Traduction du slovaque par Peter Brabenec avec la collaboration de Xavier Galmiche – Éditions Maurice Nadeau
Je ne parviendrai pas à assurer une parité entre romans tchèques et slovaques, ces derniers étant encore plus difficiles à trouver en bibliothèque que les premiers. J’ai cru pouvoir présenter une parution slovaque récente avec Carnets indigènes de Miroslav Misak. Las, malgré un faible nombre de pages (144), je ne suis pas allée au bout de cette lecture que j’ai trouvée nullissime. C’est une sorte de carnet de bord écologique sans queue ni tête, truffé de réflexions convenues et tenant plus du développement personnel qu’autre chose. Bref, j’ai été profondément agacée par ce petit bouquin insipide et prétentieux.

Avec Pavel Vilikovský, on est dans un tout autre registre et une toute autre ligue. Le contexte, déjà, est lourd : on est après le coup d’État communiste de 1948 en Slovaquie et le dénommé Karsten est aux mains de la police politique. Opposant aux communistes, il avait fui en Autriche où il a été enlevé pour être ramené dans son pays (cet élément est inspiré de faits réels). Le roman s’ouvre lors de sa première confrontation avec ses geôliers qui lui expliquent le marché qu’ils lui « proposent » : s’il veut sauver sa femme et ses fils, il doit obtenir des éléments compromettants sur ses amis opposés au nouveau régime.

Tout au long du roman, nous sommes dans la tête de Karsten et vivons sa descente aux enfers au plus près puisque nous suivons toutes ses pensées. La pression et la folie de ce qui est exigé de lui font progressivement basculer cet homme. Les mécanismes de la violence psychologique et de ses effets voulus, mais aussi imprévus, sont parfaitement démontés.
Pavel Vilikovský évite de faire de Karsten un héros à l’américaine : certes, il ne veut pas qu’il arrive du mal à sa femme et à ses fils, mais on est loin des films hollywoodiens. Voilà longtemps que son couple battait de l’aile et lui ne s’est jamais vraiment intéressé à ses enfants. S’il tente un bras de fer psychologique avec ses geôliers, c’est donc presque plus pour une question de principe que pour véritablement protéger sa famille. Jusqu’où ira-t-il pour prouver qu’il peut avoir le dessus sur ses ravisseurs ? À vous le découvrir…
Ce roman est aussi fort que glaçant, et c’était également l’avis de Goran.

7 réponses sur « Autobiographie du mal – Pavel Vilikovský »
En effet, cela m’a l’air glaçant.
Mais très fort !
C’est sympa de retrouver le nom de Goran , moi non plus je n’ai pas oublié ses billets ni son blog!
En matière de littérature de l’Est notamment, c’est un blog incontournable !
J’allais te dire je n’ose imaginer le dilemme moral du protagoniste, mais je vois que ce n’est pas le propos de l’auteur dans ce bras de fer psychologique. Noté, merci !
Exactement, cela va plus loin et le titre est très bien trouvé d’ailleurs. Comment un être humain bascule-t-il vers le mal alors qu’il poursuit des idéaux plutôt louables. C’est vrai pour les deux camps dans ce roman, et c’est ce qui rend ce texte passionnant.
Ça m’a l’air bien sombre mais tu le rends bien intrigant. Oui, ce n’est pas simple de trouver des romans slovaques en librairie. Côté tchèque, on arrive quand même à en trouver quelques-uns.