Traduction du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot – Le Livre de poche
Impossibles adieux de Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature 2024, m’avait fait très, très forte impression. Le récent avis de Jenevelle Laclos sur une œuvre antérieure de cette autrice sud-coréenne a donc immanquablement attiré mon attention. J’ai rapidement emprunté, puis lu ce roman dans lequel Han Kang creusait déjà le sillon de la mémoire tourmentée de son pays.

Celui qui revient est un roman dur. La répression et la torture y sont décrits sans fard, les victimes et leurs proches expriment leur douleur et leurs traumatismes. On ne peut que mesurer le poids de cette tragédie et de l’omerta qui l’a suivie, mais aussi, plus que le courage peut-être, la lassitude et le désespoir qui ont poussé une population, en particulier sa jeunesse, à défendre sa liberté.
La récente actualité du pays montre à quel point ces plaies restent vives et la combativité du peuple coréen, intacte : en mai dernier, une vaste polémique a poussé Starbucks à fermer ses cafés pendant plusieurs jours dans tout le pays pour prendre le temps de former son personnel à l’histoire des événements pro-démocratiques du printemps 1980 à Gwangju, événements qui sont au cœur de Celui qui revient.

Toutes ces horreurs, me direz-vous, voilà qui est déprimant et doit être insupportable à lire. Pourtant, étrangement – et c’est là tout le talent de Han Kang –, ce texte recèle une très grande beauté et beaucoup d’émotion, avec un effet quasi hypnotique. Si Impossibles adieux exaltait la neige et le blanc, Celui qui revient explore plutôt le noir. Je reprends ici à mon compte l’expression « poésie macabre » employée par Jenevelle à son propos car elle me semble parfaite. Bien sûr, ce roman parle d’événements spécifiques survenus sur un autre continent, dans un contexte (géo)politique et économique particulier. Pour autant, cette histoire est tristement universelle et intemporelle… Et donc importante.
Si une lecture sombre et hautement politique ne vous fait pas peur en pleine période estivale, allez-y ! Et si vous ne devez lire qu’un Han Kang, procurez-vous Impossibles adieux. Moi, il me reste à mettre la main sur La végétarienne, autre roman visiblement dérangeant même si c’est dans un tout autre registre. Sandrine en parlait ici : https://tetedelecture.com/2016/01/25/la-vegetarienne-de-han-kang .

