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BD et romans graphiques Littérature jeunesse

Des mangas en veux-tu en voilà !

Avril, c’est un Mois au Japon sur les blogs et c’est l’occasion rêvée de vous parler de quelques mangas que j’ai lus et appréciés. C’est un genre que j’aime vraiment beaucoup alors que j’ai longtemps eu des préjugés.

Des mangas sur les livres et la lecture

Après avoir lu plusieurs merveilleux albums de Junichiro Taniguchi, je me suis initiée au manga au format plus classique en choisissant des séries pas trop longues et parlant de mes sujets de prédilection : les livres, la littérature et la lecture !

Dans cette catégorie, Le maître des livres d’Umiharu Shinohara est un incontournable. Cette série en 15 tomes se passe dans une bibliothèque jeunesse dont le principal bibliothécaire est certes irritable, mais toujours d’excellent conseil : le livre qu’il recommande va chaque fois aider son lecteur (qui n’est pas toujours un enfant) à surmonter une difficulté, résoudre un malentendu, etc. L’auteur explore plusieurs classiques de la littérature jeunesse mondiale et aborde les différents aspects du travail autour des livres, de l’édition au métier de libraire, d’auteur-illustrateur ou de raconteur d’histoires grâce au kamishibaï. C’est une lecture (grands-)parents-enfants idéale (à partir de 10 ans environ à mon avis) : le thème parle à toutes les générations et permet aux plus âgés de partager leurs souvenirs de lecture des classiques évoqués (Peter Pan, Du vent dans les saules, Les aventures de Huckleberry Finn, etc.) et d’y intéresser les plus jeunes.

Ta d loi du cine en avait parlé lui aussi il y a quelques temps : https://dasola.canalblog.com/archives/2024/01/21/40158586.html

Je viens seulement de commencer Magus of the library (je vais attaquer le 3e tome) et je suis sous le charme. Bien que placés dans un contexte imaginaire mêlant des décors des 1001 nuits à des peuples autochtones amérindiens, le métier de bibliothécaire et le rôle des bibliothèques y sont décrits avec précision et un grand réalisme (même si le concours de bibliothécaire ne se déroule heureusement pas dans des conditions aussi extrêmes que celui qui nous est montré😆). Pour la trame romanesque, on suit un jeune enfant aux oreilles pointues qui, suite à une rencontre digne des romans d’aventure dont il est friand, va comprendre qu’il peut lui aussi être un héros et prendre son destin en main. J’ai hâte de découvrir la suite !

Je n’ai lu que le 1er arc de cette série, c’est-à-dire sa 1re partie composée de 7 tomes. Le 2e arc est en cours de parution et devrait se terminer avec le tome 13. Suite à sa mort brutale, une jeune femme intègre le corps d’une enfant maladive vivant à une époque et dans un lieu imaginaires (qui ressemblent cependant fortement à une ville européenne médiévale). Sa famille étant très pauvre, Maïn n’a pas accès à ce qui était vital pour elle dans son existence antérieure : les livres. Elle va donc tenter d’en fabriquer par elle-même malgré sa condition physique très précaire et les difficultés matérielles. Peu à peu, La petite faiseuse de livres va se faire toutes sortes d’alliés et améliorer le quotidien de ses proches grâce aux savoirs acquis dans sa première vie. Cette série s’adresse sans doute encore plus que les deux précédentes à un public jeunesse, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture : quand on aime les livres, on ne peut que compatir au sort de Maïn qui en est brutalement privée !

Adieu, mon utérus de Yuki Okada

On change totalement de registre ici avec le récit autobiographique d’une mangaka. Jeune maman, elle n’a que 33 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’utérus. Malgré la couverture chibi (c’est-à-dire où les personnages sont représentés comme des enfants), ce manga nous montre bien les montagnes russes que fait traverser une telle expérience. Médecins brutaux ou empathiques, proches désemparés, crainte de parler de sa maladie au travail, relations avec d’autres patientes et avec sa propre mère, l’autrice parle de tout cela sans pathos mais sans nier les moments difficiles, y compris de colère ou de rejet des autres. Ce one-shot, autrement dit manga en un seul et unique volume, est très touchant et universel même si certaines situations m’ont paru impensables de nos jours en Europe pour des trentenaires (mais peut-être que je me fais des illusions sur les progrès en matière de parité hommes-femmes en particulier).

