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Romans

Pause

Je vais être très occupée pendant les prochaines semaines et je dois donc mettre mes activités de blogueuse en pause. Je serai de retour mi-juin, à temps pour les Pavés, les Épais et autres réjouissances ! D’ici là, je vous souhaite, entre autres, de belles lectures.

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Challenges et LC

Une rentrée tchèque et slovaque

Du 15 au 30 septembre 2026, je vous invite à une Rentrée à l’Est qui nous fera cette fois-ci découvrir les littératures tchèque et slovaque. Parutions récentes et classiques seront les bienvenus, tout comme les films, expositions, etc.

Je prévois 2 lectures communes : l’une autour de l’autrice contemporaine Alena Mornštajnová et l’autre autour de mon chouchou Karel Čapek. Cette LC capekienne sera aussi l’occasion d’un hommage à Goran qui appréciait beaucoup cet auteur et qui avait inscrit La fabrique de l’absolu dans son TOP 100.

Voici une liste de suggestions littéraires pour vous aider dans vos recherches en bibliothèque, bouquinerie ou librairie :

SLOVAQUIE

TCHÉQUIE

N’hésitez pas à me signaler les romans qui auraient échappé à ma vigilance et rendez-vous en septembre pour des lectures tchèques et slovaques !

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Inde Romans

Dans la chambre obscure – R.K. Narayan

Traduction de l’anglais (Inde) par Anne-Cécile Padoux – Éditions 10/18

Tout arrive ! Ce blog fait aujourd’hui sa première incursion en terre indienne !

Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce roman déjà ancien (il a paru en 1938). Serait-il poussiéreux voire écrit dans une langue ampoulée, ou encore truffé de références qui m’échapperaient au vu de ma faible connaissance de l’Inde ? Eh bien, rien de tout ça ! Le style est simple, direct, très dialogué et emploie la technique du « flux de conscience » pour les personnages centraux de Savitri et Ramani, un couple plus nuancé qu’on ne pourrait s’y attendre. Ramani a été très amoureux de sa femme et on comprend qu’il est plus ouvert que beaucoup d’hommes de son époque, mais toute la maisonnée doit sans cesse se plier à ses humeurs et ses lubies du jour et supporter ses critiques (un véritable petit tyran). Savitri est, elle, coincée dans sa vie de femme au foyer sans éducation – et bien sûr sans travail – dont la vie tourne exclusivement autour de ses enfants et de son mari. Même si elle a tendance à passer ses nerfs sur ses deux domestiques, on la plaint donc sincèrement et on se réjouit quand elle finit par se rebeller. Car un jour, Ramani se met à rentrer de plus en plus tard du bureau et des rumeurs circulent sur ses relations avec la femme qu’il a engagée dans son entreprise…

Mais que peut faire une femme dans la situation de Savitri ?

Dans la chambre obscure est un roman court (175 pages dans mon édition) dont on peine à croire qu’il a été écrit il y a presque un siècle par un homme, tant son fond et sa forme sont modernes. Si certaines scènes sont racontées sur un mode burlesque, bien d’autres sont poignantes et c’est surtout un sentiment de tristesse et de révolte que j’ai ressenti pendant ma lecture. Un classique à (re)découvrir.

L’avis de Claudialucia qui a aimé elle aussi : https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2014/11/rk-narayan-dans-la-chambre-obscure.html

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Lectures audio Mali

Ségou – Maryse Condé

Podcast France culture

À défaut de la lire, j’ai récemment découvert Maryse Condé grâce à une adaptation en podcast de son roman Ségou (plus précisément du premier tome de cette saga, intitulé Les murailles de la terre). Encore une belle création de France culture, réalisée ici par Tidiane Thiang.

Aïssa Maïga est l’excellente narratrice de cette fresque qui nous plonge dans l’histoire du Mali, et plus particulièrement de la ville de Ségou, qui fut la capitale de l’empire bambara. À travers le destin de la famille Traoré, Maryse Condé retrace l’histoire de l’esclavagisme, de la colonisation et de l’islamisation du pays, en créant des personnages très marquants et avec un sens de la tragédie qui n’est pas sans rappeler la Grèce antique. Les drames ne vont en effet pas manquer, pour les membres de la famille Traoré comme pour l’empire bambara et le Mali.

