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Romans Tchéquie

La Belle de Joza – Kveta Legátová

Traduction du tchèque par Eurydice Antolin – Éditions Noir sur blanc

Eliška fait partie de la Résistance tchèque à l’occupation nazie. Lorsque son réseau est repéré, son chef et ami réussit à organiser sa fuite : elle doit partir pour Zelary avec Joza, l’un de ses patients. Pour parfaire sa couverture, elle doit épouser cet homme vu comme l’idiot de son village et vivre bien loin du confort et de l’émancipation qu’elle a connus jusqu’alors. Médecin à Brno, Eliska menait en effet une vie indépendante de « femme moderne » et le choc que constitue ce nouveau départ dans une région de montagne reculée de Moravie du Nord est considérable.

Kveta Legátova a connu un succès fulgurant en Tchéquie avec ce roman qu’elle a écrit à l’âge de 82 ans (!) et qui emprunte beaucoup au conte avec ses personnalités hautes en couleurs (les femmes en particulier sont mémorables), son décor qui peut être aussi angoissant qu’enchanteur, et une histoire qui voit la Bête et la Belle s’apprivoiser mutuellement. Le contexte, lui, est bien réel, puisque ce n’est pas une méchante belle-mère que fuit l’héroïne, mais la Gestapo. Et si la guerre semble longtemps loin de Zelary, la région ne restera pas épargnée.

L’écriture de Kveta Legátova est sans fioriture et d’une grande modernité. En quelques phrases, elle plante un décor ou dessine le portrait de ses personnages auxquels elle donne toujours une belle épaisseur. J’ai particulièrement aimé Lucka, l’acariâtre accoucheuse à la férocité réjouissante, et Zena, aussi originale que terre-à-terre. À l’exception de Joza et de Roman, les hommes n’ont d’ailleurs souvent pas le beau rôle dans ce court roman aux personnages marquants.

C’est en tous cas une bien belle découverte que des blogueuses chevronnées avaient déjà appréciée. Je vous renvoie notamment aux avis de Claudialucia, Aifelle, CathL et Sylire.

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Romans Slovaquie

Autobiographie du mal – Pavel Vilikovský

Traduction du slovaque par Peter Brabenec avec la collaboration de Xavier Galmiche – Éditions Maurice Nadeau

Je ne parviendrai pas à assurer une parité entre romans tchèques et slovaques, ces derniers étant encore plus difficiles à trouver en bibliothèque que les premiers. J’ai cru pouvoir présenter une parution slovaque récente avec Carnets indigènes de Miroslav Misak. Las, malgré un faible nombre de pages (144), je ne suis pas allée au bout de cette lecture que j’ai trouvée nullissime. C’est une sorte de carnet de bord écologique sans queue ni tête, truffé de réflexions convenues et tenant plus du développement personnel qu’autre chose. Bref, j’ai été profondément agacée par ce petit bouquin insipide et prétentieux.

Avec Pavel Vilikovský, on est dans un tout autre registre et une toute autre ligue. Le contexte, déjà, est lourd : on est après le coup d’État communiste de 1948 en Slovaquie et le dénommé Karsten est aux mains de la police politique. Opposant aux communistes, il avait fui en Autriche où il a été enlevé pour être ramené dans son pays (cet élément est inspiré de faits réels). Le roman s’ouvre lors de sa première confrontation avec ses geôliers qui lui expliquent le marché qu’ils lui « proposent » : s’il veut sauver sa femme et ses fils, il doit obtenir des éléments compromettants sur ses amis opposés au nouveau régime.

Tout au long du roman, nous sommes dans la tête de Karsten et vivons sa descente aux enfers au plus près puisque nous suivons toutes ses pensées. La pression et la folie de ce qui est exigé de lui font progressivement basculer cet homme. Les mécanismes de la violence psychologique et de ses effets voulus, mais aussi imprévus, sont parfaitement démontés.