Songe d’une nuit ambrée, pour le plaisir des papilles

Les mangas tournant autour de la cuisine ou de boissons ont le vent en poupe. J’ai par exemple commencé L’amour est dans le thé pour en savoir plus sur la culture du thé, de manière légère. Le premier tome était intéressant de ce point de vue-là avec de nombreuses explications grâce à l’héroïne, fille de cultivateurs de thé qui revenait vivre dans l’exploitation familiale après des années d’absence. Hélas, dès le tome 2, la romance prend de plus en plus de place et les péripéties perdent toute crédibilité. Je n’ai pas poursuivi.

La série Songe d’une nuit ambrée de Masoho Murano (scénario) et de Nodoka Yoda (dessin) est bien plus réussie. Il y est question de bières artisanales et de tous les bons petits plats japonais qui peuvent s’accorder avec cette boisson (et si je ne suis pas fan de bière, ça m’a sérieusement ouvert l’appétit pour tout le reste 😜). C’est aussi l’histoire de 3 jeunes Japonais qui cherchent leur voie et tissent des liens d’amitié, d’abord par hasard puis par véritable intérêt partagé pour la bière artisanale. Ce n’est pas un manga révolutionnaire, mais cette petite bande d’amis est très sympathique et je les retrouve avec plaisir d’un tome à l’autre.

On trouve aussi de nombreuses séries sur le saké, le vin, les burgers et sur l’univers des restaurants, l’une des plus connues étant certainement La cantine de minuit. J’ai donc encore beaucoup de mangas culinaires à lire…

Arte ou le manga à Florence

Encore un univers très différent ici, avec le destin d’Arte, jeune femme de bonne famille qui aspire à devenir artiste dans la Florence de la Renaissance. Bien que les femmes soient rejetées par la corporation des artistes, elle réussit à trouver un maître qui accepte de la former. Grâce à son regard de novice, on en apprend plus sur la recherche constante de commandes et de mécènes qui incombe aux ateliers, sur le poids de la corporation, sur les intrigues politiques et les guerres qui font le quotidien de la vie à Florence. L’autrice du manga, Kei Ohkubo, apparaît systématiquement en postface de chaque tome et nous donne un aperçu de la façon de travailler des mangakas, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet aussi éloigné de leur culture d’origine. C’est parfois très naïf, mais c’est souvent éclairant sur la culture japonaise.

Comme dans Magus of the library et La petite faiseuse de livres, j’ai été éblouie par la richesse et la précision saisissante des décors, des tenues et des expressions des personnages. Comme c’est l’usage dans les mangas, seule la couverture est en couleurs. Toutes les pages intérieures sont en noir et en blanc, mais on l’oublie très vite devant la virtuosité dont font preuve les mangakas.

Pour se détendre

J’apprécie aussi des mangas de pur divertissement comme la série Spy x family de Tatsuya Endo, avec sa famille fictive composée d’un espion, d’une tueuse et d’une petite fille télépathe. Chacun(e) ignore ce que sont en réalité les autres membres de cette famille, ce qui les place dans des situations improbables et généralement très drôles. Même si tous les tomes ne sont pas aussi réussis, c’est une série que – comme Fanja – j’aime toujours retrouver. En revanche, fuyez l’adaptation en anime dont j’ai vu un épisode que je qualifierai de catastrophique.

Dans un style différent, je lis avec plaisir Les carnets de l’apothicaire, série (toujours en cours) dans laquelle les intrigues d’une cour impériale imaginaire nous sont racontées par le biais d’une jeune apothicaire prête à tout pour obtenir et tester les substances les plus toxiques, et qui doit souvent mener l’enquête. Il y a du suspense, de l’humour et là encore des décors et costumes splendides. Audrey, du blog Lightandsmell, en est aussi une lectrice.