La vie ne sera pas un long fleuve tranquille pour les fils de Dousika Traoré et les femmes de la famille, qu’elles soient adulées ou méprisées par leur mari, connaîtront des sorts peu enviables (et c’est un euphémisme !). Ils et elles subiront le racisme interethnique et les préjugés religieux, l’esclavage, l’ostracisation, une mort violente… Si on en plaint certains – et surtout certaines -, tous ou presque ont une personnalité complexe qui évite tout cliché et toute facilité.

C’est notamment le cas de Tiekoro, au centre de cette adaptation. (Il semble que le roman suive tout autant ses frères alors que dans ce podcast, ils jouent un rôle secondaire.) Celui-ci rejette les croyances animistes en vigueur à Ségou et se tourne vers l’islam, au grand désarroi de son père. Il quitte Ségou pour suivre une formation coranique qui lui donne accès à la lecture et au savoir, mais l’expose aussi à des brimades et au mépris. À la fois immature et imbu de lui-même, buté et clairvoyant, Tiekoro est souvent agaçant (là encore, un euphémisme), mais sa sincérité le rend attachant malgré tout.

J’ai regretté que l’on en sache si peu sur ce qui arrive à son frère Naba qui passe par l’île de Gorée, puis par le Brésil. Mais bien sûr, pour faire tenir cette saga en 10 épisodes de moins de 30 minutes, il a fallu faire des choix. Cette réserve mise à part, tout m’a plu : les ambiances sont parfaitement recréées, le récit de ce délitement familial qui reflète sans aucun doute celui de l’Afrique de l’Ouest permet de sentir la beauté et la puissance d’évocation de l’écriture de Maryse Condé, la musique originale créée par Fatoumata Diawara est formidable et les comédiens tous excellents. Je recommande donc chaudement cette écoute !

PS : Les romans de Maryse Condé ont fait l’objet de nombreux billets sur d’autres blogs. Je vous invite à les découvrir en particulier chez Miriam, Claudialucia, Aifelle et Jenevelle.

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Japon Romans

Le nouveau – Keigo Higashino

Traduction du japonais par Sophie Refle – Babel noir

Un petit tour en librairie pour y dénicher un cadeau a occasionné un petit craquage perso avec, entre autres, l’achat de ce roman de Keigo Higashino recommandé par Fanja et Dasola.

Une quadragénaire récemment installée dans le quartier de Nihonbashi, l’un des plus traditionnels de Tokyo, a été étranglée dans son appartement. L’inspecteur adjoint Kaga, du commissariat local, mène l’enquête en véritable limier qui fait marcher ses « cellules grises », avec humilité et une grande empathie (là s’arrête donc la comparaison avec Hercule Poirot 😂).

Ce roman a une originalité principale : Nous ne connaissons l’enquêteur et son travail qu’à travers le regard des personnes qu’il rencontre et interroge. Comme celles-ci, j’étais donc curieuse de savoir ce que cachaient ses questions et de quelle manière il parviendrait à résoudre ce crime à partir de détails qui semblent pour le moins insignifiants. En réalité, ces détails vont bel et bien finir par conduire au coupable, mais aussi à apaiser la peine des proches de la victime. Car pour Kaga, le travail des enquêteurs ne se limite pas à mettre un meurtrier derrière les barreaux, il s’agit aussi de venir en aide à ceux qui sont touchés par ce crime de près ou de loin.

Le quartier de Nihonbashi regorge de petites commerces devenus rares : horlogerie, pâtisserie spécialisée dans les gaufres, boutique de céramique ou de jeux traditionnels… On sent que Keigo Higashino est sensible à l’atmosphère du quartier et à la passion de ces commerçants pour leur métier. Il leur rend un bel hommage et nous parle aussi du Japon d’aujourd’hui dans lequel les relations de couple ou entre parents et enfants sont plombées par des non-dits et des schémas conservateurs.

De cet auteur, j’ai déjà beaucoup aimé Le cygne et la chauve-souris, dont je vous avais parlé ici, ainsi que Le dévouement du suspect X (pas chroniqué). Pas de violence, une intrigue finement menée, des portraits psychologiques très intéressants et une découverte « de l’intérieur » de la société japonaise, sans oublier une indéniable gourmandise (tournée vers le sucré dans cet opus), c’est le cocktail parfait pour moi !

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BD et romans graphiques Littérature jeunesse

Des mangas en veux-tu en voilà !

