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Corée du Sud Romans

Celui qui revient – Han Kang

Traduction du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot – Le Livre de poche

Impossibles adieux de Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature 2024, m’avait fait très, très forte impression. Le récent avis de Jenevelle Laclos sur une œuvre antérieure de cette autrice sud-coréenne a donc immanquablement attiré mon attention. J’ai rapidement emprunté, puis lu ce roman dans lequel Han Kang creusait déjà le sillon de la mémoire tourmentée de son pays.

Celui qui revient est un roman dur. La répression et la torture y sont décrits sans fard, les victimes et leurs proches expriment leur douleur et leurs traumatismes. On ne peut que mesurer le poids de cette tragédie et de l’omerta qui l’a suivie, mais aussi, plus que le courage peut-être, la lassitude et le désespoir qui ont poussé une population, en particulier sa jeunesse, à défendre sa liberté.

La récente actualité du pays montre à quel point ces plaies restent vives et la combativité du peuple coréen, intacte : en mai dernier, une vaste polémique a poussé Starbucks à fermer ses cafés pendant plusieurs jours dans tout le pays pour prendre le temps de former son personnel à l’histoire des événements pro-démocratiques du printemps 1980 à Gwangju, événements qui sont au cœur de Celui qui revient.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Korea-Gwangju_5177%268%269-06.jpg

Toutes ces horreurs, me direz-vous, voilà qui est déprimant et doit être insupportable à lire. Pourtant, étrangement – et c’est là tout le talent de Han Kang –, ce texte recèle une très grande beauté et beaucoup d’émotion, avec un effet quasi hypnotique. Si Impossibles adieux exaltait la neige et le blanc, Celui qui revient explore plutôt le noir. Je reprends ici à mon compte l’expression « poésie macabre » employée par Jenevelle à son propos car elle me semble parfaite. Bien sûr, ce roman parle d’événements spécifiques survenus sur un autre continent, dans un contexte (géo)politique et économique particulier. Pour autant, cette histoire est tristement universelle et intemporelle… Et donc importante.

Si une lecture sombre et hautement politique ne vous fait pas peur en pleine période estivale, allez-y ! Et si vous ne devez lire qu’un Han Kang, procurez-vous Impossibles adieux. Moi, il me reste à mettre la main sur La végétarienne, autre roman visiblement dérangeant même si c’est dans un tout autre registre. Sandrine en parlait ici : https://tetedelecture.com/2016/01/25/la-vegetarienne-de-han-kang .

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À propos

Escapade presque littéraire

Un petit séjour à Londres s’est improvisé pour moi la semaine dernière et m’a un peu ralentie dans mes lectures. La capitale anglaise connaît elle aussi de très fortes températures ces temps-ci : j’ai donc doublement apprécié ma visite de la National Portrait Gallery qui est passionnante et très bien climatisée 😀.

Voici un petit florilège des écrivains et écrivaines que j’y ai croisés. N’hésitez pas à jouer en commentaire si vous devinez de qui il s’agit !

Vous imaginez bien qu’il m’a été impossible de ne pas entrer dans une librairie mais je me suis efforcée d’être raisonnable ! Voici le résultat de mon passage chez Waterstones :

Vous reconnaitrez sans doute des ouvrages recommandés par les unes et les autres…

Avant ces quelques jours de vacances, j’avais prévu de lire Le coeur glacé d’Almuneda Grandes que j’avais même proposé en LC, mais j’ai abandonné ce roman de plus de 1000 pages au bout de 150 environ… Désolée si j’ai laissé tomber une co-lectrice ou un co-lecteur dans l’affaire 😬. Une fois de plus, je ne vais donc pas réussir à participer aux Escapades européennes pourtant si tentantes chez Cléanthe et probablement pas non plus aux Épais proposés par Ta d loi du cine chez Dasola…

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Norvège Romans

Zona frigida – Anne B. Ragde

Traduction du norvégien par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain – Éditions Balland

Béa a décidé d’embarquer pour une croisière dans le Svalbard (nom norvégien de l’archipel du Spitzberg). Dès les premières pages du roman, on sait que l’on n’a pas affaire à une simple touriste en mal d’aventure. Elle a un objectif précis et sait déjà qu’il va lui falloir une bonne dose d’alcool pour tenir le coup pendant ce voyage qui s’annonce plus éprouvant que palpitant en ce qui la concerne.