La plupart de ces séries sont très appréciées, y compris des bibliothécaires. On les trouve donc facilement en bibliothèque. Le principal problème est qu’elles peuvent être très empruntées. Mon astuce personnelle : je réserve plusieurs tomes à la fois pour éviter de me « casser le nez » lors de mes passages en bibliothèque et pouvoir enchaîner au moins 2 ou 3 volumes.

Voilà, c’était un billet un peu long, désolée ! Mais j’espère vous avoir donné envie d’essayer de lire des mangas si vous n’avez pas encore franchi le pas.

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Bulgarie Littérature jeunesse Romans

Voyage dans la terre d’en bas – Les aventures de Baptiste, détective privé

Texte de Yulka & illustrations de Yana Léviéva Traduction du bulgare par Eli – Éditions Élitchka

Pour terminer avec un peu de légèreté et de traditions bulgares, je vous propose d’embarquer pour un voyage en Terre d’en bas aux côtés d’un petit bonhomme ventripotent de 33 ans qui vit toujours chez ses parents et que son patron vient de renvoyer au motif qu’il est « le pire détective qu’il ait jamais embauché ».

Le dénommé Baptiste se retrouve donc propulsé dans un pays loin d’être toujours merveilleux, pour y mener une enquête tout sauf banale : il a été chargé de retrouver les contes qui ont disparu de la surface de la Terre du milieu (qui n’est pas celle de Tolkien, bien qu’on puisse imaginer un clin d’œil de l’autrice).

Accompagné de sa fidèle souris tricoteuse, il croise de nombreux personnages du folklore bulgare (un vampire bien sûr, la Lamie, la Khala… qui sont présentés en détail en fin d’ouvrage) ainsi que des créatures plus universelles (Maman ourse, Roule-galette, des ondines…). Pas spécialement courageux ni débrouillard, Baptiste va cependant braver bien des dangers et affronter peut-être ses pires ennemis : sa paresse et son mauvais caractère !

Ce roman jeunesse illustré – conseillé pour les 9-12 ans – est superbe ! Dans un très agréable format souple de 23×16 cm, il regorge de magnifiques décors pleine page et d’illustrations qui se glissent ici et là. Avec son texte aéré (nombreux dessins mais aussi large interligne, police de caractère très lisible et découpage en chapitres courts), il me semble parfait pour des enfants encore impressionnés à l’idée de lire un « vrai » roman. Et Baptiste, le anti-héros, change agréablement des chevaliers sans peur et sans reproche ! Il y a du frisson, de l’amitié, de la solidarité. Bref, tous les ingrédients d’une excellente lecture jeunesse. Un petit jeu, rappelant le jeu de l’oie, accompagne même le livre pour prolonger l’aventure.

Avec ce roman, j’ai découvert Elitchka, une micro-maison d’édition basée en Alsace qui se consacre à diffuser la littérature jeunesse bulgare en France, y compris avec des ouvrages bilingues. Je vous recommande d’aller faire un tour sur son site où les livres publiés sont tous plus beaux les uns que les autres. Ai-je mentionné que Yulka, qui signe le texte ici, a été sélectionnée à plusieurs reprises (hélas sans succès pour l’instant) pour le prix Astrid Lindgren ? Cela vous donne une idée de la qualité de son travail !

PS : Ainsi s’achève mes chroniques bulgares à l’occasion de la Rentrée à l’Est. Rendez-vous mi-octobre pour le bilan de nos billets à toutes et tous !

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Littérature jeunesse

Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble – Piret Raud

Traduit de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry – Éditions du Rouergue

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un livre jeunesse né sous la plume de Piret Raud, autrice et illustratrice estonienne dont plusieurs titres sont publiés en France, en particulier par les Éditions du Rouergue. Assorti d’illustrations à la fois discrètes et très reconnaissables, Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble réunit une vingtaine d’historiettes évoquant les voisins de Taavi, petit garçon élevé par sa mère « qui n’est pas seule puisqu’elle est avec (lui) ».

