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Romans Tchéquie

Hana – Alena Mornštajnová

Traduction du tchèque par Benoît Meunier – Éditions Bleu et jaune

Hana est indéniablement mon coup de cœur de cette Rentrée à l’Est, et je suis certaine qu’il sera dans mon Top de l’année. C’est un roman qu’il est impossible de lâcher et qui m’a profondément bouleversée. Une immense réussite !

Alena Mornštajnová trouve le ton juste pour chacune des voix qui s’exprime, enfant ou adulte. La construction de son roman est imparable sans que cela sente jamais l’effort : tout semble couler de source, et la spirale des événements se déroule inexorablement. L’écriture est maîtrisée, évocatrice et limpide, et la traduction est absolument parfaite.

Je ne veux pas divulgâcher le sujet au cœur du roman, d’autant que la couverture de la traduction française a choisi de garder le mystère. Sachez simplement que j’ai rarement lu un roman où le traumatisme et la culpabilité sont (d)écrits avec autant de justesse, et sans pathos. Je ferai donc court (et un peu directif 🤣) : lisez Hana !

Vous pouvez en découvrir le premier chapitre ici : https://www.editionsbleuetjaune.fr/wp-content/uploads/2022/05/HANA_PREMIER-CHAPITRE-1.pdf. Et ensuite, à vous de jouer pour la suite !

Alena Mornštajnová a plus récemment publié Novembre, toujours aux Éditions Bleu et jaune, une uchronie visiblement très marquante elle aussi, que Jostein a lue à sa sortie et que Sunalee a choisie (et adorée!) pour la lecture commune d’aujourd’hui.

Pour des avis plus détaillés et tout aussi tentateurs à propos de Hana, c’est là : Claudialucia, Eva, Fabienne (dont j’espère le retour sur la blogosphère…) et Ingrid.

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Romans Tchéquie

La Belle de Joza – Kveta Legátová

Traduction du tchèque par Eurydice Antolin – Éditions Noir sur blanc

Eliška fait partie de la Résistance tchèque à l’occupation nazie. Lorsque son réseau est repéré, son chef et ami réussit à organiser sa fuite : elle doit partir pour Zelary avec Joza, l’un de ses patients. Pour parfaire sa couverture, elle doit épouser cet homme vu comme l’idiot de son village et vivre bien loin du confort et de l’émancipation qu’elle a connus jusqu’alors. Médecin à Brno, Eliska menait en effet une vie indépendante de « femme moderne » et le choc que constitue ce nouveau départ dans une région de montagne reculée de Moravie du Nord est considérable.

Kveta Legátova a connu un succès fulgurant en Tchéquie avec ce roman qu’elle a écrit à l’âge de 82 ans (!) et qui emprunte beaucoup au conte avec ses personnalités hautes en couleurs (les femmes en particulier sont mémorables), son décor qui peut être aussi angoissant qu’enchanteur, et une histoire qui voit la Bête et la Belle s’apprivoiser mutuellement. Le contexte, lui, est bien réel, puisque ce n’est pas une méchante belle-mère que fuit l’héroïne, mais la Gestapo. Et si la guerre semble longtemps loin de Zelary, la région ne restera pas épargnée.

L’écriture de Kveta Legátova est sans fioriture et d’une grande modernité. En quelques phrases, elle plante un décor ou dessine le portrait de ses personnages auxquels elle donne toujours une belle épaisseur. J’ai particulièrement aimé Lucka, l’acariâtre accoucheuse à la férocité réjouissante, et Zena, aussi originale que terre-à-terre. À l’exception de Joza et de Roman, les hommes n’ont d’ailleurs souvent pas le beau rôle dans ce court roman aux personnages marquants.

C’est en tous cas une bien belle découverte que des blogueuses chevronnées avaient déjà appréciée. Je vous renvoie notamment aux avis de Claudialucia, Aifelle, CathL et Sylire. Et Manou vient elle aussi de le lire, son avis est à retrouver ici.

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Romans Tchéquie

Giboulées de soleil – Lenka Horňáková-Civade

Alma Éditeur

J’ai découvert Lenka Horňáková-Civade grâce à un podcast qui réunissait 8 autrices des pays qui avaient vécu derrière le Rideau de fer. Cette Rentrée à l’Est était l’occasion parfaite pour lire un de ses romans, recommandé par Eva qui est plus est.

