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Lettres d’Angleterre – Karel Čapek

Traduction du tchèque par Gustave Aucouturier- Éditions La Baconnière

Une Rentrée à l’Est consacrée à la Slovaquie et à la Tchéquie sans Karel Čapek ? Impossible ! Ce fabuleux écrivain tchèque ouvre donc ce rendez-vous consacré à deux pays qui n’en ont formé qu’un pendant plusieurs décennies. Il était cher au coeur de Goran, et cette lecture commune est donc également l’occasion de rendre hommage à ce blogueur passionné de littérature, en particulier d’Europe de l’Est, que beaucoup d’entre vous ont connu.

Pour cette LC, mon choix s’est porté tout naturellement vers Lettres d’Angleterre, ce pays ayant été ma destination de vacances estivale cette année. Au retour de mon propre séjour, je me suis plongée avec plaisir dans les impressions de Čapek sur l’Angleterre (qu’il faut ici entendre au sens de Grande-Bretagne puisqu’il a également voyagé en Écosse et au Pays de Galles).

Le voyage de Karel Čapek remontant à près d’un siècle avant le mien, on pourrait penser que beaucoup de choses ont changé depuis. Et c’est le cas, mais pas tant que cela ! L’évolution majeure est évidemment que l’Angleterre s’est largement urbanisée au cours des 100 dernières années. Depuis les trains, on y voit donc moins de vastes pâturages et de moutons qu’à son époque, mais bien d’autres observations sont toujours vraies et m’ont fait beaucoup rire.

« Les arbres sont sans doute ce qu’il y a de plus beau en Angleterre. Il y a certes aussi les prairies et les policemen, mais il y a surtout les arbres, de beaux, de puissants, de vieux, de vastes, de vénérables, d’immenses arbres. Les arbres de Hampton Court, de Richmond Park, de Windsor et de je ne sais où encore. Peut-être ces arbres ont-ils une grande influence sur le torysme anglais. J’imagine qu’ils entretiennent le sens aristocratique, le respect des formes historiques, l’esprit conservateur, le protectionnisme, le golf, la Chambre des lords, et autres choses remarquables et antiques. »

L’auteur-voyageur a un regard aussi tendre qu’acéré sur ce qu’il voit, et tout en se moquant de lui-même, il ne se prive pas d’égratigner son pays d’accueil. Le passage suivant montre, par exemple, que les préoccupations sur l’appropriation de biens culturels ne sont pas totalement nouvelles. Et il exprime parfaitement ce qui m’a traversé l’esprit devant les splendeurs que j’ai pu admirer cet été encore au British Museum :

« La riche Angleterre a réuni dans ses collections les trésors du monde entier ; assez peu productive elle-même, elle a enlevé l’Acropole à la Grèce, à l’Égypte ses colosses de porphyre ou de granit, à l’Assyrie ses énormes bas-reliefs, à l’ancien Yucatán sa plastique noueuse, elle a emporté les bouddhas souriants, les bois ciselés et les laques du Japon, la fleur de l’art du continent et l’élite des monuments du monde colonial : des fers forgés, des tissus, des vases, des tabatières, des reliures, des statues, des tableaux, des émaux, des secrétaires en marqueterie, des yatagans, et Dieu sait encore quoi : sans doute tout ce qui au monde a quelque prix. »

Ce récit de voyage, qui contient de délicieuses pages sur l’urbanisme anglais et écossais, me permet de participer à l’activité Sous les pavés, les pages proposée par Ingannmic et Athalie.

Karel Čapek est à retrouver sur ce blog avec son très grand roman La guerre des salamandres et sa formidable pièce La maladie blanche.

D’autres avis sur Lettres d’Angleterre chez Annie, Goran et Nathalie.