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Des mangas en veux-tu en voilĂ  !

Avril, c’est un Mois au Japon sur les blogs et c’est l’occasion rĂȘvĂ©e de vous parler de quelques mangas que j’ai lus et apprĂ©ciĂ©s. C’est un genre que j’aime vraiment beaucoup alors que j’ai longtemps eu des prĂ©jugĂ©s.

Des mangas sur les livres et la lecture

AprÚs avoir lu plusieurs merveilleux albums de Junichiro Taniguchi, je me suis initiée au manga au format plus classique en choisissant des séries pas trop longues et parlant de mes sujets de prédilection : les livres, la littérature et la lecture !

Dans cette catĂ©gorie, Le maĂźtre des livres d’Umiharu Shinohara est un incontournable. Cette sĂ©rie en 15 tomes se passe dans une bibliothĂšque jeunesse dont le principal bibliothĂ©caire est certes irritable, mais toujours d’excellent conseil : le livre qu’il recommande va chaque fois aider son lecteur (qui n’est pas toujours un enfant) Ă  surmonter une difficultĂ©, rĂ©soudre un malentendu, etc. L’auteur explore plusieurs classiques de la littĂ©rature jeunesse mondiale et aborde les diffĂ©rents aspects du travail autour des livres, de l’Ă©dition au mĂ©tier de libraire, d’auteur-illustrateur ou de raconteur d’histoires grĂące au kamishibaĂŻ. C’est une lecture (grands-)parents-enfants idĂ©ale (Ă  partir de 10 ans environ Ă  mon avis) : le thĂšme parle Ă  toutes les gĂ©nĂ©rations et permet aux plus ĂągĂ©s de partager leurs souvenirs de lecture des classiques Ă©voquĂ©s (Peter Pan, Du vent dans les saules, Les aventures de Huckleberry Finn, etc.) et d’y intĂ©resser les plus jeunes.

Ta d loi du cine en avait parlé lui aussi il y a quelques temps : https://dasola.canalblog.com/archives/2024/01/21/40158586.html

Je viens seulement de commencer Magus of the library (je vais attaquer le 3e tome) et je suis sous le charme. Bien que placĂ©s dans un contexte imaginaire mĂȘlant des dĂ©cors des 1001 nuits Ă  des peuples autochtones amĂ©rindiens, le mĂ©tier de bibliothĂ©caire et le rĂŽle des bibliothĂšques y sont dĂ©crits avec prĂ©cision et un grand rĂ©alisme (mĂȘme si le concours de bibliothĂ©caire ne se dĂ©roule heureusement pas dans des conditions aussi extrĂȘmes que celui qui nous est montrĂ©đŸ˜†). Pour la trame romanesque, on suit un jeune enfant aux oreilles pointues qui, suite Ă  une rencontre digne des romans d’aventure dont il est friand, va comprendre qu’il peut lui aussi ĂȘtre un hĂ©ros et prendre son destin en main. J’ai hĂąte de dĂ©couvrir la suite !

Je n’ai lu que le 1er arc de cette sĂ©rie, c’est-Ă -dire sa 1re partie composĂ©e de 7 tomes. Le 2e arc est en cours de parution et devrait se terminer avec le tome 13. Suite Ă  sa mort brutale, une jeune femme intĂšgre le corps d’une enfant maladive vivant Ă  une Ă©poque et dans un lieu imaginaires (qui ressemblent cependant fortement Ă  une ville europĂ©enne mĂ©diĂ©vale). Sa famille Ă©tant trĂšs pauvre, MaĂŻn n’a pas accĂšs Ă  ce qui Ă©tait vital pour elle dans son existence antĂ©rieure : les livres. Elle va donc tenter d’en fabriquer par elle-mĂȘme malgrĂ© sa condition physique trĂšs prĂ©caire et les difficultĂ©s matĂ©rielles. Peu Ă  peu, La petite faiseuse de livres va se faire toutes sortes d’alliĂ©s et amĂ©liorer le quotidien de ses proches grĂące aux savoirs acquis dans sa premiĂšre vie. Cette sĂ©rie s’adresse sans doute encore plus que les deux prĂ©cĂ©dentes Ă  un public jeunesse, mais j’ai pris beaucoup de plaisir Ă  sa lecture : quand on aime les livres, on ne peut que compatir au sort de MaĂŻn qui en est brutalement privĂ©e !