Marie, qui vivait à Vienne avec sa fille Magdalena, doit quitter l’Autriche lorsque le père (juif) de sa fille (illégitime) émigre pour fuir les persécutions nazies. Elle revient dans son village tchèque qui, comme tous le pays, connaît les remous de l’Histoire, de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989.

Sa fille Magdalena, sa petite-fille Libuše et enfin son arrière-petite-fille Eva nous racontent chacune leur enfance et leur jeunesse. C’est donc un point de vue souvent naïf, ou en tous cas peu conscient des enjeux politiques, qui nous est présenté sur les événements qui secouent le pays. Cela rend le propos très accessible et Lenka Horňáková-Civade a une plume fort agréable : les pages se tournent toutes seules sur ces destins de femmes et je ne suis pas surprise que ce roman ait remporté le prix Renaudot des lycéens.

Marie est le personnage que j’ai préféré. Cette forte femme, qui semble ne jamais perdre son sang-froid et fait trembler les hommes du village, force l’admiration, même si elle peut se montrer très dure, avec sa fille en particulier. Quelques semaines après ma lecture, je constate cependant que je n’ai pas un souvenir très précis de cette histoire. C’est un roman agréable, mais pas un coup de cœur, même si je ne peux pas m’empêcher d’être admirative devant une œuvre écrite en français par une « autrice tchèque de naissance et pour toujours, (…) française d’adoption et pour la vie ».

CathL et Ingrid avaient elles aussi des avis mitigés à lire ici et là.

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Lectures audio Mali

Ségou – Maryse Condé

Podcast France culture

À défaut de la lire, j’ai récemment découvert Maryse Condé grâce à une adaptation en podcast de son roman Ségou (plus précisément du premier tome de cette saga, intitulé Les murailles de la terre). Encore une belle création de France culture, réalisée ici par Tidiane Thiang.

Aïssa Maïga est l’excellente narratrice de cette fresque qui nous plonge dans l’histoire du Mali, et plus particulièrement de la ville de Ségou, qui fut la capitale de l’empire bambara. À travers le destin de la famille Traoré, Maryse Condé retrace l’histoire de l’esclavagisme, de la colonisation et de l’islamisation du pays, en créant des personnages très marquants et avec un sens de la tragédie qui n’est pas sans rappeler la Grèce antique. Les drames ne vont en effet pas manquer, pour les membres de la famille Traoré comme pour l’empire bambara et le Mali.

La vie ne sera pas un long fleuve tranquille pour les fils de Dousika Traoré et les femmes de la famille, qu’elles soient adulées ou méprisées par leur mari, connaîtront des sorts peu enviables (et c’est un euphémisme !). Ils et elles subiront le racisme interethnique et les préjugés religieux, l’esclavage, l’ostracisation, une mort violente… Si on en plaint certains – et surtout certaines -, tous ou presque ont une personnalité complexe qui évite tout cliché et toute facilité.

C’est notamment le cas de Tiekoro, au centre de cette adaptation. (Il semble que le roman suive tout autant ses frères alors que dans ce podcast, ils jouent un rôle secondaire.) Celui-ci rejette les croyances animistes en vigueur à Ségou et se tourne vers l’islam, au grand désarroi de son père. Il quitte Ségou pour suivre une formation coranique qui lui donne accès à la lecture et au savoir, mais l’expose aussi à des brimades et au mépris. À la fois immature et imbu de lui-même, buté et clairvoyant, Tiekoro est souvent agaçant (là encore, un euphémisme), mais sa sincérité le rend attachant malgré tout.

J’ai regretté que l’on en sache si peu sur ce qui arrive à son frère Naba qui passe par l’île de Gorée, puis par le Brésil. Mais bien sûr, pour faire tenir cette saga en 10 épisodes de moins de 30 minutes, il a fallu faire des choix. Cette réserve mise à part, tout m’a plu : les ambiances sont parfaitement recréées, le récit de ce délitement familial qui reflète sans aucun doute celui de l’Afrique de l’Ouest permet de sentir la beauté et la puissance d’évocation de l’écriture de Maryse Condé, la musique originale créée par Fatoumata Diawara est formidable et les comédiens tous excellents. Je recommande donc chaudement cette écoute !

PS : Les romans de Maryse Condé ont fait l’objet de nombreux billets sur d’autres blogs. Je vous invite à les découvrir en particulier chez Miriam, Claudialucia, Aifelle et Jenevelle.