Les habitants de cet immeuble forment une galerie de personnages plutôt originaux et permettent à Piret Raud de croquer des portraits tendres, lucides et souvent décalés tout en faisant passer de jolis messages. Il y a là des jumeaux tous deux prénommés Artur, un réfrigérateur colérique qui bout littéralement (et son contenu avec), un voisin perché dans un arbre, un autre qui cherche d’abord son peigne puis ses cheveux, un crocodile engagé dans une relation de couple toxique, une maman parfois abattue par une tristesse d’un gris qui envahit tout, etc.

Le format est parfait pour de jeunes lecteurs dès le CP puisqu’une histoire tient en quelques pages très aérées. Le fait que tous ces courts récits soient liés par un même narrateur donne le sentiment de lire plusieurs chapitres d’un même roman. C’est une excellente source de motivation pour les enfants qui seront sûrement amusés et épatés par certaines situations très inventives et poétiques, et c’est une belle initiation à l’art de la nouvelle et de sa chute.

En plus de la Rentrée à l’Est, ce billet participe aux lectures urbaines « Sous les pavés, les pages » organisé par Athalie et Ingannmic puisqu’il s’agit de la vie d’un immeuble et d’un quartier.

L’avis de Jostein est à lire ici : https://surlaroutedejostein.fr/2015/10/30/voisins-zinzins-de-piret-raud/

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Littérature jeunesse Suisse

Drôle d’histoire ces métiers – Markus Rottmann, illustré par Michael Meister

Traduction de l’allemand (Suisse) par Laurence Olivier – Éditions Helvetiq

Saviez-vous qu’au 18e siècle, des hommes étaient parfois payés pour se laisser pousser barbe, cheveux et ongles, faire semblant de vivre dans une grotte et errer dans les jardins paysagers d’élégants manoirs ? Autrement dit, il s’agissait de faux ermites censés apporter un peu de cachet aux pelouses de nobles anglais. On parlait alors d’« ermites d’ornement », un métier assez improbable…

Dans ce formidable album illustré, ce sont justement plus de 80 métiers, souvent insolites, qui nous sont racontés avec précision et humour. Enfants et adultes y apprendront forcément quelque chose, de l’origine du mot « souffre-douleurs » au rôle des pleureuses dans l’Angleterre d’aujourd’hui, en passant par la mission des renifleurs de café. L’auteur a eu la bonne idée de prendre le temps d’expliquer aux plus jeunes la notion de métier et ce qui distingue un métier d’un travail. D’ailleurs, tout le livre est construit de manière très pédagogique.

Nombre des métiers évoqués ont disparu depuis belle lurette, mais il y en a d’autres plus récents que je trouve malin d’avoir intégré dans cet ouvrage. Les présentations qui tiennent sur une à deux pages permettent de parler avec les enfants des conditions de travail qui ont bien changé depuis l’Antiquité et le Moyen Âge, des droits des femmes et des enfants, et de la technologie qui a évolué à vitesse grand V en quelques décennies. Un petit encart intitulé « Pourquoi ils ont disparu ? » nourrit d’ailleurs efficacement la réflexion et la discussion.

Ca fiche un coup de vieux, non ? 😀

On picore quelques pages à la fois et on s’extasie devant la poésie de certains métiers (ah, les commentateurs de films muets ou les lecteurs d’usine…) ou, au contraire, on fait « beurk » avec les enfants quand on voit ce que des hommes et des femmes ont eu à faire pour vivre (foulonniers et autres collecteurs de nuit). On s’étonne, on rit, on fait la grimace, et surtout on apprend beaucoup de choses en s’amusant !

Une découverte que je recommande chaudement aux petits (à partir de 8 ans environ) comme aux grands, amoureux d’histoire(s) … et de mots car de nombreuses expressions encore employées viennent de ces métiers disparus.

Mes échappées livresques vous le recommande aussi ;-D.

PS : Cet album jeunesse me permet de participer aux lectures sur le thème du monde du travail proposées par Ingannmic pendant toute l’année 2024.

