Le Livre de poche
Et voici un classique pour annoncer la rentrée ! Pour le Challenge autour des deux George (Eliott et Sand) organisé par Miriam et Claudialucia, j’ai enfin sorti un roman entré dans ma PAL suite à ma relecture de La Petite Fadette. Je l’avais acheté, motivée à bloc pour continuer à lire George Sand, et ma librairie n’avait ce jour-là que Mauprat en rayon. Et ce fut une bonne pioche !

La famille Mauprat compte 2 branches, celle des Casse-tête et celle des Coupe-Jarret. Bernard Mauprat est le plus jeune des Coupe-Jarret et grandit au milieu de son grand-père et de ses oncles aux mœurs « féodales » qui truandent, pillent, enlèvent et violent sans scrupule. Lorsqu’ils ramènent dans leur sinistre château une proie de choix, l’héritière de la branche des Casse-tête, Bernard – ébloui par sa beauté et son sang-froid – l’aide à s’échapper. Cette fuite marquera le début de sa « rééducation » et de nombreuses péripéties.
Edmée, l’héroïne, a de la poigne, est pétrie des idées de Rousseau et se montre d’une droiture exemplaire. Bernard a un bon fond mais il est rustre et sanguin. Une chose est sûre : il aime passionnément sa cousine (« à la mode de Bretagne ») et est prêt à tout pour l’amour d’elle. Et c’est lui-même, à l’âge de 80 ans, qui narre à un visiteur de passage son parcours semé d’embûches vers la raison et la sagesse.

George Sand mêle le roman gothique à la romance, les réflexions philosophiques et politiques (la Révolution approche), la critique sociale et le conte presque folklorique avec bonheur (comme toujours, ai-je envie de dire). Mauprat offre même une incursion dans la Guerre d’indépendance américaine, une enquête et un procès à rebondissements ! Et tout cela semble couler de source (je passe sur quelques coïncidences un peu faciles qu’on lui pardonne très vite et sur ma lecture en diagonale de quelques digressions philosophiques un peu longues à mon goût).
Sand est vraiment une conteuse hors pair et je me régale à chacun de ses romans ! Et bien sûr, elle n’hésite pas à mettre les points sur les i à son personnage et à ses lecteurs à propos de quelques préjugés misogynes 💪. Une raison de plus pour découvrir ce beau classique, romanesque à souhait.
« Bernard, voulez-vous que je vous dise pourquoi ils croyaient les femmes menteuses ? — Dites. — C’est qu’ils employaient la violence et la tyrannie avec des êtres plus faibles qu’eux. Toutes les fois qu’on se fait craindre, on risque d’être trompé. Lorsque, dans votre enfance, Jean vous frappait, n’avez-vous jamais évité ses brutales corrections en déguisant vos petites fautes ? — C’est vrai, c’était ma seule ressource. — La ruse est donc, sinon le droit, du moins la ressource des opprimés. »
D’autres avis chez Claudialucia et Plaisirs à cultiver.



