

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Films et séries

Radio Prague, les ondes de la révolte

Un film de Jiří Mádl (2024)

Le film commence en octobre 1967 : dans un contexte de libéralisation qui commence tout doucement à souffler en Tchécoslovaquie, le directeur des télécommunications affecte le jeune Tomasz au sein de la rédaction internationale de Radio Tchécoslovaquie. Ce jeune technicien est chargé de surveiller (secrètement bien sûr) ces journalistes et leur rédacteur en chef, de plus en plus réticents à l’application de la censure et qui veulent pouvoir utiliser des sources d’informations hors du bloc de l’Est.

Radio Prague permet une plongée très réaliste dans cette période qui est restée dans l’Histoire sous le nom de Printemps de Prague (en tchèque : Pražské jaro, en slovaque : Pražská jar). Pour rappel : elle débute le 5 janvier 1968, avec l’arrivée au pouvoir du réformateur Alexander Dubček, et s’achève le 21 août 1968 avec l’invasion du pays par les troupes du pacte de Varsovie. Dans cette fiction inspirée de faits réels, le réalisateur et son chef opérateur ont intégré avec brio de véritables images d’archives. Malheureusement, ce sont presque exclusivement ces images-là qui suscitent de l’émotion. Les autres personnages sont trop survolés pour nous toucher véritablement. Pourtant, les dilemmes auxquels ils sont confrontés sont tragiques (trahir ses amis et ses idéaux, ou mettre la vie de ses proches en danger). Mais je suis restée à distance. Le rédacteur en chef très charismatique et très engagé de Radio Tchécoslovaquie aurait pu/dû être davantage creusé par exemple.

Ce qui est très bien montré en revanche, c’est le courage des journalistes, des étudiants et des citoyens lambda. L’émotion m’a saisie devant la tragédie de cet espoir immense qui a été anéanti en à peine quelques jours. Dire qu’il aura fallu 20 ans de plus pour que le Rideau de fer s’ouvre… La répression du Printemps de Prague a fait près d’une centaine de morts et plusieurs centaines de blessés. Elle a également poussé près de 70 000 personnes (sur une population de 15 millions) à fuir le pays.

En résumé, un film qui se laisse regarder, mais qui ne vaut pas C’est arrivé un premier septembre, dont je vous parlerai dans quelques jours, ni le roman kaléidoscopique grâce auquel j’ai découvert le rôle central de la radio dans les événements de 1968 : Bratislava 68, été brûlant, un de mes coups de coeur il y a deux ans.

Pour lire (en français) une petite archive de Radio Prague sur ce printemps 1968 vu par quelques journalistes : Le Printemps de Prague | Radio Prague International.

Et un point supplémentaire pour moi grâce au doublé Sous les pavés, les pages + Rentrée à l’Est !

PS : Le film est disponible à la location sur Prime Video et Arte Boutique (cliquez ici pour voir une bande-annonce).

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Romans Tchéquie

Le Cavalier suédois – Leo Perutz

Traduction de l’allemand par Martine Keyser – Édition Phébus libretto

Le roman s’ouvre sur un délicieux prologue qui nous expose une étrange affaire : celle du « Cavalier suédois » qui aurait continué à rendre visite à sa fille Maria Christine, née von Tornefeld, pendant des mois alors qu’il combattait à des centaines de kilomètres de là, en Russie, pour le compte du roi de Suède. La fillette aurait-elle été victime de son imagination ? Un phénomène surnaturel était-il à l’œuvre ?

« Ils s’étaient tenus cachés tout le jour et, à présent qu’il faisait nuit, ils traversaient une forêt de pins clairsemés. Les deux hommes, qui avaient de bonnes raisons d’éviter les rencontres, devaient veiller à ne pas être vus. L’un était un vagabond, un maraudeur de foire réchappé du gibet, l’autre était un déserteur. »

Cette accroche donne le ton et je ne me suis pas ennuyée une seconde au cours de cette lecture bien souvent faite le sourire aux lèvres. Leo Perutz livre une critique féroce des riches oisifs et de l’Église, crée des situations/conversations improbables, manie une plume alerte et un indéniable sens du romanesque : je me suis régalée !

