Avril, c’est un Mois au Japon sur les blogs et c’est l’occasion rĂȘvĂ©e de vous parler de quelques mangas que j’ai lus et apprĂ©ciĂ©s. C’est un genre que j’aime vraiment beaucoup alors que j’ai longtemps eu des prĂ©jugĂ©s.

Des mangas sur les livres et la lecture
AprÚs avoir lu plusieurs merveilleux albums de Junichiro Taniguchi, je me suis initiée au manga au format plus classique en choisissant des séries pas trop longues et parlant de mes sujets de prédilection : les livres, la littérature et la lecture !

Dans cette catĂ©gorie, Le maĂźtre des livres d’Umiharu Shinohara est un incontournable. Cette sĂ©rie en 15 tomes se passe dans une bibliothĂšque jeunesse dont le principal bibliothĂ©caire est certes irritable, mais toujours d’excellent conseil : le livre qu’il recommande va chaque fois aider son lecteur (qui n’est pas toujours un enfant) Ă surmonter une difficultĂ©, rĂ©soudre un malentendu, etc. L’auteur explore plusieurs classiques de la littĂ©rature jeunesse mondiale et aborde les diffĂ©rents aspects du travail autour des livres, de l’Ă©dition au mĂ©tier de libraire, d’auteur-illustrateur ou de raconteur d’histoires grĂące au kamishibaĂŻ. C’est une lecture (grands-)parents-enfants idĂ©ale (Ă partir de 10 ans environ Ă mon avis) : le thĂšme parle Ă toutes les gĂ©nĂ©rations et permet aux plus ĂągĂ©s de partager leurs souvenirs de lecture des classiques Ă©voquĂ©s (Peter Pan, Du vent dans les saules, Les aventures de Huckleberry Finn, etc.) et d’y intĂ©resser les plus jeunes.
Ta d loi du cine en avait parlé lui aussi il y a quelques temps : https://dasola.canalblog.com/archives/2024/01/21/40158586.html

Je viens seulement de commencer Magus of the library (je vais attaquer le 3e tome) et je suis sous le charme. Bien que placĂ©s dans un contexte imaginaire mĂȘlant des dĂ©cors des 1001 nuits Ă des peuples autochtones amĂ©rindiens, le mĂ©tier de bibliothĂ©caire et le rĂŽle des bibliothĂšques y sont dĂ©crits avec prĂ©cision et un grand rĂ©alisme (mĂȘme si le concours de bibliothĂ©caire ne se dĂ©roule heureusement pas dans des conditions aussi extrĂȘmes que celui qui nous est montrĂ©đ). Pour la trame romanesque, on suit un jeune enfant aux oreilles pointues qui, suite Ă une rencontre digne des romans d’aventure dont il est friand, va comprendre qu’il peut lui aussi ĂȘtre un hĂ©ros et prendre son destin en main. J’ai hĂąte de dĂ©couvrir la suite !

Je n’ai lu que le 1er arc de cette sĂ©rie, c’est-Ă -dire sa 1re partie composĂ©e de 7 tomes. Le 2e arc est en cours de parution et devrait se terminer avec le tome 13. Suite Ă sa mort brutale, une jeune femme intĂšgre le corps d’une enfant maladive vivant Ă une Ă©poque et dans un lieu imaginaires (qui ressemblent cependant fortement Ă une ville europĂ©enne mĂ©diĂ©vale). Sa famille Ă©tant trĂšs pauvre, MaĂŻn n’a pas accĂšs Ă ce qui Ă©tait vital pour elle dans son existence antĂ©rieure : les livres. Elle va donc tenter d’en fabriquer par elle-mĂȘme malgrĂ© sa condition physique trĂšs prĂ©caire et les difficultĂ©s matĂ©rielles. Peu Ă peu, La petite faiseuse de livres va se faire toutes sortes d’alliĂ©s et amĂ©liorer le quotidien de ses proches grĂące aux savoirs acquis dans sa premiĂšre vie. Cette sĂ©rie s’adresse sans doute encore plus que les deux prĂ©cĂ©dentes Ă un public jeunesse, mais j’ai pris beaucoup de plaisir Ă sa lecture : quand on aime les livres, on ne peut que compatir au sort de MaĂŻn qui en est brutalement privĂ©e !
Adieu, mon utérus de Yuki Okada

On change totalement de registre ici avec le rĂ©cit autobiographique d’une mangaka. Jeune maman, elle n’a que 33 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’utĂ©rus. MalgrĂ© la couverture chibi (c’est-Ă -dire oĂč les personnages sont reprĂ©sentĂ©s comme des enfants), ce manga nous montre bien les montagnes russes que fait traverser une telle expĂ©rience. MĂ©decins brutaux ou empathiques, proches dĂ©semparĂ©s, crainte de parler de sa maladie au travail, relations avec d’autres patientes et avec sa propre mĂšre, l’autrice parle de tout cela sans pathos mais sans nier les moments difficiles, y compris de colĂšre ou de rejet des autres. Ce one-shot, autrement dit manga en un seul et unique volume, est trĂšs touchant et universel mĂȘme si certaines situations m’ont paru impensables de nos jours en Europe pour des trentenaires (mais peut-ĂȘtre que je me fais des illusions sur les progrĂšs en matiĂšre de paritĂ© hommes-femmes en particulier).
Songe d’une nuit ambrĂ©e, pour le plaisir des papilles