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Littérature jeunesse

Lectures jeunesse de Noël

À cette époque de l’année, les bibliothécaires mettent en avant de nombreux livres de Noël au rayon jeunesse et on trouve donc un très large choix « en tête de gondole », de quoi se faire plaisir sans casser sa tirelire. J’ai aussi fait une recherche sur le catalogue en ligne de ma médiathèque et bien m’en a pris, car de nombreuses trouvailles m’attendaient dans les réserves. Il a suffi de demander aux bibliothécaires de les faire remonter à la lumière du jour !

Voici donc une petite sélection subjective testée et approuvée en famille ce week-end :

Les enfants de Noël est un superbe album qui réinvente l’origine du Père Noël de manière très subtile et pleine de magie. Les graphismes sont très doux, pleins de couleurs et de féérie. Et l’histoire en elle-même est tout simplement magnifique. À lire dès 5 ans et sans limite d’âge supérieur !

Nous avons aussi découvert cette année un petit roman désopilant d’un auteur irlandais plus connu pour avoir signé The van, The commitments et The snapper, tous adaptés au cinéma par Stephen Frears et Alan Parker. Dans Qui peut sauver le père Noël, un chien nommé Rover va devoir remplacer au pied levé le renne Rodolphe (grippé) en compagnie d’une troupe d’enfants fort débrouillards et de deux lézards (oui, oui, vous avez bien lu). Bourré d’humour et de tendresse, ce livre – joliment illustré par Brian Ajhar – plaira à coup sûr aux fans de David Walliams et Roald Dahl (donc à partir de 7-8 ans).

Parmi les incontournables (celui-là est dans mon fonds personnel), il me faut citer les Lettres du Père Noël de J.R.R. Tolkien. Ce livre de poche recèle des trésors : des fac-similés des lettres originales que Tolkien a envoyées année après année à ses enfants, et leur traduction en français bien sûr. Tolkien a non seulement imaginé des aventures rocambolesques pour le Père Noël et ses acolytes (dont un ours gaffeur), mais il a aussi énormément travaillé le visuel avec des graphies particulières et de faux timbres dessinés par ses soins. De l’amour parental en barres et en mots par un merveilleux conteur. Ce n’est pas Émilie qui dira le contraire ;-D

Le nom de Corinne Albaut ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause : elle figure souvent dans les cahiers de poésie des enfants en CP et CE1, notamment avec Les crayons de couleur. Actes Sud a publié ses très belles Comptines pour le temps de Noël illustrées par Michel Boucher. Dans ce recueil, la neige, le sapin, les cadeaux, les bonhommes de neige sont les héros de courts poèmes à déguster sans modération. Le livre est conseillé dès 3 ans et peut à mon avis s’apprécier à tout âge. On envisage chez nous une petite séance de lecture ou de récitation en famille le 24 au soir, comme c’est l’usage en Allemagne notamment, tellement on a envie de les partager.

J’ai aussi eu la chance de pouvoir emprunter Sapi le sapin, qu’on voit actuellement en vitrine de toutes les bonnes librairies. J’aime beaucoup les livres d’Olivier Tallec et celui-ci ne fait pas exception. Sapi a une bouille adorable et les dessins sont irrésistibles : il faut voir Sapi brosser ses aiguilles ou bouder ! L’histoire rappelle très fortement Le sapin d’Andersen, un conte triste (décidément Andersen n’avait pas la plume joyeuse) qui est sensiblement adouci par les mimiques de Sapi (un petit arbre limite narcissique), même si son destin reste peu réjouissant.

Image par Kathleen Cobcroft de Pixabay

Un grand merci à Audrey de Light&Smell qui a partagé une très belle liste d’idées dans laquelle j’ai pioché avec plaisir. Je vous recommande donc chaleureusement son article intitulé « 10 albums de Noël qui me tentent » pour d’autres découvertes.

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Allemagne Littérature jeunesse

Einstein – Torben Kuhlmann

Traduction de l’allemand par Anne-Judith Descombey – Éditions NordSud

Pour finir en douceur ce mois des Feuilles allemandes, je vous invite à (re)découvrir un magnifique livre illustré destiné aux enfants de 8 à 11 ans environ.