Pas moyen de mettre la main sur la couverture de mon édition. Je mets donc celle du format poche.

C’est assez frénétiquement que j’ai tourné les pages de ce roman, impatiente de découvrir les motivations de Béa et son lourd secret. Et là, surprise : la révélation arrive bien avant la fin du roman. Il faut dire qu’un second mystère – qui n’a rien à voir avec le premier – lui succède presque aussitôt. C’est bien fichu, même si j’ai trouvé que cela faisait peut-être une grosse coïncidence pour une seule expédition. Je n’ai cependant pas boudé mon plaisir lors de cette lecture qui pourrait faire l’objet d’un très bon film à suspense dans des paysages à couper le souffle. J’avoue aussi que l’effet rafraîchissant de ce roman, lu en pleine canicule, était un plus très appréciable 😊.

Anne B. Ragde, autrice norvégienne à succès depuis la parution de sa Trilogie des Neshov), sait indéniablement camper ses personnages et elle aborde ici des sujets difficiles et complexes avec finesse. Elle décrit très bien la vie à bord de ce petit groupe de touristes privilégiés et de l’équipage qui forment inévitablement une véritable petite communauté avec ses bons et ses mauvais côtés. Il y a des escales édifiantes et parfois éprouvantes à Barentsburg, ville russe de l’archipel (encore une curiosité géopolitique), et à Longyearbyen (la plus grande ville de l’archipel), ou encore sur des îlots à la découverte de la flore et de la faune locales. Mais l’essentiel se passe à bord du bateau principal, l’Ewa, ou du Zodiac qui permet de rejoindre la côte. Et ce huis-clos maritime, propice à toutes sortes de rapprochements mais aussi de tensions, me permet de participer au Book trip en mer 2026 ainsi qu’au challenge autour des auteurs nordiques.

Merci à Alex, Manou et Cath L pour cette idée de lecture idéale pour les vacances !

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Angleterre Romans

Repentirs – Chloë Ashby

Traduction de l’anglais par Anouk Neuhoff – La Table ronde

Pour le Mois anglais, c’est une très agréable et touchante lecture entre Londres et le Norfolk, recommandée par Eva, que je vous propose aujourd’hui.

Cathy est restauratrice-conservatrice de tableaux à la National Gallery de Londres (le job qui fait rêver !). Elle file le parfait amour avec Noah avec lequel elle est mariée depuis 10 ans (la veinarde : il lui masse les pieds après sa journée de travail, spontanément 😍, et il cuisine divinement). Dès leur rencontre, ils s’étaient entendus sur le fait qu’ils ne souhaitaient pas avoir d’enfants. Entre leur travail, leurs amis, la mère de Cathy et la joyeuse troupe de neveux et nièces de Noah, ils coulent depuis des jours heureux et forment un couple soudé et épanoui. Mais le vernis de cette vie sereine et bien remplie semble soudain se craqueler (ah ah, elle était facile, celle-là !).

Effet de l’horloge biologique ou de la pression sociale ? De la grossesse de sa meilleure amie qui fait remonter des souvenirs et des émotions inédites ? Toujours est-il que Cathy se sent perdue, seule avec ses questions, et que sa relation avec Noah en est totalement bouleversée.

Chloë Ashby fait preuve d’une grande subtilité en décryptant l’intimité d’un couple et les tourments d’une jeune femme « moderne » qui se demande s’il est normal que son travail occupe une telle place dans sa vie, si elle peut réellement s’accomplir sans devenir mère, tout en étant confrontée à un autre choc qu’elle n’avait pas vu venir : le roc qu’a toujours pour elle été sa mère est devenu très fragile.