L’auteur nous conte avec un plaisir communicatif cette histoire dans laquelle deux hommes a priori aux antipodes, réunis par le destin (ou plutôt, le froid et la faim), échangent leur identité (l’un à dessein, l’autre à son insu). Il y a du Cartouche chez le voleur d’abord connu sous le nom de Piège-à-poules. La tête bien faite et doté d’un code d’honneur certes personnel mais plutôt pacifique, il est à vrai dire éminemment sympathique malgré le mauvais tour qu’il joue à son camarade d’infortune. Sa conscience et/ou son passé le rattraperont-ils ? Je vous laisse le découvrir par vous-même !

En résumé : un roman à mettre entre toutes les mains et que recommandaient déjà Claudialucia et Ingannmic (qui a lu presque toute l’œuvre de Perutz d’ailleurs) !

Une nouvelle participation à l’activité proposée par Nathalie

D’autres romans de Leo Perutz sur la blogosphère (quel succès !) : Le tour du cadran (Ingannmic), Le Marquis de Bolibar (Ingannmic, Mapero), Le miracle du manguier (Fanja), La nuit sous le pont de pierre (Ingannmic, Patrice), La neige de Saint-Pierre (Ingannmic), Où roules-tu petite pomme ? (Patrice), Le Judas de Léonard (Claudialucia, Sandrine), Le Maître du jugement dernier (CathL, Manou).

PS : C’est en préparant ce billet que j’ai constaté que ce roman n’était pas traduit du tchèque, mais de l’allemand 🤔. D’où une petite vérification dont voici le résultat : Né à Prague dans une famille juive et de langue allemande à l’instar de son illustre contemporain Franz Kafka, Leo Perutz s’est installé à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois, à l’âge de 17 ans et a vécu à partir de 1938 entre Israël et l’Autriche. Très lu dans l’entre-deux-guerres, il est tombé dans l’oubli avant d’être redécouvert grâce à l’admiration que lui a portée – notamment – J.L. Borges.

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Romans Tchéquie

Giboulées de soleil – Lenka Horňáková-Civade

Alma Éditeur

J’ai découvert Lenka Horňáková-Civade grâce à un podcast qui réunissait 8 autrices des pays qui avaient vécu derrière le Rideau de fer. Cette Rentrée à l’Est était l’occasion parfaite pour lire un de ses romans, recommandé par Eva qui est plus est.

Marie, qui vivait à Vienne avec sa fille Magdalena, doit quitter l’Autriche lorsque le père (juif) de sa fille (illégitime) émigre pour fuir les persécutions nazies. Elle revient dans son village tchèque qui, comme tous le pays, connaît les remous de l’Histoire, de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989.

Sa fille Magdalena, sa petite-fille Libuše et enfin son arrière-petite-fille Eva nous racontent chacune leur enfance et leur jeunesse. C’est donc un point de vue souvent naïf, ou en tous cas peu conscient des enjeux politiques, qui nous est présenté sur les événements qui secouent le pays. Cela rend le propos très accessible et Lenka Horňáková-Civade a une plume fort agréable : les pages se tournent toutes seules sur ces destins de femmes et je ne suis pas surprise que ce roman ait remporté le prix Renaudot des lycéens.

Marie est le personnage que j’ai préféré. Cette forte femme, qui semble ne jamais perdre son sang-froid et fait trembler les hommes du village, force l’admiration, même si elle peut se montrer très dure, avec sa fille en particulier. Quelques semaines après ma lecture, je constate cependant que je n’ai pas un souvenir très précis de cette histoire. C’est un roman agréable, mais pas un coup de cœur, même si je ne peux pas m’empêcher d’être admirative devant une œuvre écrite en français par une « autrice tchèque de naissance et pour toujours, (…) française d’adoption et pour la vie ».

CathL et Ingrid avaient elles aussi des avis mitigés à lire ici et là.