Adieu, mon utérus de Yuki Okada

On change totalement de registre ici avec le rĂ©cit autobiographique d’une mangaka. Jeune maman, elle n’a que 33 ans lorsqu’on lui diagnostique un cancer de l’utĂ©rus. MalgrĂ© la couverture chibi (c’est-Ă -dire oĂč les personnages sont reprĂ©sentĂ©s comme des enfants), ce manga nous montre bien les montagnes russes que fait traverser une telle expĂ©rience. MĂ©decins brutaux ou empathiques, proches dĂ©semparĂ©s, crainte de parler de sa maladie au travail, relations avec d’autres patientes et avec sa propre mĂšre, l’autrice parle de tout cela sans pathos mais sans nier les moments difficiles, y compris de colĂšre ou de rejet des autres. Ce one-shot, autrement dit manga en un seul et unique volume, est trĂšs touchant et universel mĂȘme si certaines situations m’ont paru impensables de nos jours en Europe pour des trentenaires (mais peut-ĂȘtre que je me fais des illusions sur les progrĂšs en matiĂšre de paritĂ© hommes-femmes en particulier).

Songe d’une nuit ambrĂ©e, pour le plaisir des papilles

Les mangas tournant autour de la cuisine ou de boissons ont le vent en poupe. J’ai par exemple commencĂ© L’amour est dans le thĂ© pour en savoir plus sur la culture du thĂ©, de maniĂšre lĂ©gĂšre. Le premier tome Ă©tait intĂ©ressant de ce point de vue-lĂ  avec de nombreuses explications grĂące Ă  l’hĂ©roĂŻne, fille de cultivateurs de thĂ© qui revenait vivre dans l’exploitation familiale aprĂšs des annĂ©es d’absence. HĂ©las, dĂšs le tome 2, la romance prend de plus en plus de place et les pĂ©ripĂ©ties perdent toute crĂ©dibilitĂ©. Je n’ai pas poursuivi.

La sĂ©rie Songe d’une nuit ambrĂ©e de Masoho Murano (scĂ©nario) et de Nodoka Yoda (dessin) est bien plus rĂ©ussie. Il y est question de biĂšres artisanales et de tous les bons petits plats japonais qui peuvent s’accorder avec cette boisson (et si je ne suis pas fan de biĂšre, ça m’a sĂ©rieusement ouvert l’appĂ©tit pour tout le reste 😜). C’est aussi l’histoire de 3 jeunes Japonais qui cherchent leur voie et tissent des liens d’amitiĂ©, d’abord par hasard puis par vĂ©ritable intĂ©rĂȘt partagĂ© pour la biĂšre artisanale. Ce n’est pas un manga rĂ©volutionnaire, mais cette petite bande d’amis est trĂšs sympathique et je les retrouve avec plaisir d’un tome Ă  l’autre.

On trouve aussi de nombreuses sĂ©ries sur le sakĂ©, le vin, les burgers et sur l’univers des restaurants, l’une des plus connues Ă©tant certainement La cantine de minuit. J’ai donc encore beaucoup de mangas culinaires Ă  lire…

Arte ou le manga Ă  Florence

Encore un univers trĂšs diffĂ©rent ici, avec le destin d’Arte, jeune femme de bonne famille qui aspire Ă  devenir artiste dans la Florence de la Renaissance. Bien que les femmes soient rejetĂ©es par la corporation des artistes, elle rĂ©ussit Ă  trouver un maĂźtre qui accepte de la former. GrĂące Ă  son regard de novice, on en apprend plus sur la recherche constante de commandes et de mĂ©cĂšnes qui incombe aux ateliers, sur le poids de la corporation, sur les intrigues politiques et les guerres qui font le quotidien de la vie Ă  Florence. L’autrice du manga, Kei Ohkubo, apparaĂźt systĂ©matiquement en postface de chaque tome et nous donne un aperçu de la façon de travailler des mangakas, en particulier lorsqu’ils abordent un sujet aussi Ă©loignĂ© de leur culture d’origine. C’est parfois trĂšs naĂŻf, mais c’est souvent Ă©clairant sur la culture japonaise.