Torben Kuhlmann a imaginé les aventures d’un petit rongeur qui, frustré au plus haut point d’avoir manqué LA Fête du fromage, va vouloir remonter dans le temps pour pouvoir assister à ce grand événement. Curieuse et persévérante, notre petite souris (absolument craquante) connaîtra bien des aventures, notamment à cause du terrible chat Chronos. Elle rencontrera même Albert Einstein à l’Office des brevets de Berne et on peut se demander qui de la souris et du scientifique a inspiré l’autre…

Sous-titré « Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps », cet album nous immerge dans des dessins à l’atmosphère rétro de toute beauté. Comme celle d’Edison, de Lindbergh et d’Armstrong que l’auteur a signées dans la même collection, cette histoire nous invite à revivre l’épopée de grandes inventions ou exploits (ici, la relativité bien sûr).

Cadeau de Noël idéal à mon avis (il fait fureur chez nous depuis son arrivée sous le sapin en 2022), il devrait occuper de longues heures les petits lecteurs et petites lectrices de votre entourage qui auront des milliers de détails à observer sur chaque page. Un bonus très intéressant sur Einstein et ses recherches vient compléter cet album aussi intelligent que visuellement épatant. En tant qu’adulte, je l’ai adoré moi aussi !

Pour en savoir plus sur Torben Kuhlmann et son travail, voici une passionnante interview parue À l’ombre du grand arbre :

PS : Auf Wiedersehen, Les Feuilles allemandes ! Et vivement l’année prochaine 😀

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Littérature jeunesse

Le fantôme de Canterville – Oscar Wilde

Illustrations d’Emmanuelle Patient – Éditions Lire c’est partir

Encore un petit bijou déniché dans une boîte à livres ! Et de saison en plus puisque nous ne sommes plus qu’à quelques jours de Halloween.

Pour une foule de découvertes livresques mais aussi manuelles, photographiques et culinaires, rendez-vous chez Hilde et Lou pour leur superbe challenge Halloween !

Si Le fantôme de Canterville est conseillé à partir de 10 ans, ce n’est pas parce qu’il est effrayant car il est au contraire très drôle. En revanche, des enfants plus jeunes pourraient être démunis face à des tournures soutenues et un vocabulaire un brin désuet. Mon conseil : lisez-le (vous vous régalerez) et décidez ensuite si les jeunes lecteurs et lectrices de votre entourage seraient à même de le comprendre et d’apprécier l’ironie si chère à Oscar Wilde.

Dans ce court roman, une riche famille américaine acquiert un manoir anglais hanté. Bien que prévenus qu’un spectre rôde depuis des siècles, le couple et ses 4 enfants n’y croient pas une seconde. Mais rira bien (d’un rire démoniaque) qui rira le dernier !

Tout le sel de cette histoire tient à l’humour et à l’inversion des rôles, le fantôme de Sir Simon se retrouvant quasiment persécuté par cette famille qui ne manque pas de sang-froid.

« À peine eut-il prononcé ces mots qu’un terrible éclair illumina la pièce sombre, qu’un effroyable coup de tonnerre les fit se lever d’un bond et Mrs Umney s’évanouit. « Quel climat épouvantable ! » dit l’ambassadeur américain avec calme en allumant un cigare. « J’ai l’impression que le vieux pays est tellement surpeuplé qu’il n’y a pas suffisamment de beau temps pour tout le monde. J’ai toujours pensé que l’émigration était la seule solution qui convienne à l’Angleterre. » »

Grâce à ce livre, j’ai également découvert le formidable projet des Éditions Lire c’est partir qui publient des livres et CD jeunesse vendus au prix unique de 0,80 € l’exemplaire, sans subvention et sans réaliser de bénéfice. Leurs livres ne sont pas vendus dans le commerce, ils sont diffusés directement auprès des enseignants, des enfants et de leurs parents, notamment via leur site Internet. Un regret cependant (c’est un euphémisme car un tel oubli est un sacrilège à mes yeux) : le traducteur ou la traductrice (qui a fait un excellent travail ici) n’est pas crédité(e) dans cette édition.

Pour la route, je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous un autre petit extrait délicieusement british de ce Fantôme de Canterville !