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Essais et autres livres Tchéquie

Lettres d’Angleterre – Karel Čapek

Traduction du tchèque par Gustave Aucouturier- Éditions La Baconnière

Une Rentrée à l’Est consacrée à la Slovaquie et à la Tchéquie sans Karel Čapek ? Impossible ! Ce fabuleux écrivain tchèque ouvre donc ce rendez-vous consacré à deux pays qui n’en ont formé qu’un pendant plusieurs décennies. Il était cher au coeur de Goran, et cette lecture commune est donc également l’occasion de rendre hommage à ce blogueur passionné de littérature, en particulier d’Europe de l’Est, que beaucoup d’entre vous ont connu.

Pour cette LC, mon choix s’est porté tout naturellement vers Lettres d’Angleterre, ce pays ayant été ma destination de vacances estivale cette année. Au retour de mon propre séjour, je me suis plongée avec plaisir dans les impressions de Čapek sur l’Angleterre (qu’il faut ici entendre au sens de Grande-Bretagne puisqu’il a également voyagé en Écosse et au Pays de Galles).

Le voyage de Karel Čapek remontant à près d’un siècle avant le mien, on pourrait penser que beaucoup de choses ont changé depuis. Et c’est le cas, mais pas tant que cela ! L’évolution majeure est évidemment que l’Angleterre s’est largement urbanisée au cours des 100 dernières années. Depuis les trains, on y voit donc moins de vastes pâturages et de moutons qu’à son époque, mais bien d’autres observations sont toujours vraies et m’ont fait beaucoup rire.

« Les arbres sont sans doute ce qu’il y a de plus beau en Angleterre. Il y a certes aussi les prairies et les policemen, mais il y a surtout les arbres, de beaux, de puissants, de vieux, de vastes, de vénérables, d’immenses arbres. Les arbres de Hampton Court, de Richmond Park, de Windsor et de je ne sais où encore. Peut-être ces arbres ont-ils une grande influence sur le torysme anglais. J’imagine qu’ils entretiennent le sens aristocratique, le respect des formes historiques, l’esprit conservateur, le protectionnisme, le golf, la Chambre des lords, et autres choses remarquables et antiques. »

L’auteur-voyageur a un regard aussi tendre qu’acéré sur ce qu’il voit, et tout en se moquant de lui-même, il ne se prive pas d’égratigner son pays d’accueil. Le passage suivant montre, par exemple, que les préoccupations sur l’appropriation de biens culturels ne sont pas totalement nouvelles. Et il exprime parfaitement ce qui m’a traversé l’esprit devant les splendeurs que j’ai pu admirer cet été encore au British Museum :

« La riche Angleterre a réuni dans ses collections les trésors du monde entier ; assez peu productive elle-même, elle a enlevé l’Acropole à la Grèce, à l’Égypte ses colosses de porphyre ou de granit, à l’Assyrie ses énormes bas-reliefs, à l’ancien Yucatán sa plastique noueuse, elle a emporté les bouddhas souriants, les bois ciselés et les laques du Japon, la fleur de l’art du continent et l’élite des monuments du monde colonial : des fers forgés, des tissus, des vases, des tabatières, des reliures, des statues, des tableaux, des émaux, des secrétaires en marqueterie, des yatagans, et Dieu sait encore quoi : sans doute tout ce qui au monde a quelque prix. »

Ce récit de voyage, qui contient de délicieuses pages sur l’urbanisme anglais et écossais, me permet de participer à l’activité Sous les pavés, les pages proposée par Ingannmic et Athalie.

Karel Čapek est à retrouver sur ce blog avec son très grand roman La guerre des salamandres et sa formidable pièce La maladie blanche.

D’autres avis sur Lettres d’Angleterre chez Annie, Goran et Nathalie.

Et les différentes participations à cette lecture commune sont à retrouver chez Alex, Anne-Yès, Fanja, Ingrid, Madame Lit, Nathalie, Patrice.

Je participe aux lectures de classiques recensées chez Nathalie