Comme dans Magus of the library et La petite faiseuse de livres, j’ai Ă©tĂ© Ă©blouie par la richesse et la prĂ©cision saisissante des dĂ©cors, des tenues et des expressions des personnages. Comme c’est l’usage dans les mangas, seule la couverture est en couleurs. Toutes les pages intĂ©rieures sont en noir et en blanc, mais on l’oublie trĂšs vite devant la virtuositĂ© dont font preuve les mangakas.

Pour se détendre

J’apprĂ©cie aussi des mangas de pur divertissement comme la sĂ©rie Spy x family de Tatsuya Endo, avec sa famille fictive composĂ©e d’un espion, d’une tueuse et d’une petite fille tĂ©lĂ©pathe. Chacun(e) ignore ce que sont en rĂ©alitĂ© les autres membres de cette famille, ce qui les place dans des situations improbables et gĂ©nĂ©ralement trĂšs drĂŽles. MĂȘme si tous les tomes ne sont pas aussi rĂ©ussis, c’est une sĂ©rie que – comme Fanja – j’aime toujours retrouver. En revanche, fuyez l’adaptation en anime dont j’ai vu un Ă©pisode que je qualifierai de catastrophique.

Dans un style diffĂ©rent, je lis avec plaisir Les carnets de l’apothicaire, sĂ©rie (toujours en cours) dans laquelle les intrigues d’une cour impĂ©riale imaginaire nous sont racontĂ©es par le biais d’une jeune apothicaire prĂȘte Ă  tout pour obtenir et tester les substances les plus toxiques, et qui doit souvent mener l’enquĂȘte. Il y a du suspense, de l’humour et lĂ  encore des dĂ©cors et costumes splendides. Audrey, du blog Lightandsmell, en est aussi une lectrice.

La plupart de ces sĂ©ries sont trĂšs apprĂ©ciĂ©es, y compris des bibliothĂ©caires. On les trouve donc facilement en bibliothĂšque. Le principal problĂšme est qu’elles peuvent ĂȘtre trĂšs empruntĂ©es. Mon astuce personnelle : je rĂ©serve plusieurs tomes Ă  la fois pour Ă©viter de me « casser le nez Â» lors de mes passages en bibliothĂšque et pouvoir enchaĂźner au moins 2 ou 3 volumes.

VoilĂ , c’Ă©tait un billet un peu long, dĂ©solĂ©e ! Mais j’espĂšre vous avoir donnĂ© envie d’essayer de lire des mangas si vous n’avez pas encore franchi le pas.

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À propos

Bilan

Encore une année bloguesque qui est passée à toute allure !

Comme je le souhaitais, j’ai rĂ©ussi Ă  faire baisser drastiquement ma PAL. Je n’ai cependant pas tenu mes autres objectifs. Y parviendrai-je d’ici avril 2027 ? Pour la LC autour de Karel Čapek, cela devrait ĂȘtre possible grĂące Ă  la RentrĂ©e Ă  l’Est qui sera tchĂšque et slovaque cette annĂ©e. Pour le reste, qui vivra verra 😊.

J’ai fait beaucoup de bonnes et trĂšs bonnes lectures cette annĂ©e, mais les coups de cƓur immĂ©diats ou rĂ©trospectifs ont Ă©tĂ© plus rares. Je me contenterai donc cette fois-ci d’un TOP 5 :

J’ai continuĂ© mon tour du monde avec quelques nouvelles destinations :

Et voici le podium des 3 destinations les plus lues au cours des 12 derniers mois sur ce blog :

Évidemment, mes listes d’envies restent, elles, plĂ©thoriques et je n’en ai sĂ©lectionnĂ© que quelques-unes pour alimenter ma liste d’envies virtuelle que vous retrouverez ici. Faites-moi signe pour une lecture commune si nous avons un mĂȘme roman en ligne de mire !