Avril, c’est un Mois au Japon sur les blogs et c’est l’occasion rêvée de vous parler de quelques mangas que j’ai lus et appréciés. C’est un genre que j’aime vraiment beaucoup alors que j’ai longtemps eu des préjugés.

Des mangas sur les livres et la lecture

Après avoir lu plusieurs merveilleux albums de Junichiro Taniguchi, je me suis initiée au manga au format plus classique en choisissant des séries pas trop longues et parlant de mes sujets de prédilection : les livres, la littérature et la lecture !

Dans cette catégorie, Le maître des livres d’Umiharu Shinohara est un incontournable. Cette série en 15 tomes se passe dans une bibliothèque jeunesse dont le principal bibliothécaire est certes irritable, mais toujours d’excellent conseil : le livre qu’il recommande va chaque fois aider son lecteur (qui n’est pas toujours un enfant) à surmonter une difficulté, résoudre un malentendu, etc. L’auteur explore plusieurs classiques de la littérature jeunesse mondiale et aborde les différents aspects du travail autour des livres, de l’édition au métier de libraire, d’auteur-illustrateur ou de raconteur d’histoires grâce au kamishibaï. C’est une lecture (grands-)parents-enfants idéale (à partir de 10 ans environ à mon avis) : le thème parle à toutes les générations et permet aux plus âgés de partager leurs souvenirs de lecture des classiques évoqués (Peter Pan, Du vent dans les saules, Les aventures de Huckleberry Finn, etc.) et d’y intéresser les plus jeunes.

Ta d loi du cine en avait parlé lui aussi il y a quelques temps : https://dasola.canalblog.com/archives/2024/01/21/40158586.html

Je viens seulement de commencer Magus of the library (je vais attaquer le 3e tome) et je suis sous le charme. Bien que placés dans un contexte imaginaire mêlant des décors des 1001 nuits à des peuples autochtones amérindiens, le métier de bibliothécaire et le rôle des bibliothèques y sont décrits avec précision et un grand réalisme (même si le concours de bibliothécaire ne se déroule heureusement pas dans des conditions aussi extrêmes que celui qui nous est montré😆). Pour la trame romanesque, on suit un jeune enfant aux oreilles pointues qui, suite à une rencontre digne des romans d’aventure dont il est friand, va comprendre qu’il peut lui aussi être un héros et prendre son destin en main. J’ai hâte de découvrir la suite !

Je n’ai lu que le 1er arc de cette série, c’est-à-dire sa 1re partie composée de 7 tomes. Le 2e arc est en cours de parution et devrait se terminer avec le tome 13. Suite à sa mort brutale, une jeune femme intègre le corps d’une enfant maladive vivant à une époque et dans un lieu imaginaires (qui ressemblent cependant fortement à une ville européenne médiévale). Sa famille étant très pauvre, Maïn n’a pas accès à ce qui était vital pour elle dans son existence antérieure : les livres. Elle va donc tenter d’en fabriquer par elle-même malgré sa condition physique très précaire et les difficultés matérielles. Peu à peu, La petite faiseuse de livres va se faire toutes sortes d’alliés et améliorer le quotidien de ses proches grâce aux savoirs acquis dans sa première vie. Cette série s’adresse sans doute encore plus que les deux précédentes à un public jeunesse, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture : quand on aime les livres, on ne peut que compatir au sort de Maïn qui en est brutalement privée !

Adieu, mon utérus de Yuki Okada

On change totalement de registre ici avec le récit autobiographique d’une mangaka. Jeune maman, elle n’a que 33 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’utérus. Malgré la couverture chibi (c’est-à-dire où les personnages sont représentés comme des enfants), ce manga nous montre bien les montagnes russes que fait traverser une telle expérience. Médecins brutaux ou empathiques, proches désemparés, crainte de parler de sa maladie au travail, relations avec d’autres patientes et avec sa propre mère, l’autrice parle de tout cela sans pathos mais sans nier les moments difficiles, y compris de colère ou de rejet des autres. Ce one-shot, autrement dit manga en un seul et unique volume, est très touchant et universel même si certaines situations m’ont paru impensables de nos jours en Europe pour des trentenaires (mais peut-être que je me fais des illusions sur les progrès en matière de parité hommes-femmes en particulier).