Pavel Vilikovský évite de faire de Karsten un héros à l’américaine : certes, il ne veut pas qu’il arrive du mal à sa femme et à ses fils, mais on est loin des films hollywoodiens. Voilà longtemps que son couple battait de l’aile et lui ne s’est jamais vraiment intéressé à ses enfants. S’il tente un bras de fer psychologique avec ses geôliers, c’est donc presque plus pour une question de principe que pour véritablement protéger sa famille. Jusqu’où ira-t-il pour prouver qu’il peut avoir le dessus sur ses ravisseurs ? À vous le découvrir…

Ce roman est aussi fort que glaçant, et c’était également l’avis de Goran.

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Romans Tchéquie

Le Cavalier suédois – Leo Perutz

Traduction de l’allemand par Martine Keyser – Édition Phébus libretto

Le roman s’ouvre sur un délicieux prologue qui nous expose une étrange affaire : celle du « Cavalier suédois » qui aurait continué à rendre visite à sa fille Maria Christine, née von Tornefeld, pendant des mois alors qu’il combattait à des centaines de kilomètres de là, en Russie, pour le compte du roi de Suède. La fillette aurait-elle été victime de son imagination ? Un phénomène surnaturel était-il à l’œuvre ?

« Ils s’étaient tenus cachés tout le jour et, à présent qu’il faisait nuit, ils traversaient une forêt de pins clairsemés. Les deux hommes, qui avaient de bonnes raisons d’éviter les rencontres, devaient veiller à ne pas être vus. L’un était un vagabond, un maraudeur de foire réchappé du gibet, l’autre était un déserteur. »

Cette accroche donne le ton et je ne me suis pas ennuyée une seconde au cours de cette lecture bien souvent faite le sourire aux lèvres. Leo Perutz livre une critique féroce des riches oisifs et de l’Église, crée des situations/conversations improbables, manie une plume alerte et un indéniable sens du romanesque : je me suis régalée !

L’auteur nous conte avec un plaisir communicatif cette histoire dans laquelle deux hommes a priori aux antipodes, réunis par le destin (ou plutôt, le froid et la faim), échangent leur identité (l’un à dessein, l’autre à son insu). Il y a du Cartouche chez le voleur d’abord connu sous le nom de Piège-à-poules. La tête bien faite et doté d’un code d’honneur certes personnel mais plutôt pacifique, il est à vrai dire éminemment sympathique malgré le mauvais tour qu’il joue à son camarade d’infortune. Sa conscience et/ou son passé le rattraperont-ils ? Je vous laisse le découvrir par vous-même !

En résumé : un roman à mettre entre toutes les mains et que recommandaient déjà Claudialucia et Ingannmic (qui a lu presque toute l’œuvre de Perutz d’ailleurs) !

D’autres romans de Leo Perutz sur la blogosphère (quel succès !) : Le tour du cadran (Ingannmic), Le Marquis de Bolibar (Ingannmic, Mapero), Le miracle du manguier (Fanja), La nuit sous le pont de pierre (Ingannmic, Patrice), La neige de Saint-Pierre (Ingannmic), Où roules-tu petite pomme ? (Patrice), Le Judas de Léonard (Claudialucia, Sandrine), Le Maître du jugement dernier (CathL, Manou).

PS : C’est en préparant ce billet que j’ai constaté que ce roman n’était pas traduit du tchèque, mais de l’allemand 🤔. D’où une petite vérification dont voici le résultat : Né à Prague dans une famille juive et de langue allemande à l’instar de son illustre contemporain Franz Kafka, Leo Perutz s’est installé à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois, à l’âge de 17 ans et a vécu à partir de 1938 entre Israël et l’Autriche. Très lu dans l’entre-deux-guerres, il est tombé dans l’oubli avant d’être redécouvert grâce à l’admiration que lui a portée – notamment – J.L. Borges.

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Romans Tchéquie

Giboulées de soleil – Lenka Horňáková-Civade

Alma Éditeur

J’ai découvert Lenka Horňáková-Civade grâce à un podcast qui réunissait 8 autrices des pays qui avaient vécu derrière le Rideau de fer. Cette Rentrée à l’Est était l’occasion parfaite pour lire un de ses romans, recommandé par Eva qui est plus est.

Marie, qui vivait à Vienne avec sa fille Magdalena, doit quitter l’Autriche lorsque le père (juif) de sa fille (illégitime) émigre pour fuir les persécutions nazies. Elle revient dans son village tchèque qui, comme tous le pays, connaît les remous de l’Histoire, de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989.