À bientît,

Sacha

PS : Cette annĂ©e encore, un grand merci Ă  Émilie pour ses graphismes !

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Autriche Romans

La mĂ©lodie de Vienne – Ernst Lothar

Ce petit pavĂ© m’a permis de dĂ©couvrir Ernst Lothar, Ă©crivain viennois contemporain de Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, entre autres. Il aurait pu s’intituler « Une maison viennoise » tant la villa qui abrite (enferme ?) la famille Alt est le fil conducteur de ce roman qui se dĂ©roule de 1888 Ă  1938.

Personnellement, je trouve cette couverture trĂšs « nunuche », ce que n’est pas du tout le roman.

« L’Autriche est une communautĂ© obligĂ©e, ça ne t’avait jamais frappĂ© ? Une cohabitation d’élĂ©ments disparates ! Les TchĂšques dĂ©testent les Allemands, les Polonais les TchĂšques, les Italiens les Allemands, les SlovĂšnes les Slovaques, les RuthĂšnes les SlovĂšnes, les Serbes les Italiens, les Roumains les RuthĂšnes. Et les Hongrois tout ce qui n’est pas eux – extra Hungariam non est vita et si est vita, non est ita ! Ce que tu as concoctĂ© dans ce devoir de baccalaurĂ©at dont tu es si fier est complĂštement absurde ! Qu’est-ce que ça veut dire finalement « l’Autrichien » ? Ça n’existe pas ! C’est une appellation inventĂ©e par les Habsbourg pour justifier leur pouvoir ! »

La famille Alt possĂšde une manufacture de piano aurĂ©olĂ©e de gloire grĂące Ă  Mozart, ce qui me permet de participer avec cette lecture Ă  l’activitĂ© Sing me a song proposĂ©e par Sunalee. Le théùtre, la musique et les bals sont prĂ©sents Ă©galement puisque nous sommes Ă  Vienne Ă  l’apogĂ©e de son rayonnement artistique. La peinture est elle aussi au programme, avec une scĂšne assez hilarante dans laquelle apparaĂźt un, hĂ©las bien trop connu, petit moustachu hargneux dĂ©pourvu de talent qui se verra refuser l’entrĂ©e Ă  l’École des Beaux-Arts.


Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes malgrĂ© ce bouillonnement artistique. La rĂ©volte gronde dans les vastes contrĂ©es de l’Empire et, bientĂŽt, dans toute l’Europe. Le prince hĂ©ritier se suicide et son pĂšre reste sur le trĂŽne tel une poupĂ©e de cire figĂ©e dans un autre siĂšcle. Et quelques dĂ©cennies plus tard, ce sera l’Anschluss et la fin d’une Ă©poque.

Une belle Ă©criture, vive et moderne et un contexte passionnant rendent ce roman trĂšs intĂ©ressant. Pourtant, je suis restĂ©e sur ma faim. Je pense que trop de rĂ©fĂ©rences m’ont Ă©chappĂ© : l’auteur part du principe que nous connaissons tout ce petit monde, et ni le traducteur ni l’éditeur n’ont jugĂ© nĂ©cessaire de donner quelques prĂ©cisions chronologiques ou dynastiques. RĂ©sultat : j’ai parfois Ă©tĂ© frustrĂ©e de ne pas tout saisir du contexte politique et me suis ennuyĂ©e lors de certains passages. Par ailleurs, j’ai eu du mal Ă  comprendre les personnages principaux et ne me suis attachĂ©e Ă  aucun d’eux, ce qui est un peu gĂȘnant pour moi dans une saga familiale, mĂȘme si elle est surtout une mĂ©taphore de « la chute de la Maison Autriche » bien plus que l’évocation d’une famille de chair et de sang. Mais cela a eu pour effet de manquer un peu de corps pour moi.

