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Argentine

Sept maisons vides – Samantha Schweblin

Traduction de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon – Éditions Grasset

AurĂ©olĂ© du National Book Award du meilleur livre Ă©tranger 2022, ce livre a attirĂ© mon regard en bibliothĂšque grĂące Ă  sa couverture d’un rose pimpant. Son petit nombre de pages (174) m’a ensuite convaincue de l’emprunter : encore une bonne occasion de participer aux Gravillons de Sibylline.

Alors, qu’a donnĂ© cette pĂȘche au hasard des rayonnages ? Ma foi, j’ai fait lĂ  une lecture originale et intrigante. Car dans ce recueil de nouvelles « domestiques » venues d’Argentine, la folie ne semble jamais loin. Et l’autrice nous mĂ©nage de petites surprises et des chutes fort habiles.

Pas de rĂ©alisme magique, d’incursion fantastique ou autre approche littĂ©raire « sud-amĂ©ricaine » : c’est avec une Ă©criture vive et d’un naturel trompeur que Samantha Schweblin distille un malaise plus ou moins lĂ©ger autour des personnages et des maisons au centre de ses nouvelles. De longueur variables (de 6 Ă  80 pages), ces textes laissent une impression trouble, parfois dĂ©rangeante, et toujours intĂ©ressante.

Plusieurs protagonistes ont de toute Ă©vidence un grain, ce qui est Ă©videmment propice Ă  des situations assez improbables, mais aussi (trĂšs) tendues. On rencontre ainsi une femme qui s’introduit dans des maisons et jardins pour y dĂ©placer des objets, des grands-parents qui aiment se promener nus dans leur jardin (et ça ne plaĂźt pas Ă  tout le monde), une vieille dame souffreteuse que la dĂ©mence rend paranoĂŻaque… De quoi mĂ©diter sur la normalitĂ© apparente dans nos sociĂ©tĂ©s policĂ©es.

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Algérie France Romans

Le dĂ©sert ou la mer – Ahmed Tiab

Éditions de l’Aube

NotĂ© sur les conseils de Fabienne, Le dĂ©sert ou la mer est un roman noir mettant en scĂšne un policier intĂšgre qui enquĂȘte sur la mort d’Africains littĂ©ralement Ă©chouĂ©s sur les cĂŽtes oranaises. Car lorsque les routes habituelles de l’immigration sont perturbĂ©es par des guerres civiles, les migrant dĂ©sespĂ©rĂ©s sont prĂȘts Ă  tenter la traversĂ©e vers l’Europe depuis l’AlgĂ©rie, pour le plus grand bonheur des trafiquants locaux.

Commençons par les points forts : Le personnage de KĂ©mal Fadil m’a plu. ÉlevĂ© par une mĂšre peu conventionnelle, honnĂȘte (une vraie qualitĂ© quand on travaille dans un systĂšme aussi corrompu) et sachant s’entourer de collĂšgues-amis hauts en couleur, il est tenace, sensible et intelligent, sans en faire trop. Le dĂ©cor est trĂšs bien plantĂ©, c’est rĂ©aliste et Ă©vocateur. Oran dĂ©voile son histoire et ses multiples facettes d’aujourd’hui. Le parcours des migrants depuis le Niger est visiblement trĂšs documentĂ©. Le lien entre ce trafic d’ĂȘtres humains et une autre filiĂšre mafieuse m’a par ailleurs semblĂ© une excellente idĂ©e.

Pourtant, j’ai bien failli arrĂȘter ma lecture Ă  plusieurs reprises, surtout dans le premier tiers. Premier point : je commence Ă  me lasser des romans policiers construits avec un chapitre dans le prĂ©sent, un chapitre dans le passĂ©, surtout quand la pĂ©riode la moins traitĂ©e est celle de l’enquĂȘte. DeuxiĂšme point, beaucoup plus gĂȘnant : Les invraisemblances se multiplient Ă  Niamey, avec les « dĂ©cisions Â» prises par le personnage d’Ali, les derniĂšres paroles de celle qu’il aime en secret, etc. Tout ça m’a paru trĂšs maladroit, voire risible.