Sa fille Magdalena, sa petite-fille Libuše et enfin son arrière-petite-fille Eva nous racontent chacune leur enfance et leur jeunesse. C’est donc un point de vue souvent naïf, ou en tous cas peu conscient des enjeux politiques, qui nous est présenté sur les événements qui secouent le pays. Cela rend le propos très accessible et Lenka Horňáková-Civade a une plume fort agréable : les pages se tournent toutes seules sur ces destins de femmes et je ne suis pas surprise que ce roman ait remporté le prix Renaudot des lycéens.

Marie est le personnage que j’ai préféré. Cette forte femme, qui semble ne jamais perdre son sang-froid et fait trembler les hommes du village, force l’admiration, même si elle peut se montrer très dure, avec sa fille en particulier. Quelques semaines après ma lecture, je constate cependant que je n’ai pas un souvenir très précis de cette histoire. C’est un roman agréable, mais pas un coup de cœur, même si je ne peux pas m’empêcher d’être admirative devant une œuvre écrite en français par une « autrice tchèque de naissance et pour toujours, (…) française d’adoption et pour la vie ».

CathL et Ingrid avaient elles aussi des avis mitigés à lire ici et là.

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Irlande Romans

Star of the sea – Joseph O’Connor

Vintage Books

Une fois n’est pas coutume, c’est d’un roman irlandais dont je vais vous parler aujourd’hui. Star of the sea, paru en France sous le titre L’Étoile des mers, est le récit d’une traversée (fictive) particulièrement tragique et haletante entre l’Irlande et les États-Unis en 1847. À bord du navire qui donne son titre au roman, quelques passagers de première classe et surtout des centaines de migrants irlandais fuyant la famine. Et parmi eux, un meurtrier et sa future victime.

Si la traversée à bord de la Carlotta était déjà éprouvante dans la Saga des émigrants, ce n’était rien à côté de celle-ci. Les conditions sont atroces : le bateau est en mauvais état et a chargé beaucoup trop de passagers, les rations sont à peine plus généreuses que dans un camp de concentration nazi, des épidémies et surtout la famine elle-même tuent plusieurs passagers par jour. Le contraste entre la première classe et l’entrepont est évidemment choquant, et si Joseph O’Connor dénonce avec force le cynisme et l’indifférence avec lesquels l’Irlande s’est vidée de son sang et de sa population, il n’oublie jamais sa trame romanesque. Le meurtre annoncé dès le début ne fait par exemple qu’accentuer la nécessité impérieuse de continuer à tourner fébrilement les pages ! Et Joseph O’Connor aime jouer avec son lectorat, en particulier avec des titres destinés à créer le suspense, tout en se servant de ce roman avant tout pour parler d’une époque, de l’histoire de son pays, mais aussi (c’est mon sentiment) pour nous rappeler que, de tout temps, des hommes et des femmes ont dû fuir leur pays pour survivre et qu’ils méritent un meilleur accueil et le respect de leur dignité (une vision incarnée par capitaine du Star of the sea) .

J’ai déjà pu apprécier le talent de Joseph O’Connor avec Dans la maison de mon père (pas chroniqué), un roman plus récent qui a connu un beau succès sur la blogosphère. Star of the sea – publié 20 ans plus tôt – est sans doute encore plus brillant. Les références à de nombreux classiques, un travail documentaire historique et linguistique extrêmement impressionnant restitué sous une forme romanesque d’une grande fluidité, des personnages complexes dont certains nous surprendront jusqu’au bout, des révélations inattendues et un final que je n’avais absolument pas vu venir : c’est assez éblouissant. Si je dois avoir un bémol, c’est peut-être justement un chouïa trop épatant. L’auteur m’a parfois donné l’impression de vouloir en mettre plein la vue, mais je chipote, d’autant que cette impression est peut-être volontaire : le style du roman est très « 19e siècle » et cette « esbroufe » est potentiellement un clin d’œil au genre feuilletonnesque qu’on pouvait lire à cette époque (je dis ça, mais je suis loin d’être une spécialiste, ce ne sont là que des supputations).