Songe d’une nuit ambrée, pour le plaisir des papilles

Les mangas tournant autour de la cuisine ou de boissons ont le vent en poupe. J’ai par exemple commencé L’amour est dans le thé pour en savoir plus sur la culture du thé, de manière légère. Le premier tome était intéressant de ce point de vue-là avec de nombreuses explications grâce à l’héroïne, fille de cultivateurs de thé qui revenait vivre dans l’exploitation familiale après des années d’absence. Hélas, dès le tome 2, la romance prend de plus en plus de place et les péripéties perdent toute crédibilité. Je n’ai pas poursuivi.

La série Songe d’une nuit ambrée de Masoho Murano (scénario) et de Nodoka Yoda (dessin) est bien plus réussie. Il y est question de bières artisanales et de tous les bons petits plats japonais qui peuvent s’accorder avec cette boisson (et si je ne suis pas fan de bière, ça m’a sérieusement ouvert l’appétit pour tout le reste 😜). C’est aussi l’histoire de 3 jeunes Japonais qui cherchent leur voie et tissent des liens d’amitié, d’abord par hasard puis par véritable intérêt partagé pour la bière artisanale. Ce n’est pas un manga révolutionnaire, mais cette petite bande d’amis est très sympathique et je les retrouve avec plaisir d’un tome à l’autre.

On trouve aussi de nombreuses séries sur le saké, le vin, les burgers et sur l’univers des restaurants, l’une des plus connues étant certainement La cantine de minuit. J’ai donc encore beaucoup de mangas culinaires à lire…

Arte ou le manga à Florence

Encore un univers très différent ici, avec le destin d’Arte, jeune femme de bonne famille qui aspire à devenir artiste dans la Florence de la Renaissance. Bien que les femmes soient rejetées par la corporation des artistes, elle réussit à trouver un maître qui accepte de la former. Grâce à son regard de novice, on en apprend plus sur la recherche constante de commandes et de mécènes qui incombe aux ateliers, sur le poids de la corporation, sur les intrigues politiques et les guerres qui font le quotidien de la vie à Florence. L’autrice du manga, Kei Ohkubo, apparaît systématiquement en postface de chaque tome et nous donne un aperçu de la façon de travailler des mangakas, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet aussi éloigné de leur culture d’origine. C’est parfois très naïf, mais c’est souvent éclairant sur la culture japonaise.

Comme dans Magus of the library et La petite faiseuse de livres, j’ai été éblouie par la richesse et la précision saisissante des décors, des tenues et des expressions des personnages. Comme c’est l’usage dans les mangas, seule la couverture est en couleurs. Toutes les pages intérieures sont en noir et en blanc, mais on l’oublie très vite devant la virtuosité dont font preuve les mangakas.

Pour se détendre

J’apprécie aussi des mangas de pur divertissement comme la série Spy x family de Tatsuya Endo, avec sa famille fictive composée d’un espion, d’une tueuse et d’une petite fille télépathe. Chacun(e) ignore ce que sont en réalité les autres membres de cette famille, ce qui les place dans des situations improbables et généralement très drôles. Même si tous les tomes ne sont pas aussi réussis, c’est une série que – comme Fanja – j’aime toujours retrouver. En revanche, fuyez l’adaptation en anime dont j’ai vu un épisode que je qualifierai de catastrophique.

Dans un style différent, je lis avec plaisir Les carnets de l’apothicaire, série (toujours en cours) dans laquelle les intrigues d’une cour impériale imaginaire nous sont racontées par le biais d’une jeune apothicaire prête à tout pour obtenir et tester les substances les plus toxiques, et qui doit souvent mener l’enquête. Il y a du suspense, de l’humour et là encore des décors et costumes splendides. Audrey, du blog Lightandsmell, en est aussi une lectrice.

La plupart de ces séries sont très appréciées, y compris des bibliothécaires. On les trouve donc facilement en bibliothèque. Le principal problème est qu’elles peuvent être très empruntées. Mon astuce personnelle : je réserve plusieurs tomes à la fois pour éviter de me « casser le nez » lors de mes passages en bibliothèque et pouvoir enchaîner au moins 2 ou 3 volumes.

Voilà, c’était un billet un peu long, désolée ! Mais j’espère vous avoir donné envie d’essayer de lire des mangas si vous n’avez pas encore franchi le pas.

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À propos

Bilan

Encore une année bloguesque qui est passée à toute allure !