J’ai tenu bon parce que le sujet me semblait le mĂ©riter et parce que le roman retrouve ensuite une certaine crĂ©dibilitĂ©, mais il y a – en plusieurs endroits du rĂ©cit – d’autres passages incongrus, avec des sous-intrigues bizarres dont je n’ai pas compris l’intĂ©rĂȘt. À mon avis, elles compliquent inutilement la lecture. Et puis que dire de ce coup de foudre pour une jeune femme entr’aperçue alors qu’elle est dans un Ă©tat absolument piteux, et surtout qui est encore trĂšs, trĂšs jeune par rapport Ă  celui qui la convoite. Je ne parlerai mĂȘme pas du fait qu’il n’hĂ©site pas Ă  lui octroyer un traitement de faveur simplement parce qu’elle lui a tapĂ© dans l’Ɠil …

Des polars Ă  foison et de tous horizons sont lus cet hiver dans le cadre de l’Hiver polar chez Je lis, je blogue.

Bref, le thĂšme est intĂ©ressant, l’enquĂȘteur est (aurait pu ĂȘtre ?) un personnage prometteur et l’auteur sait crĂ©er des ambiances. Malheureusement, Ă  vouloir traiter trop de sujets et de personnages, il se disperse, tombe parfois dans les clichĂ©s et perd en crĂ©dibilitĂ©.

Le dĂ©sert et la mer se passe bien aprĂšs la DĂ©cennie noire, mais il en est largement question et cela m’a rappelĂ© un polar algĂ©rien d’un tout autre calibre sur cette pĂ©riode : Morituri, de Yasmina Khadra. Si vous ne devez en lire qu’un, optez sans hĂ©siter pour cette enquĂȘte du commissaire Llob plutĂŽt que Le dĂ©sert ou la mer, honnĂȘte mais qui n’ose pas aller jusqu’au bout de la noirceur que son sujet rĂ©clame.

Sharon, Belette 2911 et Fabienne sont d’un tout autre avis que moi 😁 : les goĂ»t et les couleurs, tout ça, tout ça !

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Mongolie Romans

Dojnaa – Galsan Tschinag

Traduction de l’allemand par Dominique Petit et Françoise Toraille – Éditions Philippe Picquier

Le challenge des gravillons proposĂ© par Sibylline Ă©tait l’occasion idĂ©ale pour sortir de ma PAL ce court roman qui y dort depuis prĂšs de 3 ans !

Entre deux polars, je m’attendais Ă  ce qu’il m’offre une grande bouffĂ©e d’air frais et un dĂ©paysement bienvenu. Alors, certes, on est sous une yourte mongole, mais l’histoire qui nous est racontĂ©e est en quelque sorte « #metoo dans la steppe Â» (et avant l’heure puisque le roman a paru pour la 1re fois en 2001). Le propos est donc d’une actualitĂ© frappante (masculinisme quant tu nous tiens) et pas lĂ©ger-lĂ©ger.

Les gravillons sont chez Sibylline jusqu’au 20 mars !

Galsan Tschinag est un auteur mongol, et plus prĂ©cisĂ©ment touvain (les Touva sont un peuple turcique de Mongolie), qui a vĂ©cu en Allemagne, y a Ă©tudiĂ© et Ă©crit en langues mongole et allemande. Il sait de quoi il parle et n’idĂ©alise pas la vie nomade, sans la rejeter. Dans ce roman, il montre surtout les mĂąles sous leur jour le plus rustre, pour ne pas dire animal. La pauvre Dojnaa est ainsi mariĂ©e Ă  Doormak, que je qualifierai de sale type, pour le moins :

« Une fois de plus, il avait le sentiment qu’elle l’agressait, que son statut de mari Ă©tait menacĂ©, prĂȘt Ă  s’effondrer et Ă  sombrer dans le ridicule. Il crut qu’il lui fallait se dĂ©fendre, ce qu’il fit sur-le-champ : il lui flanqua une gifle retentissante. (…) Il Ă©prouvait la mĂȘme chose qu’un chien qui a terrassĂ© un loup plus par inadvertance que volontairement. Et tout comme le chien, il n’avait pas de plus cher dĂ©sir que de recommencer Ă  la premiĂšre occasion. Â»

Longtemps, Dojnaa accepte de « rester Ă  sa place Â», par respect des traditions, parfois par pitiĂ© pour ce mari si puĂ©ril, et surtout par dĂ©pendance affective et matĂ©rielle (un scĂ©nario bien connu des violences conjugales). Et puis, un jour, Doormak s’en va et, cette fois, ne revient pas. Dojnaa va alors renouer avec sa vraie nature, celle d’une chasseuse, d’une force de la nature, le roman prenant alors un tour initiatique, presque mystique.