Ce roman, recommandé par Fanja, me permet de participer à la 3e édition du Booktrip et de monter en grade ;-), moi qui suis tout en bas de l’échelle ! Il vous reste quelques mois pour participer à ces lectures sur le thème de la mer, la navigation et les îles. Il y a plein d’idées à piocher ici : https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/p/book-trip-en-mer-2026-livres-lus.html

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Classiques français Romans

Mauprat – George Sand

Le Livre de poche

Et voici un classique pour annoncer la rentrée ! Pour le Challenge autour des deux George (Eliott et Sand) organisé par Miriam et Claudialucia, j’ai enfin sorti un roman entré dans ma PAL suite à ma relecture de La Petite Fadette. Je l’avais acheté, motivée à bloc pour continuer à lire George Sand, et ma librairie n’avait ce jour-là que Mauprat en rayon. Et ce fut une bonne pioche !

La famille Mauprat compte 2 branches, celle des Casse-tête et celle des Coupe-Jarret. Bernard Mauprat est le plus jeune des Coupe-Jarret et grandit au milieu de son grand-père et de ses oncles aux mœurs « féodales » qui truandent, pillent, enlèvent et violent sans scrupule. Lorsqu’ils ramènent dans leur sinistre château une proie de choix, l’héritière de la branche des Casse-tête, Bernard – ébloui par sa beauté et son sang-froid – l’aide à s’échapper. Cette fuite marquera le début de sa « rééducation » et de nombreuses péripéties.

Edmée, l’héroïne, a de la poigne, est pétrie des idées de Rousseau et se montre d’une droiture exemplaire. Bernard a un bon fond mais il est rustre et sanguin. Une chose est sûre : il aime passionnément sa cousine (« à la mode de Bretagne ») et est prêt à tout pour l’amour d’elle. Et c’est lui-même, à l’âge de 80 ans, qui narre à un visiteur de passage son parcours semé d’embûches vers la raison et la sagesse.

Image par darksouls1 pour Pixabay

George Sand mêle le roman gothique à la romance, les réflexions philosophiques et politiques (la Révolution approche), la critique sociale et le conte presque folklorique avec bonheur (comme toujours, ai-je envie de dire). Mauprat offre même une incursion dans la Guerre d’indépendance américaine, une enquête et un procès à rebondissements ! Et tout cela semble couler de source (je passe sur quelques coïncidences un peu faciles qu’on lui pardonne très vite et sur ma lecture en diagonale de quelques digressions philosophiques un peu longues à mon goût).

Sand est vraiment une conteuse hors pair et je me régale à chacun de ses romans ! Et bien sûr, elle n’hésite pas à mettre les points sur les i à son personnage et à ses lecteurs à propos de quelques préjugés misogynes 💪. Une raison de plus pour découvrir ce beau classique, romanesque à souhait.

« Bernard, voulez-vous que je vous dise pourquoi ils croyaient les femmes menteuses ? — Dites. — C’est qu’ils employaient la violence et la tyrannie avec des êtres plus faibles qu’eux. Toutes les fois qu’on se fait craindre, on risque d’être trompé. Lorsque, dans votre enfance, Jean vous frappait, n’avez-vous jamais évité ses brutales corrections en déguisant vos petites fautes ? — C’est vrai, c’était ma seule ressource. — La ruse est donc, sinon le droit, du moins la ressource des opprimés. »

Le livre fait plus de 500 pages (dont pas mal de notes et commentaires) et me permet une première participation cette année aux Pavés de l’été !

D’autres avis chez Claudialucia et Plaisirs à cultiver.

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Corée du Sud Romans

Celui qui revient – Han Kang

Traduction du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot – Le Livre de poche

Impossibles adieux de Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature 2024, m’avait fait très, très forte impression. Le récent avis de Jenevelle Laclos sur une œuvre antérieure de cette autrice sud-coréenne a donc immanquablement attiré mon attention. J’ai rapidement emprunté, puis lu ce roman dans lequel Han Kang creusait déjà le sillon de la mémoire tourmentée de son pays.

Celui qui revient est un roman dur. La répression et la torture y sont décrits sans fard, les victimes et leurs proches expriment leur douleur et leurs traumatismes. On ne peut que mesurer le poids de cette tragédie et de l’omerta qui l’a suivie, mais aussi, plus que le courage peut-être, la lassitude et le désespoir qui ont poussé une population, en particulier sa jeunesse, à défendre sa liberté.