Anniemots a Ă©tĂ© emballĂ©e pour sa part et je vous invite donc Ă  dĂ©couvrir son avis qui m’avait poussĂ©e Ă  noter ce livre aussitĂŽt.

Pour accompagner ce billet et parce que Mahler apparaĂźt dans le roman (quelques personnages assistent Ă  un concert dirigĂ© par le compositeur himself ), j’ai choisi sa symphonie no 2, que je trouve bien dans l’esprit du roman, oscillant entre grandiloquence et intĂ©rioritĂ©.

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Argentine

Sept maisons vides – Samantha Schweblin

Traduction de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon – Éditions Grasset

AurĂ©olĂ© du National Book Award du meilleur livre Ă©tranger 2022, ce livre a attirĂ© mon regard en bibliothĂšque grĂące Ă  sa couverture d’un rose pimpant. Son petit nombre de pages (174) m’a ensuite convaincue de l’emprunter : encore une bonne occasion de participer aux Gravillons de Sibylline.

Alors, qu’a donnĂ© cette pĂȘche au hasard des rayonnages ? Ma foi, j’ai fait lĂ  une lecture originale et intrigante. Car dans ce recueil de nouvelles « domestiques » venues d’Argentine, la folie ne semble jamais loin. Et l’autrice nous mĂ©nage de petites surprises et des chutes fort habiles.

Pas de rĂ©alisme magique, d’incursion fantastique ou autre approche littĂ©raire « sud-amĂ©ricaine » : c’est avec une Ă©criture vive et d’un naturel trompeur que Samantha Schweblin distille un malaise plus ou moins lĂ©ger autour des personnages et des maisons au centre de ses nouvelles. De longueur variables (de 6 Ă  80 pages), ces textes laissent une impression trouble, parfois dĂ©rangeante, et toujours intĂ©ressante.

Plusieurs protagonistes ont de toute Ă©vidence un grain, ce qui est Ă©videmment propice Ă  des situations assez improbables, mais aussi (trĂšs) tendues. On rencontre ainsi une femme qui s’introduit dans des maisons et jardins pour y dĂ©placer des objets, des grands-parents qui aiment se promener nus dans leur jardin (et ça ne plaĂźt pas Ă  tout le monde), une vieille dame souffreteuse que la dĂ©mence rend paranoĂŻaque… De quoi mĂ©diter sur la normalitĂ© apparente dans nos sociĂ©tĂ©s policĂ©es.

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Algérie France Romans

Le dĂ©sert ou la mer – Ahmed Tiab

Éditions de l’Aube

NotĂ© sur les conseils de Fabienne, Le dĂ©sert ou la mer est un roman noir mettant en scĂšne un policier intĂšgre qui enquĂȘte sur la mort d’Africains littĂ©ralement Ă©chouĂ©s sur les cĂŽtes oranaises. Car lorsque les routes habituelles de l’immigration sont perturbĂ©es par des guerres civiles, les migrant dĂ©sespĂ©rĂ©s sont prĂȘts Ă  tenter la traversĂ©e vers l’Europe depuis l’AlgĂ©rie, pour le plus grand bonheur des trafiquants locaux.

Commençons par les points forts : Le personnage de KĂ©mal Fadil m’a plu. ÉlevĂ© par une mĂšre peu conventionnelle, honnĂȘte (une vraie qualitĂ© quand on travaille dans un systĂšme aussi corrompu) et sachant s’entourer de collĂšgues-amis hauts en couleur, il est tenace, sensible et intelligent, sans en faire trop. Le dĂ©cor est trĂšs bien plantĂ©, c’est rĂ©aliste et Ă©vocateur. Oran dĂ©voile son histoire et ses multiples facettes d’aujourd’hui. Le parcours des migrants depuis le Niger est visiblement trĂšs documentĂ©. Le lien entre ce trafic d’ĂȘtres humains et une autre filiĂšre mafieuse m’a par ailleurs semblĂ© une excellente idĂ©e.