Je m’attendais Ă  un roman un peu contemplatif, avec force descriptions de la nature et faisant de Dojnaa une « femme forte » luttant contre l’adversitĂ©. Or, c’est bien plus dynamique, subtil et complexe que ça. Galsan Tschinag est un auteur Ă  dĂ©couvrir, Ă  la langue parfaitement accessible et dĂ©licate. Je reviendrai certainement vers son Ɠuvre, d’autant que j’ai repĂ©rĂ© La fin du chant chez Cath L.

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NorvĂšge Romans

Cairns – Martin Baldysz

Traduction du norvĂ©gien par Marina Heide – Éditions Paulsen

DĂ©couvert chez Aifelle, Cairns est un roman au charme Ă©trange, dont j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© l’ambiance, mais moins la fin m’a un peu « cueillie Ă  froid ». Je suis donc particuliĂšrement curieuse de connaĂźtre l’avis d’Ingannmic qui s’est jointe Ă  moi pour cette lecture.

J’ai aimĂ© suivre les pensĂ©es de Reidar-le-Montagnard, aussi connu sous le surnom moins flatteur de Reidar-le-Marginal, un fermier solitaire portĂ© sur la bouteille. Un homme qui a parfois des envies d’ailleurs, un ĂȘtre Ă  l’ñme peut-ĂȘtre sensible qui accepte d’accompagner en montagne le nouveau pasteur de la communautĂ©. Celui-ci est dĂ©cidĂ© Ă  partir Ă  la rencontre de Kirsten Nesse, une bergĂšre qui aurait assassinĂ© un chasseur un an plus tĂŽt. Est-elle bien vivante comme l’affirment des villageois ou est-elle devenue une huldra, sĂ©duisante crĂ©ature du folklore nordique ?

Cairns est un roman court qui me permet une nouvelle participation aux Gravillons de l’hiver chez Sibylline.

Dans cette montagne hostile et d’une beautĂ© Ă  couper le souffle, les deux hommes tĂąchent d’accorder leurs pas, Ă  dĂ©faut de leurs pensĂ©es qui restent fermĂ©es Ă  l’autre. Mais le danger n’est jamais loin en montagne, et Reidar n’est pas un guide aussi fiable qu’il le pensait, prĂ©occupĂ© qu’il est par les rĂȘves Ă©tranges qui le poursuivent Ă  propos de ce qui est arrivĂ© Ă  Kirsten. La fin (que je ne dĂ©voilerai pas) m’a prise de court et fort peu Ă©mue, je dois dire. Son cĂŽtĂ© mystĂ©rieux s’inscrit parfaitement dans l’esprit du roman et n’est ni surprenant, ni gĂȘnant, mais j’ai eu le sentiment que quelque chose m’avait Ă©chappĂ© et que l’auteur ne m’avait pas donnĂ© assez d’indices sur un point. C’était sans doute volontaire, et c’est aussi ce qui fait le charme des romans courts. Ici, cela a cependant un peu terni mes impressions (frustration quand tu nous tiens !).

Céline recense les lectures scandinaves. Vous trouverez donc chez elle une vaste bibliographique nordique !

Qui aime la randonnĂ©e en montagne, les paysages nordiques spectaculaires, les contes intemporels et les bergers taiseux, y trouvera probablement son compte. Dans cette catĂ©gorie de roman, ma prĂ©fĂ©rence va cependant encore et toujours au petit bijou qu’est Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson (qui, avec ses 70 petites pages, pourrait ĂȘtre qualifiĂ© de gravillonnet 😋).

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GrĂšce Romans

Liquidations Ă  la grecque – Petros Markaris

Traduction du grec par Michel Volkovitch – Éditions du Seuil

Je voulais commencer les enquĂȘtes du commissaire Charitos dans l’ordre
 et bien c’est ratĂ© ! Car si ce tome est bien le 1er d’une trilogie consacrĂ©e Ă  la crise grecque, il n’est pas le 1er de la sĂ©rie. Peu importe, j’ai passĂ© un excellent moment dans une AthĂšnes pourtant secouĂ©e par des meurtres hors normes et une violente crise Ă©conomique. Il faut dire que j’Ă©tais en bonne compagnie puisque Keisha et Patrice m’ont accompagnĂ©e pour une LC sous les auspices de l’Hiver polar proposĂ© par Alexandra.