L’écriture de Chloë Ashby est délicate et extrêmement sensorielle : j’ai eu l’impression de me promener sur la plage avec Cathy ou d’entendre le pinceau frôler le tableau qu’elle restaure. Le travail-passion de cette jeune femme révèle peu à peu une image que le peintre avait lui-même partiellement recouverte : c’est ce qu’on appelle un « repentir », d’où le très beau titre à double sens de cette traduction (le titre original étant Second self). Cette mise au jour accompagne Cathy dans sa recherche de son moi véritable, avec délicatesse et en restituant parfaitement les séismes intérieurs qui peuvent se produire dans une vie en apparence parfaite.

Un roman lumineux. Un beau portrait de femme. Et une autrice très prometteuse.

PS : L’histoire vraie du tableau du Hollandais Hendrick van Anthonissen que restaure Cathy est à retrouver ici avec des images avant/après restauration. Impressionnant !

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Angleterre Romans

Deux nouvelles musicales – Kazuo Ishiguro

Traduction de l’anglais par Anne Rabinovitch – Folio

Kazuo Ishiguro étant un auteur cher à mon cœur et l’activité Sing me a song battant son plein chez Sunalee, je n’ai pas hésité longtemps avant d’acheter ce petit bouquin. Ces 2 nouvelles musicales, tirées d’un recueil en réunissant 5 au total, sont respectivement intitulées Crooner et Nocturne. Je pouvais difficilement être plus dans le thème ! Et bien que né au Japon, Kazuo Ishiguro est un écrivain britannique, ce qui me permet de participer au Mois anglais également.

Dans Crooner, le narrateur est un guitariste de rue qui navigue d’un groupe de musiciens à l’autre à Venise, essentiellement sur la place Saint-Marc. Au milieu des hordes de touristes, il reconnaît un jour un chanteur désormais oublié dont les disques ont bercé son enfance. Il l’aborde pour lui faire part de son admiration et se laisse embarquer (littéralement, car cela passera par une longue scène en gondole) dans une histoire singulière. Kazuo Ishiguro instille dans ce texte d’une cinquantaine de pages une tension qui fait craindre un drame à tout moment, avant de nous livrer une conclusion certes tragique, mais très différente de celle que j’avais pu imaginer.

Nocturne poursuit la réflexion sur le prix à payer pour connaître le succès dans le monde de la musique qui est déjà au cœur de Crooner, cette fois sous l’angle du rôle capital qu’y joue l’apparence physique. Le narrateur, un saxophoniste qui n’arrive pas à percer, est coincé pendant plusieurs semaines dans un hôtel presque désert qui sert de lieu de convalescence de luxe. Son confinement lui donne l’occasion de faire une rencontre inattendue avec une influenceuse et le loisir de réfléchir à ce qui l’a conduit ici. L’ambiance est ici aussi légèrement étrange, et j’ai parfois eu le sentiment d’évoluer dans un décor à la Mulholland drive (film de David Lynch qui m’avait captivée et un peu traumatisée 😆). Heureusement pour mes nerfs, quelques scènes rocambolesques font retomber la tension. Un passage m’a même furieusement rappelé un sketch de Mister Bean dans lequel celui-ci se débattait avec une dinde de Noël. Kazuo Ishiguro s’est donc visiblement bien amusé lorsqu’il a écrit cette nouvelle de près de 100 pages, ce qui ne l’empêche pas de poser des questions très pertinentes et dérangeantes auxquelles il se garde bien de donner des réponses.

En résumé : 2 très bonnes nouvelles d’un auteur qui sait se renouveler (ni anticipation, ni contexte historique ici) sans rien perdre de son style élégant et de sa capacité à créer des atmosphères énigmatiques.


