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Films et séries

Radio Prague, les ondes de la révolte

Un film de Jiří Mádl (2024)

Le film commence en octobre 1967 : dans un contexte de libéralisation qui commence tout doucement à souffler en Tchécoslovaquie, le directeur des télécommunications affecte le jeune Tomasz au sein de la rédaction internationale de Radio Tchécoslovaquie. Ce jeune technicien est chargé de surveiller (secrètement bien sûr) ces journalistes et leur rédacteur en chef, de plus en plus réticents à l’application de la censure et qui veulent pouvoir utiliser des sources d’informations hors du bloc de l’Est.

Radio Prague permet une plongée très réaliste dans cette période qui est restée dans l’Histoire sous le nom de Printemps de Prague (en tchèque : Pražské jaro, en slovaque : Pražská jar). Pour rappel : elle débute le 5 janvier 1968, avec l’arrivée au pouvoir du réformateur Alexander Dubček, et s’achève le 21 août 1968 avec l’invasion du pays par les troupes du pacte de Varsovie. Dans cette fiction inspirée de faits réels, le réalisateur et son chef opérateur ont intégré avec brio de véritables images d’archives. Malheureusement, ce sont presque exclusivement ces images-là qui suscitent de l’émotion. Les autres personnages sont trop survolés pour nous toucher véritablement. Pourtant, les dilemmes auxquels ils sont confrontés sont tragiques (trahir ses amis et ses idéaux, ou mettre la vie de ses proches en danger). Mais je suis restée à distance. Le rédacteur en chef très charismatique et très engagé de Radio Tchécoslovaquie aurait pu/dû être davantage creusé par exemple.

Ce qui est très bien montré en revanche, c’est le courage des journalistes, des étudiants et des citoyens lambda. L’émotion m’a saisie devant la tragédie de cet espoir immense qui a été anéanti en à peine quelques jours. Dire qu’il aura fallu 20 ans de plus pour que le Rideau de fer s’ouvre… La répression du Printemps de Prague a fait près d’une centaine de morts et plusieurs centaines de blessés. Elle a également poussé près de 70 000 personnes (sur une population de 15 millions) à fuir le pays.

En résumé, un film qui se laisse regarder, mais qui ne vaut pas C’est arrivé un premier septembre, dont je vous parlerai dans quelques jours, ni le roman kaléidoscopique grâce auquel j’ai découvert le rôle central de la radio dans les événements de 1968 : Bratislava 68, été brûlant, un de mes coups de coeur il y a deux ans.

Pour lire (en français) une petite archive de Radio Prague sur ce printemps 1968 vu par quelques journalistes : Le Printemps de Prague | Radio Prague International.

Et un point supplémentaire pour moi grâce au doublé Sous les pavés, les pages + Rentrée à l’Est !

PS : Le film est disponible à la location sur Prime Video et Arte Boutique (cliquez ici pour voir une bande-annonce).

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Romans Slovaquie

Bratislava 68, été brûlant – Viliam Klimáček

Traduction du slovaque par Richard Palachak et Lydia Palascak – Agullo Éditions

Avez-vous déjà lu un roman slovaque ? Pour moi, Bratislava 68, été brûlant était une première en la matière. L’auteur s’est inspiré de faits réels pour cette fresque historique et profondément humaine. Avec humour et émotion, il y mêle occasionnellement ses réflexions et expériences personnelles. J’ai adoré !

En 50 tableaux, Viliam Klimáček nous fait revivre l’été 1968, celui de l’invasion de la Tchécoslovaquie par des « pays-frères » qui goûtaient peu le vent de liberté que le nouveau gouvernement faisait souffler sur le pays. Mais il ne s’arrête pas là car nous suivons ses personnages pendant plusieurs années et même décennies. Certains ont dû s’exiler et repartir de zéro. D’autres sont restés, subissant les mesures de rétorsion qui ont invariablement touché les proches des exilés. Tous ont en commun d’avoir été séparés d’une partie de leur famille.

La radio de Bratislava par Thomas Ledl, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

J’ai découvert le rôle joué par la radio dans les événements d’août 1968, le courage et le calme des Tchécoslovaques face à l’invasion, l’engagement de la maison d’édition Sixty-Eight Publishers, les différentes vagues d’émigration slovaque au 20e siècle et ce que pouvait être la vie quotidienne dans un État du bloc de l’Est en apparence plus libre que d’autres.

On sent que Viliam Klimáček aime son pays, ses compatriotes, qu’il compatit avec eux pour ce qu’ils ont eu à affronter. Et il exprime clairement son admiration et sa reconnaissance pour l’accueil que l’Autriche et le Canada ont réservé aux exilé(e)s. Il n’hésite cependant à se montrer critique et à pointer du doigt les attitudes plus ambiguës voire hostiles de certains, y compris des Tchécoslovaques eux-mêmes.


« Les citoyens tchécoslovaques acceptaient cette aide avec gratitude, ils la trouvaient normale. Puisqu’ils fuyaient l’enfer. Les premiers jours, cette aide leur permet de se remettre un peu du choc et des chars. Mais ils eurent la mémoire courte. Quarante ans plus tard, malheureusement, quand la Tchéquie et la Slovaquie seraient devenues des démocraties, ils ne secourraient pas spontanément les nouveaux réfugiés du tiers-monde, pour qui notre pays représenterait un asile comme l’Autriche pour nous autrefois. » 
Image par Sigurd Rille de Pixabay

J’ai dévoré Bratislava 68, été brûlant, car en plus de nous livrer des faits passionnants, Viliam Klimáček, en bon dramaturge qu’il est également, a le sens du rythme et du suspense. Chaque tableau se termine sur « un personnage suspendu au-dessus du vide » (pour ne pas dire cliffhanger) et j’ai été prise au piège de cette narration addictive.

« Par la fenêtre, Jozef aperçoit des techniciens dans la cour qui emportent des micros et des appareils afin de pouvoir encore émettre. Ce jour-là a accouché de milliers de héros anonymes. S’ils avaient été découverts, les conséquences auraient été fatales. Jozef ne se doutait pas qu’il en ferait partie. »

Je le reconnais bien volontiers : j’ai eu plus d’une fois la gorge serrée. L’auteur a toutefois su me faire sourire grâce à des situations insolites et des traits de caractères de ses personnages, tous terriblement attachants. Ce mélange de destins individuels difficiles et de dérision m’a tout simplement emballée.

Vous ne serez pas surpris(e)s que Patrice ait lui aussi lu ce roman, qu’il a beaucoup apprécié d’ailleurs. Ally, quant à elle, l’a d’abord trouvé déconcertant, puis a été séduite.

PS : Ce roman n’est sans doute pas facile à trouver en bibliothèque, en plus de ne pas être disponible en poche. Pour permettre à au moins l’un(e) d’entre vous de le découvrir, je propose donc de troquer mon exemplaire contre un autre roman, si possible figurant dans ma liste de souhaits. Intéressé(e) ?