Je prĂ©fĂšre cette couverture du format poche paru chez Cambourakis Ă  celle de l’Ă©dition que j’ai lue :-D.

Kostas Charitos est un policier gourmet et un peu rĂąleur, mais/et donc Ă©minemment sympathique. Il m’a rappelĂ© le commissaire Montalbano, ressemblance que relevait dĂ©jĂ  Jean-Marc chez qui j’ai repĂ©rĂ© ce roman. ComposĂ©e de sa femme aussi acariĂątre que gĂ©nĂ©reuse, de sa fille tout feu tout flamme pour dĂ©fendre les plus vulnĂ©rables (et soutenir une Ă©quipe de foot) et de son gendre mĂ©decin au tempĂ©rament philosophe, sa famille est trĂšs prĂ©sente tout au long du roman, et c’est un vĂ©ritable atout. GrĂące Ă  ça, on s’attache vite Ă  notre enquĂȘteur tout en profitant de points de vue variĂ©s sur une situation qui n’est clairement pas rose dans la GrĂšce des annĂ©es 2000, que ce soit pour les retraitĂ©s, les Ă©tudiants, les fonctionnaires ou les entrepreneurs.

Les victimes « liquidées » ici sont de hauts responsables du monde de la finance. Comme si cela ne suffisait pas, un petit malin, rapidement surnommé « Robin des banques » par la presse, encourage la population à ne pas rembourser ses emprunts. Les choses risquent donc de dégénérer trÚs vite et notre commissaire a pour le moins la pression.

Un hiver polar, c’est chez Je lis, je blogue jusqu’au 20 mars

Une fois n’est pas coutume, j’ai dĂ©masquĂ© le coupable quelques chapitres avant l’enquĂȘteur, mais cela ne m’a pas gĂąchĂ© le plaisir. L’essentiel du roman est ailleurs : dans sa galerie de personnages, du journaliste intĂšgre aux diffĂ©rents suspects en passant par les collĂšgues et les proches de Kostas Charitos, et surtout dans le tableau social et Ă©conomique qu’il dresse et qui – actualitĂ© oblige – n’a pas manquĂ© de me faire penser Ă  notre situation budgĂ©taire nationale 



Liquidations Ă  la grecque est un trĂšs bon roman et je n’en ai pas fini avec Petros Markaris qui a dĂ©jĂ  un certain nombre d’adeptes sur la blogosphĂšre : Alex, CathL, Dasola, Doudoumatous

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Guatemala Romans

Deuils – Eduardo Halfon

Traduction de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg – La Table ronde

Deuils du GuatemaltĂšque Eduardo Halfon rĂ©ussit ce que j’apprĂ©cie dans les bonnes nouvelles et les bons romans courts : planter un dĂ©cor, crĂ©er une ambiance, faire naĂźtre des personnages et raconter une histoire forte en si peu de pages que l’on se demande par quel tour de passe-passe cela a pu avoir un tel impact sur nous !

On est ici dans une sorte d’autofiction (genre que je n’apprĂ©cie qu’Ă  dose homĂ©opathique) puisque Eduardo Halfon parle de sa famille. Plus prĂ©cisĂ©ment, ce roman prend pour point de dĂ©part ses souvenirs flous voire erronĂ©s autour d’un oncle qu’il n’a pas connu, celui-ci Ă©tant mort enfant. Chaque bribe d’information Ă  ce sujet le renvoie, et les lecteurs et lectrices avec, vers d’autres histoires et souvenirs tout aussi passionnants les uns que les autres.

« Un dĂ©mĂ©nagement temporaire, rĂ©pĂ©taient-ils sans cesse, le temps que la situation politique du pays s’amĂ©liore. Quelle situation politique du pays ? Je ne comprenais rien Ă  ces histoires de situation politique du pays, mĂȘme si j’avais pris l’habitude de m’endormir avec le bruit de bombes et de fusillades dans la nuit ; et malgrĂ© les dĂ©combres que j’avais vu avec un ami sur le terrain qui se trouvait derriĂšre la maison de mes grands-parents, dĂ©combres de l’ambassade d’Espagne, m’avait expliquĂ© mon ami, celle-ci ayant Ă©tĂ© incendiĂ©e au phosphore blanc par les forces gouvernementales, causant la mort de trente-sept fonctionnaires et paysans rĂ©fugiĂ©s Ă  l’intĂ©rieur ; et malgrĂ© les combats qui avaient eu lieu entre l’armĂ©e et une poignĂ©e de guĂ©rilleros juste devant mon Ă©cole, dans le quartier de Vista Hermosa, et qui nous avaient obligĂ©s Ă  rester enfermĂ©s une journĂ©e entiĂšre, avec tous les Ă©lĂšves, dans un gymnase. »