Pourtant, j’ai bien failli arrĂȘter ma lecture Ă  plusieurs reprises, surtout dans le premier tiers. Premier point : je commence Ă  me lasser des romans policiers construits avec un chapitre dans le prĂ©sent, un chapitre dans le passĂ©, surtout quand la pĂ©riode la moins traitĂ©e est celle de l’enquĂȘte. DeuxiĂšme point, beaucoup plus gĂȘnant : Les invraisemblances se multiplient Ă  Niamey, avec les « dĂ©cisions Â» prises par le personnage d’Ali, les derniĂšres paroles de celle qu’il aime en secret, etc. Tout ça m’a paru trĂšs maladroit, voire risible.

J’ai tenu bon parce que le sujet me semblait le mĂ©riter et parce que le roman retrouve ensuite une certaine crĂ©dibilitĂ©, mais il y a – en plusieurs endroits du rĂ©cit – d’autres passages incongrus, avec des sous-intrigues bizarres dont je n’ai pas compris l’intĂ©rĂȘt. À mon avis, elles compliquent inutilement la lecture. Et puis que dire de ce coup de foudre pour une jeune femme entr’aperçue alors qu’elle est dans un Ă©tat absolument piteux, et surtout qui est encore trĂšs, trĂšs jeune par rapport Ă  celui qui la convoite. Je ne parlerai mĂȘme pas du fait qu’il n’hĂ©site pas Ă  lui octroyer un traitement de faveur simplement parce qu’elle lui a tapĂ© dans l’Ɠil …

Des polars Ă  foison et de tous horizons sont lus cet hiver dans le cadre de l’Hiver polar chez Je lis, je blogue.

Bref, le thĂšme est intĂ©ressant, l’enquĂȘteur est (aurait pu ĂȘtre ?) un personnage prometteur et l’auteur sait crĂ©er des ambiances. Malheureusement, Ă  vouloir traiter trop de sujets et de personnages, il se disperse, tombe parfois dans les clichĂ©s et perd en crĂ©dibilitĂ©.

Le dĂ©sert et la mer se passe bien aprĂšs la DĂ©cennie noire, mais il en est largement question et cela m’a rappelĂ© un polar algĂ©rien d’un tout autre calibre sur cette pĂ©riode : Morituri, de Yasmina Khadra. Si vous ne devez en lire qu’un, optez sans hĂ©siter pour cette enquĂȘte du commissaire Llob plutĂŽt que Le dĂ©sert ou la mer, honnĂȘte mais qui n’ose pas aller jusqu’au bout de la noirceur que son sujet rĂ©clame.

Sharon, Belette 2911 et Fabienne sont d’un tout autre avis que moi 😁 : les goĂ»t et les couleurs, tout ça, tout ça !

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Mongolie Romans

Dojnaa – Galsan Tschinag

Traduction de l’allemand par Dominique Petit et Françoise Toraille – Éditions Philippe Picquier

Le challenge des gravillons proposĂ© par Sibylline Ă©tait l’occasion idĂ©ale pour sortir de ma PAL ce court roman qui y dort depuis prĂšs de 3 ans !

Entre deux polars, je m’attendais Ă  ce qu’il m’offre une grande bouffĂ©e d’air frais et un dĂ©paysement bienvenu. Alors, certes, on est sous une yourte mongole, mais l’histoire qui nous est racontĂ©e est en quelque sorte « #metoo dans la steppe Â» (et avant l’heure puisque le roman a paru pour la 1re fois en 2001). Le propos est donc d’une actualitĂ© frappante (masculinisme quant tu nous tiens) et pas lĂ©ger-lĂ©ger.

Les gravillons sont chez Sibylline jusqu’au 20 mars !

