Traduction de l’allemand par Barbara Fontaine – Éditions ZOE
Juhu (= youpi), les Feuilles allemandes sont de retour ! Pour commencer mes lectures germaniques cette année, j’ai choisi un roman récent (2024) publié par l’excellente maison d’édition suisse ZOE et très lu sur la blogosphère l’an dernier (Aifelle, Annie, Eva, Fanja). Une histoire de famille dysfonctionnelle sous forme de comédie grinçante.


Inge, âgée de 84 ans, fait une chute dans son escalier et doit être opérée du col du fémur. À son corps défendant, son fils Carsten doit s’installer chez elle pendant plusieurs semaines, le temps d’une convalescence qui va nous permettre de découvrir cette famille sur trois générations puisque Lissa, la fille de Carsten, se retrouve rapidement embarquée dans l’affaire. Inge a tout d’une tatie Danielle : acariâtre, boudeuse comme pas deux, maniant l’art de la culpabilité mais pas de la subtilité, elle est d’autant plus inflexible qu’elle est enfin bien obligée de reconnaître son grand âge. Carsten est une sorte d’ado attardé d’un égoïsme forcené et d’une lâcheté absolue. Lissa est une ado très futée, hyper engagée et extrêmement acerbe dont les diatribes ont de quoi finir par porter sur le système.
Ce trio n’est pas très sympathique mais Katja Schönherr ne se contente pas de railler ces personnages assez typiques de leur génération respective. Elle nous montre aussi leurs différentes facettes et finit par les rendre (presque) attachants. Elle égratigne les travers de nos sociétés occidentales, tout en éclairant discrètement le fossé Est-Ouest propre à l’Allemagne. La relation entre Inge et la mère de Lissa est par exemple évoquée brièvement, mais elle suffit à montrer que la partition du pays a aussi divisé les mentalités et qu’il faudra encore du temps pour surmonter certaines incompréhensions.

Comme le disait Eva dans son billet, on n’aurait pas envie d’avoir la famille Ruck à sa table, et on comprend très bien que Jens, le fils aîné d’Inge, ait mis quelques milliers de kilomètres de distance avec sa mère et son frère. J’ai cependant beaucoup ri à leurs réflexions et comportements aussi insupportables que profondément humains (je vous défie de ne pas reconnaître quelqu’un de votre entourage à un moment ou à un autre !).
La vie de village étriquée et de plus en plus dépeuplé, présente tout au long du roman, me permet de participer une nouvelle fois à l’activité Sous les pavés, les pages proposée par Athalie et Ingannmic.

Rendez-vous tout au long du mois de novembre chez Et si on bouquinait un peu pour des découvertes germanophones venues bien sûr d’Allemagne, mais aussi d’Autriche et de Suisse (et pourquoi pas du Liechtenstein et du Luxembourg).