« Les jumeaux , qui étaient descendus avec leurs sarbacanes, le prirent immédiatement pour cible avec cette précision de tir qui ne s’acquiert qu’après une pratique longue et scrupuleuse sur un professeur d’écriture, tandis que l’ambassadeur des États-Unis le menaçait de son revolver et lui demandait, selon les règles de l’étiquette californienne, de mettre les mains en l’air. »

PS : Une récente parution fait de nombreux clins d’œil au Fantôme de Canterville, devenu un véritable classique : découvrez L’esprit des cafés suspendus chez Náriël et Blandine. Et l’original fait partie des lectures d’enfance dont Audrey de Light and smell ne se lasse pas 👻 !

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Littérature jeunesse

Myriam et le thé du juste moment – Sophie Noël

Éditions Scrineo

Connaissez-vous le château de Monte-Cristo ? Ancienne résidence d’Alexandre Dumas, le lieu est ouvert à la visite et propose régulièrement des animations dont un salon annuel du livre jeunesse début octobre. Pour la première fois cette année, j’y étais. Et j’y ai rencontré l’autrice jeunesse Sophie Noël dont plusieurs romans ont aussitôt rejoint ma besace. Je viens de terminer le premier d’entre eux : Myriam et le thé du juste moment.

Alexandre Dumas en personne vous accueille à l’entrée de son château !

Myriam et sa mère ont parcouru le monde et viennent seulement de poser enfin leurs valises durablement. Pour Myriam, cela signifie être scolarisée pour la première fois (pas évident quand cela arrive en classe de 3e !). Elle devrait aussi enfin pouvoir tisser des liens durables. Mais voilà, elle se sent comme une bête curieuse au milieu des autres élèves et ne se laisse pas approcher, préférant se réfugier dans les livres. Un jour, une nouvelle cliente pas comme les autres investit le café-librairie chaleureux que tient la mère de Myriam. La mystérieuse Adiba est-elle simplement fine psychologue ou bien détient-elle quelque pouvoir magique ? Elle va en tous cas entraîner Myriam dans des séances de contes qui vont changer sa vie.

S’il ne réinvente pas la roue (parcours initiatique qui permet à l’héroïne de libérer son potentiel et de « trouver sa place »), ce roman feel good est bourré de charme et ne pourra que séduire les amoureux et amoureuses des livres comme celles et ceux qui sont convaincu(e)s des pouvoirs de l’imagination, de la lecture et de l’écriture.

Bienveillante et fluide, la plume de Sophie Noël coule de source et nous emporte pour notre plus grand plaisir. Elle m’a fait oublier quelques facilités (la transformation un peu rapide d’une des protagonistes de l’histoire par exemple) et de petites répétitions pas très heureuses (Hilde l’avait remarqué elle aussi : « gérer » ses émotions revient un peu trop, de même que « les ressentis »). Ces petites faiblesses mises de côté, ce récit se déguste comme une bonne tarte aux pommes accompagnée d’un thé parfumé.

Le salon mauresque du château de Monte-Cristo, un décor dans lequel on s’imaginerait bien siroter un thé aux épices et se détendre avec un bon livre !

L’autrice m’a précisé que Myriam et le thé du juste moment est certes destiné aux 9-13 ans, mais qu’il parlera sans doute davantage à des collégien(ne)s puisque l’héroïne a elle-même 14 ans. Cependant, pour des enfants qui lisent beaucoup, rêvent d’écrire des romans et/ou manquent parfois de confiance en soi, c’est selon moi l’ouvrage idéal, et ce dès 9 ans !

Sharon et Hilde l’ont lu aussi, n’hésitez pas à consulter leurs avis.

PS : En plus d’accueillir des autrices et auteurs, le salon du livre jeunesse du château de Monte-Cristo propose des séances de lecture et de dessin, des expositions… Cette année, le thème était « Aventuriers des mers » et nous avons eu droit à un époustouflant spectacle de cape et d’épée joué dans le parc du château sur le thème des pirates. Chapeau bas au Cercle d’escrime ancienne de Marly-le-Roi !