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La mélodie de Vienne – Ernst Lothar

Ce petit pavé m’a permis de découvrir Ernst Lothar, écrivain viennois contemporain de Stefan Zweig et Arthur Schnitzler, entre autres. Il aurait pu s’intituler « Une maison viennoise » tant la villa qui abrite (enferme ?) la famille Alt est le fil conducteur de ce roman qui se déroule de 1888 à 1938.

Personnellement, je trouve cette couverture très « nunuche », ce que n’est pas du tout le roman.

« L’Autriche est une communauté obligée, ça ne t’avait jamais frappé ? Une cohabitation d’éléments disparates ! Les Tchèques détestent les Allemands, les Polonais les Tchèques, les Italiens les Allemands, les Slovènes les Slovaques, les Ruthènes les Slovènes, les Serbes les Italiens, les Roumains les Ruthènes. Et les Hongrois tout ce qui n’est pas eux – extra Hungariam non est vita et si est vita, non est ita ! Ce que tu as concocté dans ce devoir de baccalauréat dont tu es si fier est complètement absurde ! Qu’est-ce que ça veut dire finalement « l’Autrichien » ? Ça n’existe pas ! C’est une appellation inventée par les Habsbourg pour justifier leur pouvoir ! »

La famille Alt possède une manufacture de piano auréolée de gloire grâce à Mozart, ce qui me permet de participer avec cette lecture à l’activité Sing me a song proposée par Sunalee. Le théâtre, la musique et les bals sont présents également puisque nous sommes à Vienne à l’apogée de son rayonnement artistique. La peinture est elle aussi au programme, avec une scène assez hilarante dans laquelle apparaît un, hélas bien trop connu, petit moustachu hargneux dépourvu de talent qui se verra refuser l’entrée à l’École des Beaux-Arts.


Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes malgré ce bouillonnement artistique. La révolte gronde dans les vastes contrées de l’Empire et, bientôt, dans toute l’Europe. Le prince héritier se suicide et son père reste sur le trône tel une poupée de cire figée dans un autre siècle. Et quelques décennies plus tard, ce sera l’Anschluss et la fin d’une époque.

Une belle écriture, vive et moderne et un contexte passionnant rendent ce roman très intéressant. Pourtant, je suis restée sur ma faim. Je pense que trop de références m’ont échappé : l’auteur part du principe que nous connaissons tout ce petit monde, et ni le traducteur ni l’éditeur n’ont jugé nécessaire de donner quelques précisions chronologiques ou dynastiques. Résultat : j’ai parfois été frustrée de ne pas tout saisir du contexte politique et me suis ennuyée lors de certains passages. Par ailleurs, j’ai eu du mal à comprendre les personnages principaux et ne me suis attachée à aucun d’eux, ce qui est un peu gênant pour moi dans une saga familiale, même si elle est surtout une métaphore de « la chute de la Maison Autriche » bien plus que l’évocation d’une famille de chair et de sang. Mais cela a eu pour effet de manquer un peu de corps pour moi.

Anniemots a été emballée pour sa part et je vous invite donc à découvrir son avis qui m’avait poussée à noter ce livre aussitôt.

Pour accompagner ce billet et parce que Mahler apparaît dans le roman (quelques personnages assistent à un concert dirigé par le compositeur himself ), j’ai choisi sa symphonie no 2, que je trouve bien dans l’esprit du roman, oscillant entre grandiloquence et intériorité.

36 réponses sur « La mélodie de Vienne – Ernst Lothar »

Je vais laisser passer ce roman car je ne peux pas tout noter, et pourtant cette période est tellement passionnante.

C’est vrai que s’il n’y a pas de notes explicatives concernant l’époque, la politique ou encore les personnes ayant vécu, ça peut sembler difficile d’approche et freiner le plaisir de lire. Dans « Middlemarch », il y avait beaucoup de renvois aux notes. Une chance car j’aurais été complètement perdue.

Ah mince, ça partait bien, puis le soufflé est retombé d’un coup. Beaucoup trop de bémols pour que je le note et par ailleurs, si les personnages ne sont pas un minimum attachants, c’est assez rédhibitoire pour moi. Bon, tu sauves quand même ma PAL d’une tentation, car j’aurais pu céder, non pas en voyant la couverture^^ mais à lecture du résumé.

On est d’accord : cette couverture ne va pas du tout 😆. Pour le roman, c’est dommage car il a plein de qualités, mais j’ai du mal à vraiment le recommander sachant qu’il fait quand même 600 pages, ce qui fait long connaissant mes réserves.

Je trouve cette couverture surtout trompeuse par rapport au contenu et à l’intention de l’auteur, mais tu as raison : elle a sûrement une raison d’être.

Exactement ! Je n’ai pas trouvé d’autres titres qui aillent avec ton activité dans mes listes, mais je compte sur une trouvaille inattendue pour pouvoir participer à nouveau.

J’ai beaucoup de mal avec les contextes qui me restent obscurs… Un bon écrivain sait, à mon avis, rendre compréhensible même un contexte qu’on ne connait pas.

Ca m’a gênée en cours de lecture, c’est certain. C’est dommage et tu as raison, cela n’est pas dû qu’à un travail d’édition qui aurait pu être plus explicite. Cela explique peut-être qu’Ernst Lothar n’ait pas connu le même succès que ses contemporains…

Je ne connais pas Ernst Lothar mais tes bémols sont tout de même bien présents et j’ai des listes démesurément longues, donc pour l’instant je passe.

Je te comprends, je ne note souvent que les coups de coeur sur les autres blogs, et cela fait déjà de longues listes !

à la lecture de tous ces commentaires je m’interroge, ma passion pour l’histoire de l’Autriche-Hongrie m’a peut être égarée (un tout petit peu) 😂. j’ai vraiment pris plaisir à le lire. « Revenir à Vienne », du même auteur, est saisissant…

Hihi, tu n’étais peut-être pas objective, mais peut-être aussi que ce n’était pas le meilleur moment pour moi. Et tu avais sans doute plus de connaissances que moi sur le sujet 😉.

Il faut sans doute passer au-dessus, quitte à lire certains passages en diagonale, mais je n’aime pas ça et je trouve que quelques explications auraient été bien utiles.

Il y a un personnage qui m’a fait de la peine mais il est agaçant aussi. C’est le revers d’une qualité : les personnages sont tous pleins de défauts et de qualités, très humains et pas manichéens donc, mais on ne les côtoie pas assez en profondeur pour s’y attacher vraiment malheureusement.

Je l’ai lu et je partage ton avis à propos des personnages. Je ne les ai pas trouvés sympathiques du tout. En revanche, j’ai apprécié le côté historique de ce roman et la découverte de l’époque. Depuis, du même auteur, j’ai lu Revenir à Vienne, où les héros ne se sont pas plus attachants ! Il faut s’y faire, avec cet auteur !

Je me suis sentie un peu perdue par moments, mais il y avait beaucoup de choses très intéressantes en effet, et ça m’a donné envie de creuser à propos de l’histoire de l’Autriche. C’est déjà une réussite en soi 😉.

Ps: je croyais que tu ne publiais plus, mais je constate que c’est mon abonnement qui ne fonctionnait plus ! Je vais rectifier ça de ce pas !

On a eu ce roman dans nos étagères et on a finalement décidé de l’écarter en raison de plusieurs billets assez réservés sur la blogosphère. Je constate que le tien également est mitigé ; dommage car c’est une région dont j’aime beaucoup la littérature.

Je pense que j’ai été déçue parce que j’avais beaucoup d’attentes. La comparaison avec Zweig était irrésistible mais s’est avérée excessive me concernant.

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