Galsan Tschinag est un auteur mongol, et plus prĂ©cisĂ©ment touvain (les Touva sont un peuple turcique de Mongolie), qui a vĂ©cu en Allemagne, y a Ă©tudiĂ© et Ă©crit en langues mongole et allemande. Il sait de quoi il parle et n’idĂ©alise pas la vie nomade, sans la rejeter. Dans ce roman, il montre surtout les mĂąles sous leur jour le plus rustre, pour ne pas dire animal. La pauvre Dojnaa est ainsi mariĂ©e Ă  Doormak, que je qualifierai de sale type, pour le moins :

« Une fois de plus, il avait le sentiment qu’elle l’agressait, que son statut de mari Ă©tait menacĂ©, prĂȘt Ă  s’effondrer et Ă  sombrer dans le ridicule. Il crut qu’il lui fallait se dĂ©fendre, ce qu’il fit sur-le-champ : il lui flanqua une gifle retentissante. (…) Il Ă©prouvait la mĂȘme chose qu’un chien qui a terrassĂ© un loup plus par inadvertance que volontairement. Et tout comme le chien, il n’avait pas de plus cher dĂ©sir que de recommencer Ă  la premiĂšre occasion. Â»

Longtemps, Dojnaa accepte de « rester Ă  sa place Â», par respect des traditions, parfois par pitiĂ© pour ce mari si puĂ©ril, et surtout par dĂ©pendance affective et matĂ©rielle (un scĂ©nario bien connu des violences conjugales). Et puis, un jour, Doormak s’en va et, cette fois, ne revient pas. Dojnaa va alors renouer avec sa vraie nature, celle d’une chasseuse, d’une force de la nature, le roman prenant alors un tour initiatique, presque mystique.

Je m’attendais Ă  un roman un peu contemplatif, avec force descriptions de la nature et faisant de Dojnaa une « femme forte » luttant contre l’adversitĂ©. Or, c’est bien plus dynamique, subtil et complexe que ça. Galsan Tschinag est un auteur Ă  dĂ©couvrir, Ă  la langue parfaitement accessible et dĂ©licate. Je reviendrai certainement vers son Ɠuvre, d’autant que j’ai repĂ©rĂ© La fin du chant chez Cath L.

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NorvĂšge Romans

Cairns – Martin Baldysz

Traduction du norvĂ©gien par Marina Heide – Éditions Paulsen

DĂ©couvert chez Aifelle, Cairns est un roman au charme Ă©trange, dont j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© l’ambiance, mais moins la fin m’a un peu « cueillie Ă  froid ». Je suis donc particuliĂšrement curieuse de connaĂźtre l’avis d’Ingannmic qui s’est jointe Ă  moi pour cette lecture.

J’ai aimĂ© suivre les pensĂ©es de Reidar-le-Montagnard, aussi connu sous le surnom moins flatteur de Reidar-le-Marginal, un fermier solitaire portĂ© sur la bouteille. Un homme qui a parfois des envies d’ailleurs, un ĂȘtre Ă  l’ñme peut-ĂȘtre sensible qui accepte d’accompagner en montagne le nouveau pasteur de la communautĂ©. Celui-ci est dĂ©cidĂ© Ă  partir Ă  la rencontre de Kirsten Nesse, une bergĂšre qui aurait assassinĂ© un chasseur un an plus tĂŽt. Est-elle bien vivante comme l’affirment des villageois ou est-elle devenue une huldra, sĂ©duisante crĂ©ature du folklore nordique ?

Cairns est un roman court qui me permet une nouvelle participation aux Gravillons de l’hiver chez Sibylline.

Dans cette montagne hostile et d’une beautĂ© Ă  couper le souffle, les deux hommes tĂąchent d’accorder leurs pas, Ă  dĂ©faut de leurs pensĂ©es qui restent fermĂ©es Ă  l’autre. Mais le danger n’est jamais loin en montagne, et Reidar n’est pas un guide aussi fiable qu’il le pensait, prĂ©occupĂ© qu’il est par les rĂȘves Ă©tranges qui le poursuivent Ă  propos de ce qui est arrivĂ© Ă  Kirsten. La fin (que je ne dĂ©voilerai pas) m’a prise de court et fort peu Ă©mue, je dois dire. Son cĂŽtĂ© mystĂ©rieux s’inscrit parfaitement dans l’esprit du roman et n’est ni surprenant, ni gĂȘnant, mais j’ai eu le sentiment que quelque chose m’avait Ă©chappĂ© et que l’auteur ne m’avait pas donnĂ© assez d’indices sur un point. C’était sans doute volontaire, et c’est aussi ce qui fait le charme des romans courts. Ici, cela a cependant un peu terni mes impressions (frustration quand tu nous tiens !).