Cette lecture me permet de participer aux Gravillons de l’hiver chez Sibylline (romans de moins de 200 pages)

Je suis ainsi ressortie de cette lecture avec le sentiment d’avoir lu une fresque, une saga familiale digne d’un pavĂ© alors que Deuils ne compte que 153 petites pages. Il faut dire que l’histoire familiale de Eduardo Halfon est on ne peut plus marquĂ©e par l’histoire du 20e siĂšcle avec ses origines juives polonaises d’un cĂŽtĂ©, libanaises de l’autre, une enfance dans un Guatemala en pleine guerre civile, une Ă©migration aux États-Unis
 Et surtout, l’auteur a Ă©normĂ©ment de talent : la construction de ce bref roman est parfaitement maĂźtrisĂ©e, la langue est sobre, prĂ©cise et suscite une foule d’émotions (en tous cas chez moi et chez CathL et Athalie, c’était moins le cas chez Keisha et surtout chez Ingannmic 🙃, et Mapero semble partagĂ©). Tout y est, et en mĂȘme temps, on en voudrait plus.

« Mon grand-pĂšre ne parlait jamais de ces six annĂ©es-lĂ , ni des camps, ni de la mort de son frĂšre, de ses sƓurs et de ses parents. Enfant, il me disait que le numĂ©ro tatouĂ© sur son avant-bras gauche (69752) Ă©tait son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, qu’il se l’était tatouĂ© lĂ  pour ne pas l’oublier. Et, enfant, bien sĂ»r, je le croyais. »

La toute fin du roman peut dĂ©sarçonner un peu, mais je l’ai aimĂ©e. À vous de vous faire un avis !

PS : MĂȘme si ce n’est pas le sujet central du roman, le gĂ©nocide juif y est trĂšs prĂ©sent et me permet d’intĂ©grer cette lecture dans l’hommage aux victimes de l’Holocauste sur la blogosphĂšre si Nathalie, qui le coordonne, est d’accord.

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Brésil Romans

Les nuits de laitue – Vanessa Barbara

Traduction du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec

Que le retour Ă  la dure rĂ©alitĂ© aprĂšs le cocon des fĂȘtes vous soit pĂ©nible ou que vous soyez soulagĂ©(e) que le mois de dĂ©cembre soit enfin derriĂšre vous, jetez-vous sur Les nuits de laitue : C’est un formidable remĂšde contre la morositĂ© !

On y fait la connaissance d’une dĂ©licieuse galerie de personnages, tous originaux et trĂšs attachants. À commencer par Ada, « petite souris » hyper sociable qui compte parmi ces personnages de fiction que j’adorerais rencontrer dans la vie ! J’ai beaucoup ri et souri, mais la tendresse et mĂȘme la tristesse affleurent aussi, et c’est un mĂ©lange trĂšs, trĂšs rĂ©ussi. Toutes ces Ă©motions, ces personnages farfelus, sans oublier les chiens qui ont visiblement un grain et Otto, ce vieux bonhomme grincheux, m’ont d’ailleurs rappelĂ© le film d’animation LĂ -haut que je vous recommande au passage si vous ne l’avez pas encore vu.

Un couple qui dure :

«  Otto et Ada avaient passĂ© un demi-siĂšcle ensemble Ă  cuisiner, Ă  faire des puzzles gĂ©ants de chĂąteaux europĂ©ens et Ă  jouer au ping-pong le week-end (du moins jusqu’Ă  l’arrivĂ©e de l’arthrite). Ada et Otto avaient vieilli cĂŽte Ă  cĂŽte et, Ă  la fin, ils avaient pratiquement le mĂȘme timbre de voix, le mĂȘme rire, la mĂȘme dĂ©marche. Ada avait les cheveux courts, elle Ă©tait maigre et aimait le chou-fleur. Otto avait les cheveux courts, il Ă©tait maigre et aimait le chou-fleur. Â»

Quelques lignes qui parleront aux insomniaques :

