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Le nouveau – Keigo Higashino

Traduction du japonais par Sophie Refle – Babel noir

Un petit tour en librairie pour y dénicher un cadeau a occasionné un petit craquage perso avec, entre autres, l’achat de ce roman de Keigo Higashino recommandé par Fanja et Dasola.

Une quadragénaire récemment installée dans le quartier de Nihonbashi, l’un des plus traditionnels de Tokyo, a été étranglée dans son appartement. L’inspecteur adjoint Kaga, du commissariat local, mène l’enquête en véritable limier qui fait marcher ses « cellules grises », avec humilité et une grande empathie (là s’arrête donc la comparaison avec Hercule Poirot 😂).

Ce roman a une originalité principale : Nous ne connaissons l’enquêteur et son travail qu’à travers le regard des personnes qu’il rencontre et interroge. Comme celles-ci, j’étais donc curieuse de savoir ce que cachaient ses questions et de quelle manière il parviendrait à résoudre ce crime à partir de détails qui semblent pour le moins insignifiants. En réalité, ces détails vont bel et bien finir par conduire au coupable, mais aussi à apaiser la peine des proches de la victime. Car pour Kaga, le travail des enquêteurs ne se limite pas à mettre un meurtrier derrière les barreaux, il s’agit aussi de venir en aide à ceux qui sont touchés par ce crime de près ou de loin.

Le quartier de Nihonbashi regorge de petites commerces devenus rares : horlogerie, pâtisserie spécialisée dans les gaufres, boutique de céramique ou de jeux traditionnels… On sent que Keigo Higashino est sensible à l’atmosphère du quartier et à la passion de ces commerçants pour leur métier. Il leur rend un bel hommage et nous parle aussi du Japon d’aujourd’hui dans lequel les relations de couple ou entre parents et enfants sont plombées par des non-dits et des schémas conservateurs.

De cet auteur, j’ai déjà beaucoup aimé Le cygne et la chauve-souris, dont je vous avais parlé ici, ainsi que Le dévouement du suspect X (pas chroniqué). Pas de violence, une intrigue finement menée, des portraits psychologiques très intéressants et une découverte « de l’intérieur » de la société japonaise, sans oublier une indéniable gourmandise (tournée vers le sucré dans cet opus), c’est le cocktail parfait pour moi !

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Le cygne et la chauve-souris – Keigo Higashino

Traduction du japonais par Sophie Refle – Actes Sud

Je voulais découvrir Keigo Higashino dont le roman Le nouveau m’intéressait suite aux chroniques élogieuses de plusieurs blogs dont Collectif polar, Dasola, Maggie ou encore Cannibal lecteur… Mais c’est Le cygne et la chauve-souris, son tout dernier opus, que le destin (a.k.a ma librairie ;-D) a mis sur mon chemin.

Nous avons ici une intrigue policière passionnante et savamment construite : un avocat a été retrouvé poignardé et lorsqu’un retraité se met à table, il n’avoue pas seulement l’avoir assassiné, mais aussi l’avoir fait pour cacher un autre meurtre commis 30 ans plus tôt. Pour des raisons différentes, le fils de l’assassin présumé et la fille de la victime ne croient pas aux mobiles invoqués et ils trouvent peu à peu des éléments qui vont instiller le doute chez les enquêteurs.

L’auteur prend son temps et m’a ainsi donné l’impression de m’emmener dans un véritable voyage au Japon, à la découverte de ses cafés, restaurants et lieux de vie, mais aussi du système judiciaire du pays (rappelons que la peine de mort est toujours en vigueur au Japon, le pays du kawaï … et des contradictions !). L’enquête est menée de manière tout sauf spectaculaire, ce qui n’empêche pas un véritable suspense. Le style est sobre et nimbé d’une mélancolie on ne peut plus japonaise, avec une psychologie des personnages fouillée, et la construction chorale associant plusieurs temporalités est limpide et d’une redoutable efficacité.

La « pente des conduites » et les poteries de Tokonamé – Image par kazuo de Pixabay

J’ai beaucoup aimé être placée du côté des victimes « collatérales » d’un meurtre, c’est-à-dire des proches de l’assassin et de la victime à proprement parler. On les suit dans la tourmente médiatique qui s’abat sur eux en plus de l’état de sidération dans lequel ils se voient plongés. Mirei et Kazuma vont faire preuve d’une grande force en cherchant à établir la vérité, alors que la justice veut avant tout résoudre une affaire. Le dénouement, formidablement amené, ne clôt d’ailleurs pas le roman. Keigo Higashino tient à montrer que trouver le coupable ne signe pas la fin de l’histoire et n’est qu’une étape pour l’entourage des suspects, des coupables et des victimes qui devront vivre avec les conséquences du crime commis.

Que ce soit pour le plaisir de suivre une intrigue juridico-policière, pour mieux comprendre la mentalité japonaise ou déguster par procuration un plat de porc au soja, je vous invite à découvrir ce roman policier très subtil.

Le fleuve Sumida à Tokyo – Image par kazaha7 de Pixabay

Alex et Mare Tea Ne en ont parlé récemment elles aussi. Et pour ma part, je vais me procurer prochainement Le nouveau et sans doute Les miracles du bazar Namiya, autre roman du même auteur mais dans un genre différent et adoré par Keisha, A girl et Pativore.

PS : Pour vous mettre l’eau à la bouche, Actes Sud met les 20 premières pages du Cygne et la chauve-souris à disposition sur son site : https://www.actes-sud.fr/le-cygne-et-la-chauve-souris