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Allemagne Romans

DĂ©compression – Juli Zeh

Traduction de l’allemand par Matthieu Dumont – Actes Sud

Avec Nouvel An, j’avais embarquĂ© aux Canaries grĂące Ă  Juli Zeh que j’ai suivie avec encore plus d’enthousiasme dans le Brandebourg quelques temps plus tard. Dans DĂ©compression, nous voici de retour Ă  Lanzarote, mais cette lecture a fait pschitt pour moi.

Je vous rĂ©sume l’histoire : Sven, qui approche de la quarantaine, a quittĂ© l’Allemagne Ă  la fin de ses Ă©tudes (pour des raisons que j’ai trouvĂ©es franchement lĂ©gĂšres). Il s’est Ă©tabli comme moniteur de plongĂ©e sur l’Ăźle espagnole de Lanzarote oĂč il vit et travaille avec Antje, adorable jeune femme sans laquelle il aurait du mal Ă  faire tourner la boutique (et dont je me demande bien ce qu’elle lui trouve 🙄). Arrive un couple de Berlinois pas clairs qui rĂ©serve ses services exclusifs pendant 2 semaines complĂštes. En gros, la relation de ces touristes est complĂštement toxique et rapidement, Sven, qui est le narrateur, ne sait pas sur quel pied danser avec eux.

Sauf que Jola, la jeune et fascinante actrice qui forme la moitiĂ© de ce duo – que je qualifierai d’infernal -, nous donne aussi son point de vue rĂ©guliĂšrement Ă  travers des extraits de son journal. Et Sven y apparaĂźt sous un jour trĂšs diffĂ©rent de celui qu’il nous prĂ©sente đŸ€š. Ajoutez Ă  cela des scĂšnes de tension extrĂȘme, notamment lors de sĂ©ances de plongĂ©e oĂč tout peut Ă©videmment basculer en une seconde, et vous aurez compris qu’il est difficile de ne pas tourner les pages pour savoir comment cette histoire va pouvoir se terminer, qui dit vrai, qui manipule l’autre (et les lecteurs au passage), etc.

Bref, c’est habilement construit, mais manque singuliĂšrement d’originalitĂ©. J’ai eu une dĂ©sagrĂ©able impression de dĂ©jĂ -vu ou plutĂŽt de dĂ©jĂ -lu, en particulier avec ces personnages-narrateurs peu fiables, voire borderline. J’avais probablement trop d’attentes vis-vis de Juli Zeh qui a Ă©crit beaucoup plus fin et plus fort Ă  mon avis.

Keisha a lu DĂ©compression l’an dernier et son avis Ă©tait beaucoup plus positif que le mien, donc n’hĂ©sitez pas Ă  aller sur son blog pour un autre son de cloche. D’ailleurs, grĂące son billet, je vois que je peux inscrire cette petite chronique non seulement aux Feuilles allemandes, mais aussi au Book trip en mer de Fanja đŸšŁâ€â™€ïž.

PS : Arte.tv diffuse en ce moment Juli Zeh, forte tĂȘte de la littĂ©rature, un portrait de cette Ă©crivaine qui se confronte aux rĂ©alitĂ©s sociales de son pays et de son Ă©poque dans ses romans, mais aussi dans son travail de juge.

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GrĂšce Romans

Le plongeur – Minos Efstathiadis

Traduction du grec par Lucile Arnoux-Farnoux – Actes Sud

VoilĂ  un polar qui commence de maniĂšre plutĂŽt classique, et mĂȘme en clin d’Ɠil aux romans noirs, avec un dĂ©tective au bord de la faillite et pas mal alcoolique auquel il ne manque qu’un impermĂ©able et un chapeau de feutre. Le vent, le froid et la pluie sont aussi de la partie : nous ne sommes certes pas Ă  Chicago ou New-York, mais la mĂ©tĂ©o Ă  Hambourg en plein mois de janvier n’est pas clĂ©mente non plus.

Chris Papas (dont l’assistante est une certaine Mme Queneau) se voit confier une mission de surveillance a priori banale, et l’enquĂȘte comme le roman dĂ©marrent plutĂŽt doucement. Mais les choses vont s’accĂ©lĂ©rer avec la mort soudaine du client de Papas. Ce dernier retourne alors dans son PĂ©loponnĂšse natal en espĂ©rant fuir les questions de la police allemande et retrouver l’objet de sa filature. LĂ , les Ă©vĂ©nements s’enchaĂźnent Ă  toute allure, l’auteur tissant sa toile avec une grande habiletĂ© jusqu’aux rĂ©vĂ©lations finales aussi atroces que passionnantes.

