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Grèce Romans

Liquidations à la grecque – Petros Markaris

Traduction du grec par Michel Volkovitch – Éditions du Seuil

Je voulais commencer les enquêtes du commissaire Charitos dans l’ordre… et bien c’est raté ! Car si ce tome est bien le 1er d’une trilogie consacrée à la crise grecque, il n’est pas le 1er de la série. Peu importe, j’ai passé un excellent moment dans une Athènes pourtant secouée par des meurtres hors normes et une violente crise économique. Il faut dire que j’étais en bonne compagnie puisque Keisha et Patrice m’ont accompagnée pour une LC sous les auspices de l’Hiver polar proposé par Alexandra.

Je préfère cette couverture du format poche paru chez Cambourakis à celle de l’édition que j’ai lue :-D.

Kostas Charitos est un policier gourmet et un peu râleur, mais/et donc éminemment sympathique. Il m’a rappelé le commissaire Montalbano, ressemblance que relevait déjà Jean-Marc chez qui j’ai repéré ce roman. Composée de sa femme aussi acariâtre que généreuse, de sa fille tout feu tout flamme pour défendre les plus vulnérables (et soutenir une équipe de foot) et de son gendre médecin au tempérament philosophe, sa famille est très présente tout au long du roman, et c’est un véritable atout. Grâce à ça, on s’attache vite à notre enquêteur tout en profitant de points de vue variés sur une situation qui n’est clairement pas rose dans la Grèce des années 2000, que ce soit pour les retraités, les étudiants, les fonctionnaires ou les entrepreneurs.

Les victimes « liquidées » ici sont de hauts responsables du monde de la finance. Comme si cela ne suffisait pas, un petit malin, rapidement surnommé « Robin des banques » par la presse, encourage la population à ne pas rembourser ses emprunts. Les choses risquent donc de dégénérer très vite et notre commissaire a pour le moins la pression.

Un hiver polar, c’est chez Je lis, je blogue jusqu’au 20 mars

Une fois n’est pas coutume, j’ai démasqué le coupable quelques chapitres avant l’enquêteur, mais cela ne m’a pas gâché le plaisir. L’essentiel du roman est ailleurs : dans sa galerie de personnages, du journaliste intègre aux différents suspects en passant par les collègues et les proches de Kostas Charitos, et surtout dans le tableau social et économique qu’il dresse et qui – actualité oblige – n’a pas manqué de me faire penser à notre situation budgétaire nationale …


Liquidations à la grecque est un très bon roman et je n’en ai pas fini avec Petros Markaris qui a déjà un certain nombre d’adeptes sur la blogosphère : Alex, CathL, Dasola, Doudoumatous

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Allemagne Romans

Finsterau – Andrea Maria Schenkel

Traduction de l’allemand par Stéphanie Lux – Actes Sud

« Aucun tribunal au monde ne peut rendre la justice ; nous ne pouvons prendre nos décisions que sur la base des preuves dont nous disposons au moment du procès et, bien entendu, dans le cadre des possibilités légales. Malheureusement, notre interprétation de la vérité est trop souvent fausse ou, de notre point de vue, nous n’en voyons qu’une petite partie. La vérité est un enfant farouche et sa mère, la justice, est souvent aveugle. »

Dans Finsterau, Andrea Maria Schenkel imagine la révélation, 18 ans après les faits, d’une erreur judiciaire : Johann a été condamné pour le meurtre de sa fille et de son petit-fils en 1947. Il faut dire que les relations n’étaient notoirement pas bonnes entre cet homme très pieux et sa fille Afra. Et lorsque les policiers ont découvert la scène de crime, Johann tenait des propos incohérents, s’accusait et semblait n’avoir aucun regret.

Près de 20 ans après les faits, un marchand ambulant de passage dans la ville révèle des éléments qui viennent remettre en question la décision rendue par la justice. Chaque chapitre présente un témoignage différent avec les dépositions des policiers, du procureur et du médecin intervenus le jour du meurtre, mais aussi les récits de Johann, de sa femme Theres et d’Afra qui nous racontent les années, les semaines puis les dernières heures qui ont précédé cet effroyable double meurtre. On comprend ainsi l’engrenage qui a conduit à cette condamnation et on se surprend à espérer, contre toute logique, qu’Afra et son fils auront la vie sauve.

Sans être follement original, ce très court (109 pages) roman noir fait passer un bon moment de lecture. J’ai rapidement tourné les pages pour savoir qui était le meurtrier et surtout, s’il allait pouvoir être arrêté si longtemps après son crime. J’ai apprécié la peinture sociale que propose Andrea Maria Schenkel : la rude vie des « sans-terre » dans ce village de Bavière à quelques kilomètres de la Tchéquie, l’atmosphère délétère de l’immédiate après-guerre, l’animosité contre les filles-mères … Je ne suis pourtant pas sûre de lire d’autres romans de cette autrice dont le style m’a paru trop sec. L’absence d’enquêteur, qui fait aussi l’originalité de cette novella, a peut-être contribué à la distance avec laquelle je l’ai lue. Il est possible également que Johann ne m’étant absolument pas sympathique, je sois restée froide devant l’erreur judiciaire dont il était victime. Bref, il m’a manqué quelque chose !

Au passage, j’ai entendu parler pour la première fois des Yéniches, reconnus comme minorité nationale en Suisse et qui représenteraient aujourd’hui en France sans doute le groupe autonome le plus important parmi les nomades. Dommage que le challenge sur les minorités ethniques soit fini chez Ingannmic !

PS: Manou l’a lu aussi, son avis est à retrouver ici.

