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Le désert ou la mer – Ahmed Tiab

Éditions de l’Aube

Noté sur les conseils de Fabienne, Le désert ou la mer est un roman noir mettant en scène un policier intègre qui enquête sur la mort d’Africains littéralement échoués sur les côtes oranaises. Car lorsque les routes habituelles de l’immigration sont perturbées par des guerres civiles, les migrant désespérés sont prêts à tenter la traversée vers l’Europe depuis l’Algérie, pour le plus grand bonheur des trafiquants locaux.

Commençons par les points forts : Le personnage de Kémal Fadil m’a plu. Élevé par une mère peu conventionnelle, honnête (une vraie qualité quand on travaille dans un système aussi corrompu) et sachant s’entourer de collègues-amis hauts en couleur, il est tenace, sensible et intelligent, sans en faire trop. Le décor est très bien planté, c’est réaliste et évocateur. Oran dévoile son histoire et ses multiples facettes d’aujourd’hui. Le parcours des migrants depuis le Niger est visiblement très documenté. Le lien entre ce trafic d’êtres humains et une autre filière mafieuse m’a par ailleurs semblé une excellente idée.

Pourtant, j’ai bien failli arrêter ma lecture à plusieurs reprises, surtout dans le premier tiers. Premier point : je commence à me lasser des romans policiers construits avec un chapitre dans le présent, un chapitre dans le passé, surtout quand la période la moins traitée est celle de l’enquête. Deuxième point, beaucoup plus gênant : Les invraisemblances se multiplient à Niamey, avec les « décisions » prises par le personnage d’Ali, les dernières paroles de celle qu’il aime en secret, etc. Tout ça m’a paru très maladroit, voire risible.

J’ai tenu bon parce que le sujet me semblait le mériter et parce que le roman retrouve ensuite une certaine crédibilité, mais il y a – en plusieurs endroits du récit – d’autres passages incongrus, avec des sous-intrigues bizarres dont je n’ai pas compris l’intérêt. À mon avis, elles compliquent inutilement la lecture. Et puis que dire de ce coup de foudre pour une jeune femme entr’aperçue alors qu’elle est dans un état absolument piteux, et surtout qui est encore très, très jeune par rapport à celui qui la convoite. Je ne parlerai même pas du fait qu’il n’hésite pas à lui octroyer un traitement de faveur simplement parce qu’elle lui a tapé dans l’œil …

Des polars à foison et de tous horizons sont lus cet hiver dans le cadre de l’Hiver polar chez Je lis, je blogue.

Bref, le thème est intéressant, l’enquêteur est (aurait pu être ?) un personnage prometteur et l’auteur sait créer des ambiances. Malheureusement, à vouloir traiter trop de sujets et de personnages, il se disperse, tombe parfois dans les clichés et perd en crédibilité.

Le désert et la mer se passe bien après la Décennie noire, mais il en est largement question et cela m’a rappelé un polar algérien d’un tout autre calibre sur cette période : Morituri, de Yasmina Khadra. Si vous ne devez en lire qu’un, optez sans hésiter pour cette enquête du commissaire Llob plutôt que Le désert ou la mer, honnête mais qui n’ose pas aller jusqu’au bout de la noirceur que son sujet réclame.

Sharon, Belette 2911 et Fabienne sont d’un tout autre avis que moi 😁 : les goût et les couleurs, tout ça, tout ça !

29 réponses sur « Le désert ou la mer – Ahmed Tiab »

Bonjour Sacha, s’il y a des passages risibles et qu’on n’y croit pas, c’est dommage… mieux vaut passer à Y. Khadra, j’ai lu « L’Attentat » de lui, il y a longtemps, un bon roman. Excellente semaine à vous 🌞🌈📚🤩🌱

J’avoue avoir été surprise par de grosses invraisemblances, certaines auraient été facilement évitables d’ailleurs. Dommage que l’éditeur n’ait pas fait retravailler certains passages à son auteur.

Dommage, mais je ne m’y risquerai pas après avoir lu tes bémols… (bon, je ne l’avais pas repéré jusqu’alors, donc, mes listes restent toujours aussi interminablement longues)

J’aurais préféré pouvoir le recommander chaudement mais ça n’a pas été le cas malheureusement. Mais il reste très bien documenté.

Oh, c’est vrai, j’ai oublié de mentionner Les agneaux du seigneur qui est pourtant mon préféré de cet auteur. L’attentat était très bien aussi, mais il m’a moins marquée que les premiers romans « algériens » de Khadra.

Sachant que je n’ai toujours pas lu Y. Khadra, je crois que mon choix est fait.

C’est un enquêteur qui a une mère peu commune et il est attachant… jusqu’au moment où il m’a déçue, l’auteur étant tombé dans la facilité. C’est dommage en effet.

Ça semble avoir été une lecture plutôt laborieuse. Dommage, comme tu dis, le thème est intéressant, mais ça semble quand même fragile dans le traitement et l’écriture.

Il y a des pages qui se lisent très bien, et puis d’autres où on lève les yeux au ciel … Bref, c’était en dents de scie, mais pas très long heureusement.

Il me semble qu’il y a plus de bémols que de points positifs dans cette lecture…dommage car bien entendu le sujet est intéressant. J’ai lu « Morituri » il y a des années, encore un auteur qu’il me faudrait relire !!

Je sens que je vais suivre tes bémols. Déjà, une jeune nigérienne qui se lance là dedans, je n’y crois pas, au fil de pas mal d’années de cours de français j’ai rencontré des Soudanais, Ethiopiens, africains de l’ouest, ou l’est, etc. mais jamais de nigériens (ou alors c’est qu’ils parlent déjà français? )

Il me semble que le français était langue officielle jusqu’à récemment au Niger donc ça pourrait expliquer que tu n’aies pas croisé de Nigériens en effet. Mais l’histoire de cette jeune fille reste pas très crédible : elle part car elle risque d’être violée par son oncle chez qui elle vit, sort auquel elle échappe car pas encore dotée de tous les attributs d’une femme adulte, mais 6 mois plus tard, elle est « bonne à marier » en Algérie (aux yeux d’un homme plutôt progressiste). J’ai cru avoir raté un épisode mais non, c’est juste bâclé.

Français langue officielle ne veut pas dire parlé par tous; il existe plein d’autres langues qui permettent aux habitants de communiquer entre eux. Faudrait que je vérifie dans le bouquin. Et qu’elle échappe au viol durant sa route, pourquoi pas, mais hélas c’est le sort des femmes en route vers l’exil.

Il me semble quand même qu’elle parle français car elle rencontre des Suisses en Algérie et parvient à communiquer avec eux (mais je t’avoue que je l’ai lu il y a plusieurs semaines et j’ai oublié pas mal d’éléments). Le viol, elle y échappe pendant son périple, et la raison de son départ du Niger est qu’elle craint l’inceste. Son oncle l’héberge mais la lorgne et comme il a déjà violé sa propre fille (qui s’est enfuie), elle se dit qu’elle va devenir sa victime dès qu’elle sera devenue un peu plus pulpeuse (sous-entendu elle a un physique encore enfantin). Mais une fois arrivée en Algérie, elle est soudainement devenue femme (pour justifier sans doute le coup de foudre qu’elle suscite). Bref, incohérences…

J’ai tendance à lire en biais les billets sur les romans policiers, mais le thème de celui-ci m’intéressait et puis « plouf » tes critiques tombent comme un couperet pour moi je vais encore une fois ne pas noter un roman polar.

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