Au-delĂ  de l’enquĂȘte, ce portrait d’une GrĂšce du dĂ©but des annĂ©es 2000 en proie Ă  la crise financiĂšre et malmenĂ©e par ses partenaires europĂ©ens, l’Allemagne en tĂȘte, est extrĂȘmement intĂ©ressant. Minos Efstathiadis Ă©voque habilement les relations complexes entre la GrĂšce et l’Allemagne, notamment grĂące Ă  plusieurs de ses personnages ayant un pied dans chaque pays, Ă  l’image de son dĂ©tective binational, mais aussi en revenant sur l’histoire tourmentĂ©e de ces deux pays, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale.

Carole Raddato (CC BY-SA)

La tragĂ©die grecque est un autre fil rouge de ce roman. De maniĂšre explicite avec des rĂ©fĂ©rences Ă  l’Agamemnon d’Eschyle et un dilemme moral central dans les Ă©vĂ©nements abordĂ©s, et de façon plus subtile avec une Ă©vocation Ă  double sens de la « Maison de la vĂ©ritĂ© ».

Autant dire que ce roman est riche, en action comme en réflexion, malgré ses quelque 200 pages seulement.

Une idĂ©e piochĂ©e chez Doudoumatous dont vous trouverez l’avis ici.

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Romans Zimbabwe

Le meilleur coiffeur de Harare – Tendai Huchu

Traduction de l’anglais par Odile Ferrard- ZOE Éditions

RĂ©pĂ©rĂ© chez Ingannmic et Fanja, Le meilleur coiffeur de Harare est Ă  nouveau une belle trouvaille chez ZOE Éditions. Ce roman est dĂ©paysant Ă  souhait et, sous une apparence lĂ©gĂšre, fait dĂ©couvrir la rĂ©alitĂ© sociale – loin d’ĂȘtre rose – du Zimbabwe.

Vimbai est une coiffeuse au caractĂšre bien trempĂ© qui rĂšgne sur le salon de coiffure de Mme Khumalo. Mais derriĂšre une apparence de femme forte se cachent bien des fragilitĂ©s. Elle mĂšne une vie trĂšs solitaire, est confrontĂ©e au quotidien aux violences sexistes et aux pĂ©nuries alimentaires, Ă©lĂšve seule sa fille et se ronge les sangs pour leur avenir dans un pays oĂč la situation Ă©conomique est absolument catastrophique, et le mot est faible.

« Les pilleurs de tombes ne chĂŽmaient pas, si bien que les obsĂšques Ă©taient devenues un vĂ©ritable exercice de prĂ©vention des vols. Le jour oĂč nous avions enterrĂ© Robert, les fossoyeurs avaient griffĂ© le cercueil avant de l’abaisser en terre, de maniĂšre Ă  ce qu’il ne prĂ©sente aucune valeur aux yeux de qui aurait eu l’intention de le dĂ©terrer et de le revendre. Â»

Et voilĂ  que dĂ©boule dans la vie de Vimbai le pĂ©tillant Dumi, une vraie boule de charme et d’Ă©nergie qui va la dĂ©trĂŽner dans le monde de la coiffure. Incapable de lui rĂ©sister malgrĂ© ce coup dur pour son ego, la jeune femme s’attache de plus en plus Ă  ce reprĂ©sentant d’une classe sociale trĂšs Ă©loignĂ©e de la sienne.

Vimbai n’est pas particuliĂšrement sympathique au premier abord. Au fur et Ă  mesure, on comprend mieux pourquoi elle peut paraĂźtre si dure et j’ai Ă©tĂ© ravie qu’elle retrouve de la joie de vivre et prenne confiance en elle. Il y a de ce point de vue-lĂ  un petit cĂŽtĂ© « conte de fĂ©es Â» plutĂŽt bien assumĂ© et, surtout, largement contrebalancĂ© par des observations sociales rĂ©voltantes. Mon sang n’a fait qu’un tour Ă  de nombreuses reprises ! PauvretĂ©, corruption, violences politiques, racisme …, l’auteur aborde tous les sujets sans tabou et les intĂšgre sans lourdeur Ă  son rĂ©cit.