Céline recense les lectures scandinaves. Vous trouverez donc chez elle une vaste bibliographique nordique !

Qui aime la randonnĂ©e en montagne, les paysages nordiques spectaculaires, les contes intemporels et les bergers taiseux, y trouvera probablement son compte. Dans cette catĂ©gorie de roman, ma prĂ©fĂ©rence va cependant encore et toujours au petit bijou qu’est Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson (qui, avec ses 70 petites pages, pourrait ĂȘtre qualifiĂ© de gravillonnet 😋).

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GrĂšce Romans

Liquidations Ă  la grecque – Petros Markaris

Traduction du grec par Michel Volkovitch – Éditions du Seuil

Je voulais commencer les enquĂȘtes du commissaire Charitos dans l’ordre
 et bien c’est ratĂ© ! Car si ce tome est bien le 1er d’une trilogie consacrĂ©e Ă  la crise grecque, il n’est pas le 1er de la sĂ©rie. Peu importe, j’ai passĂ© un excellent moment dans une AthĂšnes pourtant secouĂ©e par des meurtres hors normes et une violente crise Ă©conomique. Il faut dire que j’Ă©tais en bonne compagnie puisque Keisha et Patrice m’ont accompagnĂ©e pour une LC sous les auspices de l’Hiver polar proposĂ© par Alexandra.

Je prĂ©fĂšre cette couverture du format poche paru chez Cambourakis Ă  celle de l’Ă©dition que j’ai lue :-D.

Kostas Charitos est un policier gourmet et un peu rĂąleur, mais/et donc Ă©minemment sympathique. Il m’a rappelĂ© le commissaire Montalbano, ressemblance que relevait dĂ©jĂ  Jean-Marc chez qui j’ai repĂ©rĂ© ce roman. ComposĂ©e de sa femme aussi acariĂątre que gĂ©nĂ©reuse, de sa fille tout feu tout flamme pour dĂ©fendre les plus vulnĂ©rables (et soutenir une Ă©quipe de foot) et de son gendre mĂ©decin au tempĂ©rament philosophe, sa famille est trĂšs prĂ©sente tout au long du roman, et c’est un vĂ©ritable atout. GrĂące Ă  ça, on s’attache vite Ă  notre enquĂȘteur tout en profitant de points de vue variĂ©s sur une situation qui n’est clairement pas rose dans la GrĂšce des annĂ©es 2000, que ce soit pour les retraitĂ©s, les Ă©tudiants, les fonctionnaires ou les entrepreneurs.

Les victimes « liquidées » ici sont de hauts responsables du monde de la finance. Comme si cela ne suffisait pas, un petit malin, rapidement surnommé « Robin des banques » par la presse, encourage la population à ne pas rembourser ses emprunts. Les choses risquent donc de dégénérer trÚs vite et notre commissaire a pour le moins la pression.

Un hiver polar, c’est chez Je lis, je blogue jusqu’au 20 mars

Une fois n’est pas coutume, j’ai dĂ©masquĂ© le coupable quelques chapitres avant l’enquĂȘteur, mais cela ne m’a pas gĂąchĂ© le plaisir. L’essentiel du roman est ailleurs : dans sa galerie de personnages, du journaliste intĂšgre aux diffĂ©rents suspects en passant par les collĂšgues et les proches de Kostas Charitos, et surtout dans le tableau social et Ă©conomique qu’il dresse et qui – actualitĂ© oblige – n’a pas manquĂ© de me faire penser Ă  notre situation budgĂ©taire nationale 



Liquidations Ă  la grecque est un trĂšs bon roman et je n’en ai pas fini avec Petros Markaris qui a dĂ©jĂ  un certain nombre d’adeptes sur la blogosphĂšre : Alex, CathL, Dasola, Doudoumatous