« Pendant quatre heures sans fermer l’Ɠil, on a le temps de faire l’aller simple jusqu’en enfer et d’y rester Ă  ressasser des choses terribles et angoissantes, anticipant la mort d’ĂȘtres chers et laissant remonter Ă  la surface ce qui aurait dĂ» rester pour toujours enterrĂ© dans les profondeurs du passĂ© : des disputes jamais rĂ©glĂ©es, des haines ravalĂ©es envers des gens disparus depuis des lustres, des choses entendues et demeurĂ©es incomprises, des tragĂ©dies, des nouvelles affligeantes. En quatre heures, on a le temps de revisiter les pires moments de son existence, dans l’ordre, et en prime on finit en sueur avec des maux de gorge et une tachycardie. Â»

Un grand merci Ă  Luocine pour son billet sur ce roman qui m’a aussitĂŽt donnĂ© envie de le dĂ©couvrir (j’adore moi aussi le passage sur les savons !). Je n’ai pas regrettĂ© un instant de l’avoir mis en tĂȘte de ma liste Ă  lire pour les Gravillons de l’hiver chez Sibylline (avec 185 pages, je suis dans les clous).

Retrouvez également les avis de Keisha et Fanja ici et là.

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Canada Romans

Proies – AndrĂ©e A. Michaud

Éditions Rivages/Noir

Ah la la, je peux vous dire que je suis sortie de ma zone de confort avec ce roman ! Depuis plusieurs annĂ©es, j’Ă©vite les thrillers : trop de suspense, trop d’angoisse, trop d’ĂȘtres dĂ©rangĂ©s et malĂ©fiques pour mon petit cƓur sensible. A fortiori quand il est question d’enfants ou d’adolescents… Avec Proies, j’ai cependant fait un effort car il m’a Ă©tĂ© offert par une personne trĂšs chĂšre Ă  mon ❀. La LC proposĂ©e par Alexandra m’a incitĂ©e Ă  ne pas repousser davantage cette lecture un peu redoutĂ©e.

CathL en a trĂšs bien parlĂ© et je ne vais pas entrer dans le dĂ©tail de l’intrigue. Sachez juste que la petite escapade nature que s’accordent trois adolescents va tourner au cauchemar et que vous n’Ă©couterez plus jamais les Doors sans penser Ă  cette histoire et Ă  ses personnages dont Jude restera la plus marquante pour moi…

Sans surprise, j’ai lu ce roman avec angoisse pendant toute une 1re partie (j’avoue avoir survolĂ© pas mal de pages au dĂ©but, car le suspense Ă©tait trop insoutenable pour moi), mais essentiellement avec plaisir par la suite. J’ai quand mĂȘme un bĂ©mol : l’autrice recourt trop Ă  mon goĂ»t aux sentiments de prĂ©monition et aux « effets d’annonce Â». C’est bien sĂ»r idĂ©al pour pour accroĂźtre le suspense et rendre tout parent totalement parano 😖, mais cela finit par lasser un peu.

AndrĂ©e A. Michaud est nĂ©anmoins trĂšs habile pour crĂ©er des ambiances : elle sait Ă  merveille nous faire vivre une fĂȘte de village ou une atmosphĂšre de bar de campagne comme si on y Ă©tait. Elle nous fait aussi parfaitement ressentir la joie pure comme le dĂ©sespoir et la terreur absolue. J’ai par ailleurs beaucoup aimĂ© le regard qu’elle pose sur la petite communautĂ© du village de RiviĂšre-BrĂ»lĂ©e et plus particuliĂšrement sur les adolescents. J’ai trouvĂ© leurs portraits trĂšs justes et la fin m’a plu Ă©galement.

En rĂ©sumĂ©, les amateurs et amatrices du genre ne devraient pas ĂȘtre déçus avec Proies, qui prĂ©sente en plus l’avantage d’ĂȘtre Ă©crit dans un français du QuĂ©bec imagĂ© et vivant. C’est toujours un rĂ©gal pour moi Ă  lire/entendre.

Vous hĂ©sitez encore ? Alors, lisez l’avis d’Ingannmic pour vous aider Ă  dĂ©cider si ce roman est fait pour vous. Fanja et Eimelle ont quant Ă  elles lu Baignades, toujours d’AndrĂ©e A. Michaud. Anne-YĂšs et Nathalie ont choisi BondrĂ©e.