C’est un roman qui se lit tout seul, avec des situations amusantes et d’autres graves, un peu de suspense et des retournements de situation qui rythment agrĂ©ablement la lecture. Et on apprend beaucoup au passage, y compris sur la ville de Harare. Cela me permet d’ailleurs d’inscrire Le meilleur coiffeur de Harare Ă  la fois au rendez-vous du Mois africain chez Jostein et aux lectures urbaines Sous les pavĂ©s, les pages chez Ingannmic et Athalie.

Vous vous demandez si ce roman peut vous plaire ? Alors, je vous conseille d’aller en lire les premiĂšres pages sur le site de la maison d’Ă©dition, Ă  cette adresse : https://editionszoe.ch/livre/le-meilleur-coiffeur-de-harare-poche/#favorites

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Bulgarie Littérature jeunesse Romans

Voyage dans la terre d’en bas – Les aventures de Baptiste, dĂ©tective privĂ©

Texte de Yulka & illustrations de Yana LĂ©viĂ©va Traduction du bulgare par Eli – Éditions Élitchka

Pour terminer avec un peu de lĂ©gĂšretĂ© et de traditions bulgares, je vous propose d’embarquer pour un voyage en Terre d’en bas aux cĂŽtĂ©s d’un petit bonhomme ventripotent de 33 ans qui vit toujours chez ses parents et que son patron vient de renvoyer au motif qu’il est « le pire dĂ©tective qu’il ait jamais embauchĂ© Â».

Le dĂ©nommĂ© Baptiste se retrouve donc propulsĂ© dans un pays loin d’ĂȘtre toujours merveilleux, pour y mener une enquĂȘte tout sauf banale : il a Ă©tĂ© chargĂ© de retrouver les contes qui ont disparu de la surface de la Terre du milieu (qui n’est pas celle de Tolkien, bien qu’on puisse imaginer un clin d’Ɠil de l’autrice).

AccompagnĂ© de sa fidĂšle souris tricoteuse, il croise de nombreux personnages du folklore bulgare (un vampire bien sĂ»r, la Lamie, la Khala… qui sont prĂ©sentĂ©s en dĂ©tail en fin d’ouvrage) ainsi que des crĂ©atures plus universelles (Maman ourse, Roule-galette, des ondines…). Pas spĂ©cialement courageux ni dĂ©brouillard, Baptiste va cependant braver bien des dangers et affronter peut-ĂȘtre ses pires ennemis : sa paresse et son mauvais caractĂšre !

Ce roman jeunesse illustrĂ© – conseillĂ© pour les 9-12 ans – est superbe ! Dans un trĂšs agrĂ©able format souple de 23×16 cm, il regorge de magnifiques dĂ©cors pleine page et d’illustrations qui se glissent ici et lĂ . Avec son texte aĂ©rĂ© (nombreux dessins mais aussi large interligne, police de caractĂšre trĂšs lisible et dĂ©coupage en chapitres courts), il me semble parfait pour des enfants encore impressionnĂ©s Ă  l’idĂ©e de lire un « vrai » roman. Et Baptiste, le anti-hĂ©ros, change agrĂ©ablement des chevaliers sans peur et sans reproche ! Il y a du frisson, de l’amitiĂ©, de la solidaritĂ©. Bref, tous les ingrĂ©dients d’une excellente lecture jeunesse. Un petit jeu, rappelant le jeu de l’oie, accompagne mĂȘme le livre pour prolonger l’aventure.

Avec ce roman, j’ai dĂ©couvert Elitchka, une micro-maison d’Ă©dition basĂ©e en Alsace qui se consacre Ă  diffuser la littĂ©rature jeunesse bulgare en France, y compris avec des ouvrages bilingues. Je vous recommande d’aller faire un tour sur son site oĂč les livres publiĂ©s sont tous plus beaux les uns que les autres. Ai-je mentionnĂ© que Yulka, qui signe le texte ici, a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e Ă  plusieurs reprises (hĂ©las sans succĂšs pour l’instant) pour le prix Astrid Lindgren ? Cela vous donne une idĂ©e de la qualitĂ© de son travail !

PS : Ainsi s’achĂšve mes chroniques bulgares Ă  l’occasion de la RentrĂ©e Ă  l’Est. Rendez-vous mi-octobre pour le bilan de nos billets Ă  toutes et tous !