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Japon Romans

Le cygne et la chauve-souris – Keigo Higashino

Traduction du japonais par Sophie Refle – Actes Sud

Je voulais découvrir Keigo Higashino dont le roman Le nouveau m’intéressait suite aux chroniques élogieuses de plusieurs blogs dont Collectif polar, Dasola, Maggie ou encore Cannibal lecteur… Mais c’est Le cygne et la chauve-souris, son tout dernier opus, que le destin (a.k.a ma librairie ;-D) a mis sur mon chemin.

Nous avons ici une intrigue policière passionnante et savamment construite : un avocat a été retrouvé poignardé et lorsqu’un retraité se met à table, il n’avoue pas seulement l’avoir assassiné, mais aussi l’avoir fait pour cacher un autre meurtre commis 30 ans plus tôt. Pour des raisons différentes, le fils de l’assassin présumé et la fille de la victime ne croient pas aux mobiles invoqués et ils trouvent peu à peu des éléments qui vont instiller le doute chez les enquêteurs.

L’auteur prend son temps et m’a ainsi donné l’impression de m’emmener dans un véritable voyage au Japon, à la découverte de ses cafés, restaurants et lieux de vie, mais aussi du système judiciaire du pays (rappelons que la peine de mort est toujours en vigueur au Japon, le pays du kawaï … et des contradictions !). L’enquête est menée de manière tout sauf spectaculaire, ce qui n’empêche pas un véritable suspense. Le style est sobre et nimbé d’une mélancolie on ne peut plus japonaise, avec une psychologie des personnages fouillée, et la construction chorale associant plusieurs temporalités est limpide et d’une redoutable efficacité.

La « pente des conduites » et les poteries de Tokonamé – Image par kazuo de Pixabay

J’ai beaucoup aimé être placée du côté des victimes « collatérales » d’un meurtre, c’est-à-dire des proches de l’assassin et de la victime à proprement parler. On les suit dans la tourmente médiatique qui s’abat sur eux en plus de l’état de sidération dans lequel ils se voient plongés. Mirei et Kazuma vont faire preuve d’une grande force en cherchant à établir la vérité, alors que la justice veut avant tout résoudre une affaire. Le dénouement, formidablement amené, ne clôt d’ailleurs pas le roman. Keigo Higashino tient à montrer que trouver le coupable ne signe pas la fin de l’histoire et n’est qu’une étape pour l’entourage des suspects, des coupables et des victimes qui devront vivre avec les conséquences du crime commis.

Que ce soit pour le plaisir de suivre une intrigue juridico-policière, pour mieux comprendre la mentalité japonaise ou déguster par procuration un plat de porc au soja, je vous invite à découvrir ce roman policier très subtil.

Le fleuve Sumida à Tokyo – Image par kazaha7 de Pixabay

Alex et Mare Tea Ne en ont parlé récemment elles aussi. Et pour ma part, je vais me procurer prochainement Le nouveau et sans doute Les miracles du bazar Namiya, autre roman du même auteur mais dans un genre différent et adoré par Keisha, A girl et Pativore.

PS : Pour vous mettre l’eau à la bouche, Actes Sud met les 20 premières pages du Cygne et la chauve-souris à disposition sur son site : https://www.actes-sud.fr/le-cygne-et-la-chauve-souris

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Allemagne Romans

Nuit bleue – Simone Buchholz

Traduction de l’allemand par Claudine Layre – Éditions L’Atalante

Voilà un petit moment déjà que j’entends parler des polars de Simone Buchholz. Avec Les Feuilles allemandes, c’était l’occasion rêvée de m’y mettre. Je voulais lire ces romans dans l’ordre de leur parution mais – ratage – j’ai finalement lu Nuit bleue qui est le 2e. Bref, sachez-le si vous vous lancez : le premier roman de cette série s’intitule Quartier rouge.

Malgré cette erreur dans la chronologie, j’ai été entraînée sans problème dans le sillage clope-bière-schnaps-sandwich-au-poisson de Chastity Riley (oui, c’est bien son nom). Autour de cette procureure gravitent des malfrats repentis et des policiers aguerris (mais au cœur tendre) qui forment une petite bande d’amis peu conventionnelle. Lieu de tous les trafics, de la corruption mais aussi de la fête et du cosmopolitisme, Hambourg est un personnage à elle toute seule. Aussi fascinante que poisseuse, la ville donne un cachet indéniable à ce roman très efficace.

Image par Bernd Hildebrandt de Pixabay

Chastity Riley répond quant à elle aux codes du genre : hantée par une jeunesse un peu glauque, foncièrement intègre et (donc) mise sur la touche par sa hiérarchie, elle passe plus de temps dans les bars que dans son bureau. Elle n’en est pas moins efficace et son métier de procureure lui donne un regard différent des enquêteurs plus « classiques ».

Les Feuilles allemandes, c’est chez Eva & Patrice ainsi que chez Fabienne pendant tout le mois de novembre.

Je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman à la construction maligne et très addictive. C’est à la fois un récit d’atmosphère et un tableau de la criminalité qui règne à Hambourg. Riley se rendra aussi à la frontière avec la République tchèque pour tenter de percer le mystère qui enveloppe l’homme dont elle est censée assurer la protection. Retrouvé à moitié mort et avec un index sectionné, le mystérieux Joe la mène-t-il en bateau et est-il une « vraie » victime ? Si vous voulez le savoir, vous savez ce qu’il vous reste à faire ;-D

PS : Ingannmic a lu il y a quelques jours une autre enquête de Chastity Riley, Rue Mexico, et Pativore nous a fait découvrir Béton rouge, tous les deux très alléchants.