Précision pour l’activité Sing me a song : Kazuo Ishigaro avait envisagé de devenir auteur-compositeur professionnel avant de renoncer et de se tourner vers le métier d’écrivain (ce qui lui a valu le titre de Lord et surtout le prix Nobel de littérature, donc il a a priori bien fait !). Il a néanmoins écrit pour Stacey Kent plusieurs chansons que le saxophoniste Jim Tomlinson a mises en musique, notamment The summer we crossed Europe in the rain, d’une grande douceur et d’une mélancolie que j’associe pleinement à cet auteur.

Un autre avis chez Alexandra.

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Romans

Pause

Je vais être très occupée pendant les prochaines semaines et je dois donc mettre mes activités de blogueuse en pause. Je serai de retour mi-juin, à temps pour les Pavés, les Épais et autres réjouissances ! D’ici là, je vous souhaite, entre autres, de belles lectures.

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Challenges et LC

Une rentrée tchèque et slovaque

Du 15 au 30 septembre 2026, je vous invite à une Rentrée à l’Est qui nous fera cette fois-ci découvrir les littératures tchèque et slovaque. Parutions récentes et classiques seront les bienvenus, tout comme les films, expositions, etc.

Je prévois 2 lectures communes : l’une autour de l’autrice contemporaine Alena Mornštajnová et l’autre autour de mon chouchou Karel Čapek. Cette LC capekienne sera aussi l’occasion d’un hommage à Goran qui appréciait beaucoup cet auteur et qui avait inscrit La fabrique de l’absolu dans son TOP 100.

Voici une liste de suggestions littéraires pour vous aider dans vos recherches en bibliothèque, bouquinerie ou librairie :

SLOVAQUIE

TCHÉQUIE

N’hésitez pas à me signaler les romans qui auraient échappé à ma vigilance et rendez-vous en septembre pour des lectures tchèques et slovaques !

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Inde Romans

Dans la chambre obscure – R.K. Narayan

Traduction de l’anglais (Inde) par Anne-Cécile Padoux – Éditions 10/18

Tout arrive ! Ce blog fait aujourd’hui sa première incursion en terre indienne !

Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce roman déjà ancien (il a paru en 1938). Serait-il poussiéreux voire écrit dans une langue ampoulée, ou encore truffé de références qui m’échapperaient au vu de ma faible connaissance de l’Inde ? Eh bien, rien de tout ça ! Le style est simple, direct, très dialogué et emploie la technique du « flux de conscience » pour les personnages centraux de Savitri et Ramani, un couple plus nuancé qu’on ne pourrait s’y attendre. Ramani a été très amoureux de sa femme et on comprend qu’il est plus ouvert que beaucoup d’hommes de son époque, mais toute la maisonnée doit sans cesse se plier à ses humeurs et ses lubies du jour et supporter ses critiques (un véritable petit tyran). Savitri est, elle, coincée dans sa vie de femme au foyer sans éducation – et bien sûr sans travail – dont la vie tourne exclusivement autour de ses enfants et de son mari. Même si elle a tendance à passer ses nerfs sur ses deux domestiques, on la plaint donc sincèrement et on se réjouit quand elle finit par se rebeller. Car un jour, Ramani se met à rentrer de plus en plus tard du bureau et des rumeurs circulent sur ses relations avec la femme qu’il a engagée dans son entreprise…

Mais que peut faire une femme dans la situation de Savitri ?

Dans la chambre obscure est un roman court (175 pages dans mon édition) dont on peine à croire qu’il a été écrit il y a presque un siècle par un homme, tant son fond et sa forme sont modernes. Si certaines scènes sont racontées sur un mode burlesque, bien d’autres sont poignantes et c’est surtout un sentiment de tristesse et de révolte que j’ai ressenti pendant ma lecture. Un classique à (re)découvrir.

L’avis de Claudialucia qui a aimé elle aussi : https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2014/11/rk-narayan-dans-la-chambre-obscure.html