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Bulgarie Romans

MÚres- Théodora Dimova

Traduit du bulgare par Marie Vrinat – Éditions des Syrtes

De ThĂ©odora Dimova, j’ai dĂ©jĂ  lu le fantastique roman Les dĂ©vastĂ©s qui Ă©tait entrĂ© dans mon TOP 10 de l’annĂ©e 2023-2024. Eva m’avait alors conseillĂ© un roman antĂ©rieur de cette autrice : MĂšres. Je me suis bien sĂ»r empressĂ©e de me le procurer et il attendait sagement cette RentrĂ©e bulgare pour enfin sortir de mes Ă©tagĂšres.

Cette fois, ThĂ©odora Dimova s’intĂ©resse Ă  la Bulgarie postcommuniste Ă  travers un petit groupe d’adolescentes et d’adolescents. Leur point commun : Ă©lĂšves dans une mĂȘme classe, ils ont pour professeure Yavora qui exerce d’emblĂ©e une fascination totale sur eux. Cette jeune femme, Ă  l’aura extraordinaire, semble exercer une influence salutaire qu’elle pousse d’ailleurs assez loin, allant jusqu’Ă  aider financiĂšrement et physiquement certains d’entre eux. En sa prĂ©sence quasi magique, ces jeunes oublient leurs problĂšmes qui ne disparaissent pas pour autant, bien au contraire. Jusqu’au drame dont on sait qu’il s’est produit et vers lequel ThĂ©odora Dimova nous conduit peu Ă  peu, le souffle court.

Le titre est trĂšs clair : Avec l’histoire de ces enfants, ce sont les relations avec leurs mĂšres (et par rebond, de leurs parents entre eux) qui sont passĂ©es au crible. Reflets d’une sociĂ©tĂ© bouleversĂ©e par la chute du rĂ©gime communiste, en proie Ă  la corruption et Ă  des inĂ©galitĂ©s criantes, ces mĂšres sont aussi victimes de difficultĂ©s que les femmes peuvent connaĂźtre quel que soit le pays oĂč elles vivent (dĂ©sir d’enfant, santĂ© mentale, divorce conflictuel). Les effets destructeurs sur la jeune gĂ©nĂ©ration sont trĂšs finement montrĂ©s et sont proprement bouleversants. Paru il y a dĂ©jĂ  20 ans, le roman nous laisse alors avec cette question lancinante qui fait Ă©cho Ă  bien des Ă©vĂ©nements rĂ©cents : Qu’auraient pu faire ces mĂšres, mais aussi la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre, pour Ă©viter les drames qui ont conduit Ă  ce passage Ă  l’acte ?

J’ai retrouvĂ© l’Ă©criture haletante et l’empathie que j’avais dĂ©jĂ  Ă©normĂ©ment apprĂ©ciĂ©es chez ThĂ©odora Dimova. J’ai Ă©tĂ© un peu moins touchĂ©e qu’avec Les dĂ©vastĂ©s, sans doute parce que les personnages sont ici plus nombreux et qu’on suit chacun d’eux moins longtemps. Mais la puissance et la sensibilitĂ© de l’Ă©criture, sans parler du sujet d’une actualitĂ© brĂ»lante, rendent cette lecture indispensable. Je vous recommande de lire Ă©galement l’avis d’Ingannmic, marquĂ©e par ce roman elle aussi.

PS : L’Ă©dition grand format de MĂšres est Ă©puisĂ©e, et sa version poche est apparemment en cours de réédition. Heureusement, vous pouvez toujours trouver sa version numĂ©rique, et peut-ĂȘtre un format papier dans l’une de vos bibliothĂšques. Sachez aussi que mon exemplaire fait partie des livres Ă  gagner en participant Ă  la RentrĂ©e Ă  l’Est !

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Bulgarie France Romans

NuclĂ©us, ce qui reste quand il n’y a plus rien – ZinaĂŻda Polimenova

Éditions du Chemin de fer

PoĂ©tesse et romanciĂšre nĂ©e en Bulgarie, ZinaĂŻda Polimenova Ă©crit en français depuis plusieurs annĂ©es et c’est dans cette langue qu’a paru en 2024 son dernier roman : NuclĂ©us, ce qui reste quand il n’y a plus rien.