La récente actualité du pays montre à quel point ces plaies restent vives et la combativité du peuple coréen, intacte : en mai dernier, une vaste polémique a poussé Starbucks à fermer ses cafés pendant plusieurs jours dans tout le pays pour prendre le temps de former son personnel à l’histoire des événements pro-démocratiques du printemps 1980 à Gwangju, événements qui sont au cœur de Celui qui revient.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Korea-Gwangju_5177%268%269-06.jpg

Toutes ces horreurs, me direz-vous, voilà qui est déprimant et doit être insupportable à lire. Pourtant, étrangement – et c’est là tout le talent de Han Kang –, ce texte recèle une très grande beauté et beaucoup d’émotion, avec un effet quasi hypnotique. Si Impossibles adieux exaltait la neige et le blanc, Celui qui revient explore plutôt le noir. Je reprends ici à mon compte l’expression « poésie macabre » employée par Jenevelle à son propos car elle me semble parfaite. Bien sûr, ce roman parle d’événements spécifiques survenus sur un autre continent, dans un contexte (géo)politique et économique particulier. Pour autant, cette histoire est tristement universelle et intemporelle… Et donc importante.

Si une lecture sombre et hautement politique ne vous fait pas peur en pleine période estivale, allez-y ! Et si vous ne devez lire qu’un Han Kang, procurez-vous Impossibles adieux. Moi, il me reste à mettre la main sur La végétarienne, autre roman visiblement dérangeant même si c’est dans un tout autre registre. Sandrine en parlait ici : https://tetedelecture.com/2016/01/25/la-vegetarienne-de-han-kang .

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Norvège Romans

Zona frigida – Anne B. Ragde

Traduction du norvégien par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain – Éditions Balland

Béa a décidé d’embarquer pour une croisière dans le Svalbard (nom norvégien de l’archipel du Spitzberg). Dès les premières pages du roman, on sait que l’on n’a pas affaire à une simple touriste en mal d’aventure. Elle a un objectif précis et sait déjà qu’il va lui falloir une bonne dose d’alcool pour tenir le coup pendant ce voyage qui s’annonce plus éprouvant que palpitant en ce qui la concerne.

Pas moyen de mettre la main sur la couverture de mon édition. Je mets donc celle du format poche.

C’est assez frénétiquement que j’ai tourné les pages de ce roman, impatiente de découvrir les motivations de Béa et son lourd secret. Et là, surprise : la révélation arrive bien avant la fin du roman. Il faut dire qu’un second mystère – qui n’a rien à voir avec le premier – lui succède presque aussitôt. C’est bien fichu, même si j’ai trouvé que cela faisait peut-être une grosse coïncidence pour une seule expédition. Je n’ai cependant pas boudé mon plaisir lors de cette lecture qui pourrait faire l’objet d’un très bon film à suspense dans des paysages à couper le souffle. J’avoue aussi que l’effet rafraîchissant de ce roman, lu en pleine canicule, était un plus très appréciable 😊.

Anne B. Ragde, autrice norvégienne à succès depuis la parution de sa Trilogie des Neshov), sait indéniablement camper ses personnages et elle aborde ici des sujets difficiles et complexes avec finesse. Elle décrit très bien la vie à bord de ce petit groupe de touristes privilégiés et de l’équipage qui forment inévitablement une véritable petite communauté avec ses bons et ses mauvais côtés. Il y a des escales édifiantes et parfois éprouvantes à Barentsburg, ville russe de l’archipel (encore une curiosité géopolitique), et à Longyearbyen (la plus grande ville de l’archipel), ou encore sur des îlots à la découverte de la flore et de la faune locales. Mais l’essentiel se passe à bord du bateau principal, l’Ewa, ou du Zodiac qui permet de rejoindre la côte. Et ce huis-clos maritime, propice à toutes sortes de rapprochements mais aussi de tensions, me permet de participer au Book trip en mer 2026 ainsi qu’au challenge autour des auteurs nordiques.

Merci à Alex, Manou et Cath L pour cette idée de lecture idéale pour les vacances !