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Allemagne Romans

Les occasions manquées – Lucy Fricke

Traduction de l’allemand par Isabelle Liber – Éditions Le Quartanier

Pour le rendez-vous des Feuilles allemandes l’an dernier, j’avais sorti de ma PAL La diplomate de Lucy Fricke, un roman qui m’avait beaucoup plu. L’acidité et le regard très contemporain de l’autrice m’ont poussée à piocher à nouveau dans sa bibliographie et à lire cette fois-ci Les occasions manquées. L’avis plus que mitigé de Luocine m’avait déjà mise en garde, mais je voulais me forger ma propre opinion. Bilan des courses : j’aurais pu me passer de cette lecture et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

Un policier italien résume assez bien les choses dans le roman : « Est-ce que toutes les femmes allemandes sont aussi barrées que vous ? » (traduction libre, je l’ai lu en VO). Martha et surtout Betty sont en effet un peu « fracassées », ce qui aurait pu/dû me les rendre sympathiques. À force de beuveries et de scènes caricaturales, elles m’ont en réalité agacée et jamais touchée. J’en ai aussi voulu à l’autrice de cumuler les clichés à la fois sur les Allemands, les Italiens et les Grecs, tout en essayant – maladroitement à mon humble avis – de montrer l’envers du décor.

Le titre allemand Töchter (« Filles ») souligne bien ce qui se joue dans ce roman pour ses héroïnes : les relations avec leur père ou leur absence de relations, et en filigrane avec leur mère. Pourquoi pas, mais à l’exception d’une ou deux analyses pertinentes (la génération des mères a lutté pour obtenir
une liberté dont les filles ne savent pas vraiment quoi faire), ça traîne en longueur, ça se noie dans le brouillard qui entoure Betty soit à cause de son sevrage médicamenteux, soit de ses cuites monumentales.

J’ai bien failli abandonner en route parce que j’ai trop de livres qui m’attendent pour perdre du temps avec ceux qui m’ennuient (même quand ils font moins de 300 pages comme ici). J’ai néanmoins poursuivi vaillamment, espérant que la fin rattraperait le reste du roman. Las, j’en ai été pour mes frais.

Ma conclusion toute personnelle : Lisez La diplomate, il vaut le coup, et oubliez Les occasions manquées !

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Bulgarie Romans

Vierge jurée – Rene Karabash

Traduction du bulgare par Marie Vrinat – Tropismes éditions

Dans ce court roman bulgare, Rene Karabash fait entendre une voix originale et très moderne. Une lecture hautement recommandable !

Si vous avez lu Ismaïl Kadaré, vous savez ce qu’est le kanun. Ce code coutumier réglant les questions de vengeance a cours depuis le Moyen Âge dans les Balkans, notamment en Albanie où se passe l’essentiel de Vierge jurée. C’est à la fois pour se conformer à cette « loi » et y échapper que Bekia est devenue Matia, une vierge jurée. Autrement dit, au prix d’un serment de virginité, elle a été reconnue comme un homme par la société et vit comme tel.

En éclatant la narration et en jouant sur les idées toutes faites, l’autrice prend le contrepied de ce récit qu’on aurait pu craindre caricatural. Tout est finalement contenu dans ce vers qui vient scander le roman : « le mensonge comme un ver ».

Si j’ai été brièvement perturbée par l’entrée en matière non-linéaire et des phrases sans ponctuation, j’étais totalement dans l’histoire au bout de quelques pages seulement. Et je n’étais pas
au bout de mes surprises, les changements de points de vue permettant de multiplier les retournements jusqu’à la toute fin du roman (attention, on n’est pas non plus dans un thriller☺️ !).

La langue, simple, précise et poétique, coule de source en français (et donc je suppose en VO). Du beau travail, de la part de l’autrice comme de la traductrice Marie Vrinat.

Chez Passage à l’Est, vous trouverez un deuxième avis positif assorti de liens très intéressants vers, entre autres, une interview de l’autrice sur la genèse de ce roman. Miriam l’a lu elle aussi, et à fait le lien avec un autre roman sur les vierges jurées ici.

PS : Une autre lecture, très différente, qui m’avait beaucoup plu chez Tropismes éditions : Alors toi aussi.