À partir d’images chinĂ©es sur un marchĂ© aux puces bulgare, elle a imaginĂ© l’histoire d’un groupe de collĂšgues et amis au dĂ©but des annĂ©es 1950. Ces jeunes hommes et femmes prĂ©parent la construction d’une usine qui sortira de terre en RDA. Un voyage est donc prĂ©vu dans ce pays qui vient de voir le jour et dont la capitale n’est pas encore divisĂ©e par un mur.

À propos de Berlin : « Ils mesurent la collision entre l’euphorie de la reconstruction et la tĂ©nacitĂ© de la guerre se lovant dans les traces qu’elle a laissĂ©es. Le temps est radieux, les murs sont criblĂ©s. On voit des toits arrachĂ©s. DĂ©coupĂ©es sur un fond cĂ©leste, les façades noires perdent leur peau. Â»

L’ambiance est Ă  la fois lĂ©gĂšre et pesante. Ils et elles sont jeunes, pleins de vie et de rĂȘves, et vont pouvoir voir du pays. Mais le groupe se mĂ©fie du responsable politique qui les accompagne, des rumeurs circulent, chacun doit mesurer ses paroles, des collĂšgues sont remerciĂ©s du jour au lendemain


SituĂ© sur l’üle Persine, BĂ©nĂ©lĂ© est un camp de « rééducation Â» oĂč plus de 15 000 personnes ont Ă©tĂ© internĂ©es de 1949 Ă  1987 :

« Il revoit les interrogatoires Ă  la SĂ©curitĂ© d’État, le dĂ©part pour BĂ©lĂ©nĂ©, les mois sur l’üle, les souvenirs ressurgissent, et pourtant, il ne dit Ă  personne, Ă  aucun moment, comment on y survit. Il lui est impossible d’en parler. Pourquoi ? Tout d’abord, ce sentiment de dĂ©goĂ»t et de honte, je ne souhaite pas ĂȘtre cet homme-là
 (
) Ensuite, si je nomme les choses, c’est leur donner une chair et des os, une reprĂ©sentation concrĂšte, les faire durer. Â»

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C’est chez Ally que j’ai remarquĂ© ce livre dont elle avait fait un coup de cƓur. Sans aller jusque-lĂ  pour ma part, j’ai beaucoup aimĂ© l’écriture Ă©purĂ©e et ciselĂ©e de ZinaĂŻda Polimenova. Et si les personnages m’ont parfois paru « évanescents » Ă  la lecture, je constate que ce petit groupe reste finalement bien prĂ©sent Ă  mon esprit aprĂšs-coup. Ce roman m’a immanquablement rappelĂ© Les dĂ©vastĂ©s de ThĂ©odora Dimova qui m’avait bouleversĂ©e et qui Ă©voquait la pĂ©riode de purge d’aprĂšs-guerre. Il semble d’ailleurs que la littĂ©rature s’empare de plus en plus de ce sujet longtemps restĂ© tabou en Bulgarie.

NuclĂ©us est un beau roman, empreint d’une grande dĂ©licatesse qui n’empĂȘche pas la duretĂ© du propos. Il est Ă©galement servi par un remarquable travail Ă©ditorial : le livre Ă  rabats contient les photos ayant inspirĂ© cette histoire Ă  l’autrice, sa couverture est extrĂȘmement agrĂ©able sous les doigts et sa police de caractĂšres est aussi lisible qu’élĂ©gante. De la belle ouvrage donc !

PS : La maison d’Ă©dition propose d’en dĂ©couvrir les premiĂšres pages Ă  l’adresse https://www.chemindefer.org/catalogue/styled-194/nucleus.html

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Bulgarie Romans

Vierge jurĂ©e – Rene Karabash

Traduction du bulgare par Marie Vrinat – Tropismes Ă©ditions

Dans ce court roman bulgare, Rene Karabash fait entendre une voix originale et trĂšs moderne. Une lecture hautement recommandable !

Si vous avez lu IsmaĂŻl KadarĂ©, vous savez ce qu’est le kanun. Ce code coutumier rĂ©glant les questions de vengeance a cours depuis le Moyen Âge dans les Balkans, notamment en Albanie oĂč se passe l’essentiel de Vierge jurĂ©e. C’est Ă  la fois pour se conformer Ă  cette « loi Â» et y Ă©chapper que Bekia est devenue Matia, une vierge jurĂ©e. Autrement dit, au prix d’un serment de virginitĂ©, elle a Ă©tĂ© reconnue comme un homme par la sociĂ©tĂ© et vit comme tel.