Comme je le souhaitais, j’ai réussi à faire baisser drastiquement ma PAL. Je n’ai cependant pas tenu mes autres objectifs. Y parviendrai-je d’ici avril 2027 ? Pour la LC autour de Karel Čapek, cela devrait être possible grâce à la Rentrée à l’Est qui sera tchèque et slovaque cette année. Pour le reste, qui vivra verra 😊.

J’ai fait beaucoup de bonnes et très bonnes lectures cette année, mais les coups de cœur immédiats ou rétrospectifs ont été plus rares. Je me contenterai donc cette fois-ci d’un TOP 5 :

J’ai continué mon tour du monde avec quelques nouvelles destinations :

Et voici le podium des 3 destinations les plus lues au cours des 12 derniers mois sur ce blog :

Évidemment, mes listes d’envies restent, elles, pléthoriques et je n’en ai sélectionné que quelques-unes pour alimenter ma liste d’envies virtuelle que vous retrouverez ici. Faites-moi signe pour une lecture commune si nous avons un même roman en ligne de mire !

À bientôt,

Sacha

PS : Cette année encore, un grand merci à Émilie pour ses graphismes !

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Autriche Romans

La mélodie de Vienne – Ernst Lothar

Ce petit pavé m’a permis de découvrir Ernst Lothar, écrivain viennois contemporain de Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, entre autres. Il aurait pu s’intituler « Une maison viennoise » tant la villa qui abrite (enferme ?) la famille Alt est le fil conducteur de ce roman qui se déroule de 1888 à 1938.

Personnellement, je trouve cette couverture très « nunuche », ce que n’est pas du tout le roman.

« L’Autriche est une communauté obligée, ça ne t’avait jamais frappé ? Une cohabitation d’éléments disparates ! Les Tchèques détestent les Allemands, les Polonais les Tchèques, les Italiens les Allemands, les Slovènes les Slovaques, les Ruthènes les Slovènes, les Serbes les Italiens, les Roumains les Ruthènes. Et les Hongrois tout ce qui n’est pas eux – extra Hungariam non est vita et si est vita, non est ita ! Ce que tu as concocté dans ce devoir de baccalauréat dont tu es si fier est complètement absurde ! Qu’est-ce que ça veut dire finalement « l’Autrichien » ? Ça n’existe pas ! C’est une appellation inventée par les Habsbourg pour justifier leur pouvoir ! »

La famille Alt possède une manufacture de piano auréolée de gloire grâce à Mozart, ce qui me permet de participer avec cette lecture à l’activité Sing me a song proposée par Sunalee. Le théâtre, la musique et les bals sont présents également puisque nous sommes à Vienne à l’apogée de son rayonnement artistique. La peinture est elle aussi au programme, avec une scène assez hilarante dans laquelle apparaît un, hélas bien trop connu, petit moustachu hargneux dépourvu de talent qui se verra refuser l’entrée à l’École des Beaux-Arts.


Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes malgré ce bouillonnement artistique. La révolte gronde dans les vastes contrées de l’Empire et, bientôt, dans toute l’Europe. Le prince héritier se suicide et son père reste sur le trône tel une poupée de cire figée dans un autre siècle. Et quelques décennies plus tard, ce sera l’Anschluss et la fin d’une époque.

Une belle écriture, vive et moderne et un contexte passionnant rendent ce roman très intéressant. Pourtant, je suis restée sur ma faim. Je pense que trop de références m’ont échappé : l’auteur part du principe que nous connaissons tout ce petit monde, et ni le traducteur ni l’éditeur n’ont jugé nécessaire de donner quelques précisions chronologiques ou dynastiques. Résultat : j’ai parfois été frustrée de ne pas tout saisir du contexte politique et me suis ennuyée lors de certains passages. Par ailleurs, j’ai eu du mal à comprendre les personnages principaux et ne me suis attachée à aucun d’eux, ce qui est un peu gênant pour moi dans une saga familiale, même si elle est surtout une métaphore de « la chute de la Maison Autriche » bien plus que l’évocation d’une famille de chair et de sang. Mais cela a eu pour effet de manquer un peu de corps pour moi.

Anniemots a été emballée pour sa part et je vous invite donc à découvrir son avis qui m’avait poussée à noter ce livre aussitôt.

Pour accompagner ce billet et parce que Mahler apparaît dans le roman (quelques personnages assistent à un concert dirigé par le compositeur himself ), j’ai choisi sa symphonie no 2, que je trouve bien dans l’esprit du roman, oscillant entre grandiloquence et intériorité.