Les mangas tournant autour de la cuisine ou de boissons ont le vent en poupe. J’ai par exemple commencĂ© L’amour est dans le thĂ© pour en savoir plus sur la culture du thĂ©, de maniĂšre lĂ©gĂšre. Le premier tome Ă©tait intĂ©ressant de ce point de vue-lĂ avec de nombreuses explications grĂące Ă l’hĂ©roĂŻne, fille de cultivateurs de thĂ© qui revenait vivre dans l’exploitation familiale aprĂšs des annĂ©es d’absence. HĂ©las, dĂšs le tome 2, la romance prend de plus en plus de place et les pĂ©ripĂ©ties perdent toute crĂ©dibilitĂ©. Je n’ai pas poursuivi.
La sĂ©rie Songe d’une nuit ambrĂ©e de Masoho Murano (scĂ©nario) et de Nodoka Yoda (dessin) est bien plus rĂ©ussie. Il y est question de biĂšres artisanales et de tous les bons petits plats japonais qui peuvent s’accorder avec cette boisson (et si je ne suis pas fan de biĂšre, ça m’a sĂ©rieusement ouvert l’appĂ©tit pour tout le reste đ). C’est aussi l’histoire de 3 jeunes Japonais qui cherchent leur voie et tissent des liens d’amitiĂ©, d’abord par hasard puis par vĂ©ritable intĂ©rĂȘt partagĂ© pour la biĂšre artisanale. Ce n’est pas un manga rĂ©volutionnaire, mais cette petite bande d’amis est trĂšs sympathique et je les retrouve avec plaisir d’un tome Ă l’autre.
On trouve aussi de nombreuses sĂ©ries sur le sakĂ©, le vin, les burgers et sur l’univers des restaurants, l’une des plus connues Ă©tant certainement La cantine de minuit. J’ai donc encore beaucoup de mangas culinaires Ă lire…
Arte ou le manga Ă Florence

Encore un univers trĂšs diffĂ©rent ici, avec le destin d’Arte, jeune femme de bonne famille qui aspire Ă devenir artiste dans la Florence de la Renaissance. Bien que les femmes soient rejetĂ©es par la corporation des artistes, elle rĂ©ussit Ă trouver un maĂźtre qui accepte de la former. GrĂące Ă son regard de novice, on en apprend plus sur la recherche constante de commandes et de mĂ©cĂšnes qui incombe aux ateliers, sur le poids de la corporation, sur les intrigues politiques et les guerres qui font le quotidien de la vie Ă Florence. L’autrice du manga, Kei Ohkubo, apparaĂźt systĂ©matiquement en postface de chaque tome et nous donne un aperçu de la façon de travailler des mangakas, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet aussi Ă©loignĂ© de leur culture d’origine. C’est parfois trĂšs naĂŻf, mais c’est souvent Ă©clairant sur la culture japonaise.
Comme dans Magus of the library et La petite faiseuse de livres, j’ai Ă©tĂ© Ă©blouie par la richesse et la prĂ©cision saisissante des dĂ©cors, des tenues et des expressions des personnages. Comme c’est l’usage dans les mangas, seule la couverture est en couleurs. Toutes les pages intĂ©rieures sont en noir et en blanc, mais on l’oublie trĂšs vite devant la virtuositĂ© dont font preuve les mangakas.
Pour se détendre


J’apprĂ©cie aussi des mangas de pur divertissement comme la sĂ©rie Spy x family de Tatsuya Endo, avec sa famille fictive composĂ©e d’un espion, d’une tueuse et d’une petite fille tĂ©lĂ©pathe. Chacun(e) ignore ce que sont en rĂ©alitĂ© les autres membres de cette famille, ce qui les place dans des situations improbables et gĂ©nĂ©ralement trĂšs drĂŽles. MĂȘme si tous les tomes ne sont pas aussi rĂ©ussis, c’est une sĂ©rie que – comme Fanja – j’aime toujours retrouver. En revanche, fuyez l’adaptation en anime dont j’ai vu un Ă©pisode que je qualifierai de catastrophique.
Dans un style diffĂ©rent, je lis avec plaisir Les carnets de l’apothicaire, sĂ©rie (toujours en cours) dans laquelle les intrigues d’une cour impĂ©riale imaginaire nous sont racontĂ©es par le biais d’une jeune apothicaire prĂȘte Ă tout pour obtenir et tester les substances les plus toxiques, et qui doit souvent mener l’enquĂȘte. Il y a du suspense, de l’humour et lĂ encore des dĂ©cors et costumes splendides. Audrey, du blog Lightandsmell, en est aussi une lectrice.
La plupart de ces sĂ©ries sont trĂšs apprĂ©ciĂ©es, y compris des bibliothĂ©caires. On les trouve donc facilement en bibliothĂšque. Le principal problĂšme est qu’elles peuvent ĂȘtre trĂšs empruntĂ©es. Mon astuce personnelle : je rĂ©serve plusieurs tomes Ă la fois pour Ă©viter de me « casser le nez » lors de mes passages en bibliothĂšque et pouvoir enchaĂźner au moins 2 ou 3 volumes.
VoilĂ , c’Ă©tait un billet un peu long, dĂ©solĂ©e ! Mais j’espĂšre vous avoir donnĂ© envie d’essayer de lire des mangas si vous n’avez pas encore franchi le pas.




