En Ă©clatant la narration et en jouant sur les idĂ©es toutes faites, l’autrice prend le contrepied de ce rĂ©cit qu’on aurait pu craindre caricatural. Tout est finalement contenu dans ce vers qui vient scander le roman : « le mensonge comme un ver Â».

Si j’ai Ă©tĂ© briĂšvement perturbĂ©e par l’entrĂ©e en matiĂšre non-linĂ©aire et des phrases sans ponctuation, j’étais totalement dans l’histoire au bout de quelques pages seulement. Et je n’étais pas
au bout de mes surprises, les changements de points de vue permettant de multiplier les retournements jusqu’à la toute fin du roman (attention, on n’est pas non plus dans un thrillerâ˜ș !).

La langue, simple, prĂ©cise et poĂ©tique, coule de source en français (et donc je suppose en VO). Du beau travail, de la part de l’autrice comme de la traductrice Marie Vrinat.

Chez Passage Ă  l’Est, vous trouverez un deuxiĂšme avis positif assorti de liens trĂšs intĂ©ressants vers, entre autres, une interview de l’autrice sur la genĂšse de ce roman. Miriam l’a lu elle aussi, et Ă  fait le lien avec un autre roman sur les vierges jurĂ©es ici.

PS : Une autre lecture, trĂšs diffĂ©rente, qui m’avait beaucoup plu chez Tropismes Ă©ditions : Alors toi aussi.

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Un compagnon – Yordan Yovkov

Traduction du bulgare par Denitza Bantcheva – Éditions Bleu autour

Pour ouvrir cette RentrĂ©e Ă  l’Est consacrĂ©e Ă  la Bulgarie, j’ai choisi un Ă©crivain apprĂ©ciĂ© de prestigieux auteurs tels que Thomas Mann, Ivo Andric, Yachar Kemal ou encore Jules Romains. NĂ© en 1880 et dĂ©cĂ©dĂ© en 1937, Yordan Yokvov est en effet considĂ©rĂ© comme l’un des plus grands nouvellistes bulgares.

CĂ©lĂ©brĂ© dans son pays, il reste mĂ©connu en France et son recueil intitulĂ© LĂ©gendes du Balkan n’est malheureusement plus disponible Ă  la vente. Avec un peu de chance, vous pouvez encore le trouver d’occasion ou en bibliothĂšque. À dĂ©faut de dĂ©couvrir son Ɠuvre plus amplement, on peut s’y initier grĂące aux Ă©ditions Bleu autour qui proposent une nouvelle unique, Un compagnon, dans un tout petit format discrĂštement, mais trĂšs joliment illustrĂ© par SĂ©bastien Pignon.

Ce compagnon est un cheval sans nom. Nul ne sait d’oĂč il vient et ce n’est de toute façon pas une prĂ©occupation pour qui que ce soit. Car ce cheval est rĂ©quisitionnĂ© pour la guerre. Il en traversera les absurditĂ©s et en sera un hĂ©ros anonyme. MĂȘme s’il s’agit ici des guerres balkaniques (pendant lesquelles Yovkov a combattu) et si l’histoire est bien plus courte (Ă  peine 15 pages), j’ai immanquablement pensĂ© au roman jeunesse Cheval de guerre de Michael Morpurgo. VĂ©rification faite, Michael Morpurgo ne s’est cependant pas inspirĂ© de cette nouvelle de Yovkov, mais des souvenirs de vieux habituĂ©s du pub qu’il frĂ©quentait dans le Devon.

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Toujours est-il qu’en quelques pages, Yordan Yovkov nous fait vivre l’absurditĂ© de la guerre et nous Ă©meut grĂące Ă  ce cheval qui ne paie pas de mine, mais qui s’attire le respect et l’affection des hommes par sa loyautĂ© sans faille. C’est un rĂ©cit intemporel et touchant qui mĂ©ritait bien cette mise en valeur Ă©ditoriale et qui donne envie de lire d’autres nouvelles de Yovkov. Il ne me reste donc plus qu’à Ă©cumer les bouquineries 😆.

Claudialucia en a dit beaucoup de bien à l’occasion de son challenge bulgare et des Bonnes nouvelles chez Je lis, je blogue.