34 réponses sur « Celui qui revient – Han Kang »
Il est dans ma liste à lire mais en ce moment, je ne pense pas être en mesure d’accueillir un texte aussi sombre même si le fait qu’il est d’une grande beauté me rassure quant à ma capacité à le lire sans être débordée par mes émotions.
Il vaut mieux choisir son moment, c’est certain. Voire passer son tour si on sent que ce n’est pas pour soi.
Pas pour moi en ce moment, mais je me suis promis de lire « la végétarienne ». Si un jour tu veux faire lecture commune …
C’est noté !
Merci Sacha, tu m’as donné envie de découvrir cette auteure dont les thématiques fortes et dures sont accompagnées d’une langue poétique.
Si je me souviens bien, ce sont justement sa volonté de faire œuvre de mémoire et sa langue très poétique qui lui ont valu le Nobel, et je comprends !
Tu m’as franchement donné envie d’en lire plus de cette autrice, tu m’as rappelé ce que j’avais ressenti en la lisant et je crois pouvoir dire plusieurs mois après que je n’ai rien lu de semblable. J’ai évidemment très envie de lire celui que tu nous recommandes, et j’ai hâte que tu nous fasses un retour sur « La végétarienne » car j’avais longuement hésité à lire celui-ci au lieu de « Celui qui revient » !
Même s’il est dramatique aussi, Impossibles adieux est un peu moins dur me semble-t-il, plus énigmatique aussi, et magnifique !
J’avais adoré. Je recommande tous les livres de cette auteurs🙏🏻✨
Il me reste quelques-uns à lire et je m’en réjouis !
Bonjour Sacha. Beaucoup aimé « la végétarienne », je n’ai pas encore lu « impossibles adieux » mais c’est dans mes intentions. Son livre de poésie traduit en français (le titre m’échappe) est bien également. Bonne journée !
Je pense qu’Impossibles adieux ne peut que vous plaire, Marie-Anne !
Je vais suivre ton conseil et me garder pour « Impossibles adieux ».
Je pense qu’il est moins dur, et plus lumineux, et donc plus facile d’accès même si des passages sont très durs aussi.
Je comprends. Je soutiens mais non… je ne me sens pas l’envie d’aller y voir de plus près. Ca va me traumatiser. Plutôt un autre titre
On n’a pas toutes/toutes envie de ce genre de lecture, c’est bien normal. La végétarienne a l’air costaud aussi, dans un autre registre. Han Kang n’a pas peur de ce qui est dérangeant visiblement.
Je ne sais pas si La Végétarienne est dérangeant, comme tu dis, mais le personnage principal ne m’a pas du tout intéressée. Devant ton enthousiasme
communicatif, je note Impossibles adieux pour réessayer de lire cette romancière ! Ils sont rares à être fans d’elle.
Impossibles adieux a visiblement été mieux reçu par le public, il est sans doute plus accessible. Je suis encore plus curieuse de lire La végétarienne pour découvrir si cette actrice peut m’intéresser avec un sujet très différent.
Il faut aussi que je continue mes lectures de Han Kang !
C’est une autrice que je trouve passionnante !
Je n’ai pas encore essayé et je ne le ferai pas en ce moment, j’ai envie de lectures plus légères. Un jour peut-être ..
Je suis passée depuis à des lectures plus légères, un bon classique romanesque français puis un Agatha Christie… On ne peut pas enchaîner les romans aussi durs.
j’ai prévu depuis fort longtemps de le lire mais j’ai un récit historique sur ces évènements à lire avant car étant fan de la Corée du Sud et apprenant la langue, je veux être vraiment au fait des évènements de Gwangju pour comprendre la portée de ce roman dans son pays. Je suis contente de voir que tu l’as lu et que tu es au courant pour la polémique autour de Starbucks. Incroyable cette histoire !
Je suis de plus en plus fan de cette langue !! Elle est d’ailleurs l’invitée du festival d’Avignon cette année 😊.
Un pays au passé très tourmenté. J’ai lu récemment un roman qui se déroule sur l’île de Jeju, et il s’y est passé des choses terribles dans les années 40/50/60. J’avais très envie de découvrir l’autrice et ce texte qui explore l’histoire et la politique semble pouvoir me plaire. merci pour ce billet.
Impossibles adieux parle justement du massacre de Jeju. J’ai « retrouvé » cette histoire dans L’ile des femmes de la mer, c’est peut-être ce roman que tu as lu ? La dictature a été impitoyable en Corée du sud…
J’avais beaucoup aimé Impossibles adieux, mais là je lis « torture » et descriptions sans fard, je préfère me préserver. Je suis très petite nature sur ce point spécifique. Bon, ce n’est pas grave, je pourrai toujours découvrir d’autres de ses romans.:)
Ces évocations sont brèves mais choquantes, je comprends donc tout à fait tes réticences.
Je me suis promis de la relire, suite à sa découverte avec La végétarienne. Ce rappel est bienvenu, d’autant plus que ce titre pourrait m’intéresser.
Eh eh, je vais faire le chemin inverse en lisant La végétarienne, mais pas tout de suite, je n’aime pas trop enchaîner les romans d’un même auteur, sauf les polars et les séries justement.
je sais que ce pays a un passé très lourd , pas trop envie de le lire en ce moment.
Et tu en as bien le droit, il ne faut jamais se forcer !
J’ai déjà noté deux titres de cette autrice à découvrir : « la végétarienne » et « Impossibles adieux » qui sont tous deux dans ma médiathèque en ville. Je vais ajouter celui-ci à part car il ne s’y trouve pas mais vu le sujet ce ne sera pas pour tout de suite, je préfère commencer par les deux autres…
J’avais beaucoup aimé ce roman de l’auteure, qui m’a appris des choses sur l’histoire de ce pays. La végétarienne ne me tente pas, mais j’attends tout de même ton avis.