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Essais et autres livres Roumanie

Fleur, une histoire roumaine – Mioara Tudose

Bougainvillier éditions

Pour les Escapades de Cléanthe sur les rives de la mer Noire, j’ai lu – chose inhabituelle chez moi – ce qu’on appelle un « récit de vie ». Dans Fleur, une histoire roumaine, Mioara Tudose, née à Bucarest et vivant en France depuis plusieurs décennies, y raconte la vie de sa mère. Née en 1912, orpheline très jeune, Fleur a connu une enfance très simple, et même pauvre, mais heureuse à la campagne. Devenue adulte, elle a quitté sa campagne pour Bucarest où elle fut l’une des premières femmes à être employée dans son usine et où elle fonda sa propre famille alors que la monarchie roumaine s’achevait et que la Roumanie devenait un régime communiste.

Ce récit est parfois naïf et idéalise clairement le personnage de Fleur, mais c’est un joli hommage à une mère aimante dont le destin est certainement à l’image de celui de bien des Roumaines et, plus généralement, de bien des femmes de cette époque. Les fêtes et traditions qui rythment l’année et soudent la communauté, la vie des gens simples avec leurs petits plaisirs – en particulier les jours de paie –, les malheurs provoqués par la guerre et les maladies, la situation des orphelins de guerre : j’ai découvert de l’intérieur la vie d’une famille d’ouvriers dans la Roumanie d’après-guerre. Pour apprécier ce livre, il ne faut pas lui chercher de qualités littéraires particulières – ce n’est d’ailleurs aucunement sa prétention – et plutôt y voir un recueil de souvenirs familiaux qui témoignent d’une époque dans un pays dont, personnellement, j’ignorais à peu près tout.

C’est Eva qui m’avait donné envie de lire Fleur, une histoire roumaine. Vous pouvez retrouver son avis ici.

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Corée du Sud Romans

Impossibles adieux – Han Kang

Traduction du coréen par Kyungran Choi et Pierre Bisiou – Éditions Grasset

Alors qu’elle envisageait quelques jours plus tôt de se suicider, Gyeongha est contactée par Inseon, une amie perdue de vue depuis plusieurs années. Immobilisée dans un hôpital de Séoul, celle-ci lui demande de se rendre chez elle, sur l’île de Jeju, pour prendre soin de son oiseau. Au cours de ce voyage en pleine tempête de neige, Gyeongha se remémore sa rencontre et son amitié avec Inseon. Dans la maison de son amie, elle découvre aussi l’histoire de la mère d’Inseon et de sa famille, qui fut celle de toute l’île victime de massacres à grande échelle en 1948.

J’ai déjà fait quelques incursions, jusqu’alors pas très concluantes, dans la littérature coréenne. J’ai par exemple abandonné Le vieux jardin de Sok-yong Hwang qui m’avait perdue par trop de références à l’Histoire de la Corée dont je ne sais à peu près rien et un style trop sec à mon goût.

L’Histoire est également au cœur d’Impossibles adieux, sans que cela soit problématique pour moi cette fois-ci, et Han Kang m’a totalement convaincue. J’ai aimé ses ellipses, son évocation extrêmement sensible de l’absence et des relations familiales ou amicales, sans oublier ses allers-retours entre une réalité très sensorielle et des épisodes oniriques. Pourtant, l’onirisme est facilement rédhibitoire pour moi… C’est dire si la plume de cette autrice a su me captiver.

Sur l’île de Jeju – photo de hsunny78 pour Pixabay

Je me suis certes renseignée un peu sur les événements évoqués en cours de lecture, mais j’aurais pu m’en passer. Les massacres perpétrés et leurs conséquences sur des régions et des générations entières sont malheureusement suffisamment répandus pour que ce texte ait une portée universelle. Le plus frappant, c’est peut-être finalement l’omerta totale qui a régné sur cette histoire dans tout le pays pendant des décennies.

Ce roman ne se limite pas à mettre en lumière ces faits tragiques et révoltants (ce qui serait déjà pas mal). Il n’en est d’ailleurs question qu’à partir de la deuxième moitié du texte. Han Kang s’attarde d’abord sur le mal-être de sa narratrice, sur sa relation presque sororale avec Inseon, et évoque en filigrane leur travail documentaire. Le tout avec une omniprésence de la neige et de sa blancheur que j’ai trouvée envoûtante.

En quelques mots : Han Kang a bien mérité son Prix Nobel (2024) si le reste de son œuvre est à l’avenant de ce magnifique roman.

D’autres avis sont à lire chez Anne-Yès, Sunalee, Jostein, Fanja, Wodka et Electra.

PS : Un grand merci à A. pour ce cadeau, une fois de plus très bien choisi !